GE : la réunion empêchée, la direction poursuit son plan

Les salariés de General Electric ont de nouveau réussi à empêcher la tenue de la réunion R1, lançant le plan de restructuration, avec la direction. Mais la procédure d’information-consultation précédant la mise en place du plan de restructuration est quand même lancée.

Les salariés de General Electric ont de nouveau réussi à empêcher la tenue de la réunion R1, lançant le plan de restructuration. Mais la procédure d’information-consultation précédant la mise en place du plan de restructuration est quand même lancée par la direction confirme une source proche de la direction. La réunion R2 est convoquée la veille de l’audience de l’assignation du géant américain au tribunal de grande instance (TGI) de Belfort.

« On est dignes ! » Le message de Cyril Caritey, délégué syndical CGT, est clair et limpide à l’adresse des salariés présents dans le hall du bâtiment 66 de General Electric, rue de la Découverte, ce vendredi matin, à 8 h 45. À l’occasion de cette assemblée générale, l’intersyndicale appelle au calme pour faire entendre ses positions, même si elle demande que la réunion lançant la procédure d’information-consultation programmée à 9 h, ne se tienne pas. « C’est dans la durée et avec la détermination que l’on obtiendra les choses ! » a-t-il poursuivi. Selon les sources, on évoque entre 400 et 700 salariés assistant à cette assemblée générale.

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En milliards d’euros, le montant des commandes enregistrées par General Electric et Safran dans leur co-entreprise CFM International, lors des 4 jours du salon du Bourget. Un succès rencontré grâce aux performances du moteur Leap.

Derrière l’intersyndicale, les salariés ont fait face à la délégation de la direction, arrivée peu avant 9 h, une nouvelle fois sous une nuée de sifflets. « La moindre des choses, c’est au moins d’attendre jeudi (jour de l’audience au TGI, NDLR) avant de vouloir lancer ce plan », a tancé Philippe Petitcolin, délégué syndical CFE-CGC et secrétaire du comité social et économique (CSE). La direction a simplement déclaré, dans un propos presqu’inaudible : « On prend acte de ce blocage. » Puis elle s’est retirée.

La suspension du plan comme préalable

Mais cette nouvelle victoire de l’intersyndicale a un goût amer. « La procédure d’information-consultation a officiellement commencé ce matin », a confirmé une source proche de la direction, à General Electric. Dans l’après-midi, les représentants syndicaux ont même reçu la convocation à la réunion R2 de cette procédure. Elle est convoquée le mercredi 26 juin. La veille de l’audience au tribunal. Et elle devrait se tenir à Paris confirment plusieurs sources. « La direction passe en force », réagit Alexis Sesmat, délégué syndical Sud Industrie. De part et d’autre, la charge symbolique de cette décision est forte. La direction veut avancer, même si le tribunal de grande instance de Belfort est invité à se prononcer sur la poursuite ou non de cette procédure le 27 juin. Pour l’intersyndicale, cela montre surtout une entreprise qui n’écoute pas les arguments de l’intersyndicale. Francis Fontana, de Sud Industrie, demande qu’il y ait un maximum de salariés qui participent à l’audience, le jeudi 27 juin, car c’est une audience qui concerne l’emploi. Il faut montrer qu’il y a une mobilisation.

La direction regrettait ce vendredi matin la non-tenue de cette réunion. Dans son communiqué, elle affirmait « son souhait d’engager des discussions constructives avec les représentants du personnel ». À l’occasion de la conférence de presse de l’intersyndicale, en fin de matinée, celle-ci n’a pas fermé la porte au dialogue. Bien au contraire. Mais elle le conditionne : « Nous sommes disposés à discuter avec le gouvernement et la direction, mais pas avec le plan, indique Philippe Petitcolin, avant de préciser : La suspension du processus d’information-consultation est le préalable à toute discussion. » Sur ce sujet, l’intersyndicale se montre ferme : « On n’ira pas dans ce plan », insiste Francis Fontana. Et elle compte bien faire valoir ses arguments : rebond du marché des turbines à gaz 50 hz, avec notamment des commandes au Nigeria et les perspectives du marché liées aux énergies renouvelables ; ou encore absence de travail, de la part de la direction, de pistes de diversification. 

Un appel à la solidarité

Philippe Petitcolin a appelé « à la solidarité » entre les salariés. Il a invité les cadres payés « au forfait jour » à abonder une caisse de grève pour aider les salariés qui auraient des retenues sur salaire pour avoir assisté à une assemblée générale ou à un mouvement. Selon l’élu CFE-CGC, les cadres travaillant au forfait-jour ne peuvent pas avoir de retenues sur salaire pour avoir assisté à une assemblée générale.

Vendredi matin, Philippe Petitcolin a rappelé aux salariés l’importance « de rester unis et soudés ». « Rendez-vous demain (samedi, NDLR), à 14 h, à la maison du Peuple », a-t-il conclut. L’intersyndicale espère 10 000 personnes.

« Pour travailler sur la diversification, il faut conserver l’outil de travail »

Philippe Petitcolin, élu CFE-CGC, a rappelé lors de la conférence de presse de fin de matinée avoir reçu un appel de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances. Le ministre semble confirmer la volonté de travailler la question de la diversification vers l’aviation. Selon l’intersyndicale, Bruno Le Maire demande toutefois de calmer le jeu pour ne pas faire peur aux investisseurs de venir à Belfort. « Ce sont les syndicats qui ont travaillé. C’est plutôt un atout de venir à Belfort avec des syndicats qui sont prêts à parler de stratégie industrielle », répond Philippe Petitcolin. Mais l’intersyndicale est très claire : pour envisager de la diversification, il faut maintenir l’activité turbines à gaz. « L’un ne va pas sans l’autre, insiste Cyril Caritey, de la CGT. Pour travailler sur la diversification, il faut conserver l’outil de travail. » Il rappelle le savoir-faire unique des opérateurs belfortains et insiste sur le fait de créer, à terme, des emplois. Il y a plusieurs semaines, Bercy estimait que la diversification vers l’aviation était compliquée. Aujourd’hui, c’est son cheval de bataille. Plusieurs sources concordantes confirment des échanges importants avec Safran. « Donnons donc à Bruno Le Maire deux mois supplémentaires pour comprendre le rebond sur le marché des turbines à gaz », sourit Francis Fontana. Avec un projet industriel sur la table, en septembre, hors plan social.

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