Frédéric Vadot : « Nous découvrons l’ampleur des dégâts »

La situation financière de la commune d’Essert est très délicate. La nouvelle équipe, en place depuis un mois, découvre l’ampleur de la situation. Une situation qui se dégrade depuis plusieurs années et que la crise sanitaire a accéléré. En ligne de mire, la construction de la mairie, en 2008. Frédéric Vadot, le maire, détaille la situation et explique la marche que son équipe compte suivre.

La situation financière de la commune d’Essert est très délicate. La nouvelle équipe, en place depuis un mois, découvre l’ampleur de la situation. Une situation qui se dégrade depuis plusieurs années et que la crise sanitaire a accéléré. En ligne de mire, la construction de la mairie, en 2008. Frédéric Vadot, le maire, détaille la situation et explique la marche que son équipe compte suivre. Et promet une consultation des habitants début 2021 sur une question clé : augmente-t-on ou non les impôts ?

Vous alertez sur une situation financière dramatique à Essert. Quelle est-elle ? Qu’avez-vous découvert ?

Nous avons découvert que nous avions plus de charges que de recettes. L’équilibre financier de la commune, au niveau juste du fonctionnement, n’est plus assuré. La situation était très limite préalablement, mais depuis 2019 – et encore plus avec le covid-19 qui accélère les choses – la partie fonctionnement est négative.

Combien vous manque-t-il ?

Le besoin que l’on a est au minimum de 500 000 euros (pour combler le déficit de fonctionnement et payer les remboursements d’emprunt, NDLR). Le budget que l’on a sur 2020, c’est une épargne négative de 700 000 euros (le budget d’Essert oscille entre 2 millions et 2,5 millions d’euros).

"La conséquence, c’est qu’aujourd’hui, nous n’arrivons plus à payer nos emprunts. Et nous n’arrivons plus à dégager suffisamment de marges pour faire des investissements"
Frédéric Vadot
Maire d'Essert

Comment explique-t-on cette situation ?

Nous sommes revenus sur les trois derniers mandats : les deux derniers d’Yves Gaume et le dernier mandat de Daniel Bertrand. En 2008, la création de la mairie – un très beau bâtiment – nous a coûté cher ; il était plus cher que ce que nous pouvions payer. Nous avons investi 3,5 millions d’euros ; nous avons dépassé les seuils de notre capacité d’investissement de l’époque. Cela a généré une situation d’endettement très tendue, voire de surendettement, qui a pénalisé l’équipe suivante. Elle est arrivée sur ce surendettement et sur le fait qu’elle allait redresser la situation. Pendant deux mandats, elle a parlé de la même chose : la mairie, le surendettement, les économies… En parallèle, vous avez des services. Les services sont gratuits ou à très faibles recettes, mais ils n’ont pas été remis en cause. Le budget fonctionnement est négatif. La conséquence, c’est qu’aujourd’hui, nous n’arrivons plus à payer nos emprunts. Et nous n’arrivons plus à dégager suffisamment de marges pour faire des investissements.

Comment vos prédécesseurs ont pu combler ces trous ?

Ils les ont comblés par des cessions de patrimoines : salles communales, terrains et autres… La stratégie reposait sur l’augmentation de la population, donc des recettes liées aux impôts. Ils ont tapé dans la trésorerie, en utilisant les excédents antérieurs. Ils ont fait des emprunts. Nous voyons bien que nous touchons aujourd’hui les limites de cette stratégie car les structures doivent être adaptées, notamment les capacités d’accueil des écoles. Nous avons plus d’enfants et nous devons créer des classes supplémentaires. Cela n’a pas été anticipé et nous n’avons pas les moyens de se payer une nouvelle école.

À combien se situe le taux d’endettement ?

Nous sommes à 3,6 millions d’euros de dette, soit environ 1 000 euros par habitant. Nous nous sommes tournés vers la cabinet KMPG. Il nous a éclairé au cours de deux séances.

"Nous allons nous serrer la ceinture. Nous donnons rendez-vous aux Essertois en mars 2021 avant le vote du budget 2021"
Frédéric Vadot
Maire d'Essert

Doit-on craindre une mise sous tutelle de la commune ?

Si on ne prend pas de mesures, cela nous pend au nez. Nous avons déjà eu un premier courrier (des services de l’État, NDLR), pour 2019, où nous avons une capacité négative d’autofinancement de 130 000 euros. [Dans l’état actuel], et c’est confirmé par KPMG, le budget serait renvoyé par la préfecture. On a été installé le 28 mai, mais véritablement le 18 juin avec des délégations ; on ne pouvait pas engagé la mairie avant le 18 juin. Nous sommes le 20 juillet. Nous prenons l’ensemble des dossiers. Il n’y a que des dossiers en urgence ; je citais la classe à créer pour le 31 août. Nous sommes en train de le faire. Nous découvrons l’ampleur des dégâts.

Envisagez-vous d’augmenter les impôts, en augmentant les taux de la taxe foncière ?

Nous avons regardé si nous pouvions redéfinir les taux de la taxe foncière. Mais il fallait le faire avant le 3 juillet ; nous sommes en poste depuis le mois de juin. Ce n’était pas possible. L’association des maires de France a demandé un report au 31 juillet, comme pour le vote du budget. Nous pensions avoir cette option, mais cela n’a pas été accepté.

Qu’allez-vous faire ?

Nous allons nous serrer la ceinture. Nous donnons rendez-vous aux Essertois en mars 2021 avant le vote du budget 2021. D’ici là, nous allons développer deux projets, très cohérents et applicables. Soit nous restaurons une marge de manœuvre et nous gardons une qualité de services (donc on augmente les impôts, NDLR), soit nous réduisons la pression fiscale et nous aurons des choix difficiles sur les services.

Des services ont-ils déjà été identifiés ?

Non, il faut que nous travaillons le sujet. Il y a beaucoup de services et d’autres sont manquants, la police municipale par exemple. Ce sont les Essertois qui vont décider. Dans les deux cas, nous rechercherons l’optimisation et la recherche des gaspillages.

« Nous découvrons un problème majeur qui n’avait pas été mis sur la table depuis des années. Je ne veux pas que ce soit 23 élus qui décident pour les 3 400 habitants. La population doit se sentir concernée. Elle est concernée. Et nous allons la consulter »
Frédéric Vadot
Maire d'Essert

Vous envisagez une consultation au printemps…

Ce sera une consultation, effectivement, à travers les comités de quartier, que nous remettons en place. Nous avons besoin des gens.

Vous venez d’être élu ; vous avez toute la légitimité pour mettre en place ces orientations…

Je considère que nous n’avons pas carte blanche. Nous sommes là pour conduire la ville. Mais nous sommes dans l’exécution. Les grands choix structurels reviennent aux Essertois. Nous découvrons un problème majeur qui n’avait pas été mis sur la table depuis des années. Je ne veux pas que ce soit 23 élus qui décident pour les 3 400 habitants. La population doit se sentir concernée. Elle est concernée. Et nous allons la consulter.

Vous devez créer une classe et vous manquez de place…

Nous observons le seuil de saturation de la capacité d’accueil des deux écoles. Il y a eu 0 anticipation. Nous voulons créer un vrai plan de développement de la ville, qui s’appuie surtout sur des habitations. On parle, entre guillemets, de ville dortoir, sans entreprises ou zones industrielles, et avec beaucoup de services à la population. Peut-être que nous pourrions redimensionner tout cela.

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