Frédéric Abadie : « Nous voulons augmenter la part des femmes chez Faurecia »

L’industriel Faurecia s’est engagé dans une politique volontariste favorisant la féminisation de ses effectifs. Entretien avec Frédéric Abadie, directeur du centre de recherche & développement de Faurecia clean mobility, à Bavans.

L’industriel Faurecia s’est engagé dans une politique volontariste favorisant la féminisation de ses effectifs. Entretien avec Frédéric Abadie, directeur du centre de recherche & développement de Faurecia clean mobility, à Bavans, en marge du 35e congrès industriel de l’université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM).

Faurecia s’engage dans une politique volontariste pour féminiser ses effectifs. Pour quelle raison ?

Cette décision vise à tendre vers la parité au sein au groupe. Aujourd’hui, les femmes représentent 27 % des effectifs, tous métiers confondus. Cette part n’est que de 20 % sur le site de Bavans (Ce site de Faurecia clean mobility accueille 800 salariés, dont 80 % sont des cadres et des ingénieurs, NDLR). Nous voulons augmenter cette part, avec pour cible 30 %.

Comment peut-on expliquer cette sous-représentation des femmes chez les ingénieurs ?

Je vois deux raisons. La première est historique, attachée à notre groupe et à notre site. Nous sommes liés à un métier mécanique, qui s’approchait de la chaudronnerie, avec de la soudure ou de la transformation du métal, avec une connotation très masculine dans les esprits. La deuxième raison est sociétale. En France, nous retrouvons seulement 18 % de femmes dans les écoles d’ingénieurs (18,5 % à l’université de technologie Belfort-Montbéliard, NDLR).

35e congrès industriel

L’UTBM a organisé la 35e édition de son congrès industriel. 54 entreprises étaient présentes. L’occasion pour les étudiants de les rencontrer, de découvrir leurs métiers, de découvrir les offres de stage ou d’emploi. « Des ateliers de rédaction de CV et simulations d’entretiens seront animés par des professionnels », précise également l’établissement d’enseignement supérieur. Une série de conférences était également organiser, pour questionner la place de l’ingénieur dans la société.

Vous étiez responsable des centres R&D de Faurecia clean mobility pour l’Asie. À Shanghai, le centre R&D est dirigé par une femme. Connait-on le même problème qu’en France ?

Sans rentrer dans des analyses culturelles, on constate qu’il y a plus de femmes dans l’entreprise. On va pouvoir plus facilement recruter des femmes, car le nombre de femmes ingénieurs qui sortent des écoles est plus important, même si je n’ai pas de chiffres. Par conséquent, statistiquement, il y a plus de chance de se retrouver avec une organisation où une femme va prendre la tête.

"La richesse des parcours, des origines, des cultures et donc la diversité des genres est un élément essentiel pour trouver les bonnes idées et les bonnes manières de faire les choses"
Frédéric Abadie
Directeur du centre R&D de Faurecia clean mobility, à Bavans.

Faurecia est un groupe international, qui favorise la mobilité. On a déjà une diversité culturelle dans les équipes. En féminisant, vous souhaitez apporter une diversité de genres. Pourquoi est-ce si important ?

La génération d’idées et la génération de nouveaux concepts ne viennent pas comme ça, en se levant le matin. Nos équipes travaillent en commun. Et la richesse des parcours, des origines, des cultures et donc la diversité des genres est un élément essentiel pour trouver les bonnes idées et les bonnes manières de faire les choses. Il y a aussi une évolution de la société, où nous devons accompagner ce mouvement pour capter les talents de demain et pérenniser la position de notre groupe.

Comment organise-t-on cette volonté, qui doit permettre d’accroître la part des femmes dans l’entreprise ?

Aujourd’hui, nous avons un vivier de jeunes ingénieurs, qui n’est représentée qu’à 20 % par des femmes. Si on ne fait rien, statistiquement, nous allons nous retrouver avec 20 % de femmes qui seront embauchées. Le jeu consiste à être actif pour trouver les CV qui répondent à nos attentes, qui auront un profil équivalent aux CV masculins et à faire en sorte qu’il y ait autant de CV féminins que masculins [au début du processus de sélection].

L’industrie souffre aussi de son image… Comment peut-on sensibiliser les femmes aux opportunités ouvertes par l’industrie ?

C’est un élément sur lequel nous travaillons. Je pense notamment à l’initiative Elles Bougent. C’est une association qui promeut la diversité. Nous avons beaucoup de collaboratrices, à Faurecia Bavans, qui participent à cette promotion, lors de forums ou de rencontres avec les écoles. C’est l’un des moyens de vanter les métiers, d’expliquer et de rendre normal ces carrières.

Deux bourses pour des étudiantes de l’UTBM

L’entreprise Faurecia clean mobility de Bavans a remis, à l’occasion de ce 35e forum, deux bourses à deux étudiantes de l’UTBM, la bourse Faur’women, d’un montant de 2 500 euros chacune. Cela fait écho à cette politique volontariste visant à féminiser les effectifs du groupe. Les deux jeunes femmes effectueront un stage dans l’entreprise. Après une étape de pré-sélection, une quinzaine d’étudiantes ont été accueillies sur le site de Bavans, le 24 octobre où elles ont participé à une visite du site, à des ateliers créatifs et à des entretiens. Puis deux étudiantes ont été retenues comme lauréates.

Défilement vers le haut