En marche pour la reconquête industrielle du nord Franche-Comté

La secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, Agnès Pannier-Runacher, était à Sochaux ce mardi, dans une dynamique de reconquête industrielle. Elle a signé un protocole identifiant le nord Franche-Comté comme un Territoire d’industrie. L’un des premiers contrats signés en France. Les élus, satisfaits, n’ont pas oublier de rappeler ce qui limite cette reconquête : la gestion des friches industrielles.

À marche forcée ? Pas sûr. D’un pas décidé ? Sûrement. Agnès Pannier-Runacher, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances, a imprimé une allure soutenue à sa visite de l’usine PSA Sochaux ce mardi matin (lire ci-dessous). 20 minutes pour les ateliers. Une dizaine pour la presse grande capacité. Mais il n’y a pas de temps à perdre pour sauver l’industrie. « La réussite française sera industrielle ou elle ne sera pas », a-t-elle déclaré juste avant de signer le protocole d’accord labellisant le nord Franche-Comté comme un Territoire d’industrie.

50 000 emplois sont immédiatement disponibles dans l’industrie. Les salaires y sont en moyenne 20 % supérieurs aux autres secteurs. 9 500 emplois supplémentaires ont été créés dans l’industrie en 2018, hors intérim, selon l’Insee, rappelle également la secrétaire d’État. 200 000 emplois pourraient même être pourvus rapidement si on pouvait trouver les compétences. Aujourd’hui, les entreprises ne répondent pas à certaines commandes, car incapables de trouver ces compétences. La secrétaire d’État appuie son propos sur de solides références et répète sa partition : « L’industrie crée de la richesse dans les territoires, attirent les investisseurs et crée de l’emploi induit. » Qui plus est, elle « répare le déchirement des territoires ».

Visite dans les ateliers

Agnès Pannier-Runacher a pris la mesure du projet de Sochaux 2022, l’usine du futur du constructeur automobile. Projet où l’efficience est reine et la logistique mieux pensée pour produire 400 000 véhicules par an. « Seule la performance nous protège de la concurrence », lui a glissé Thierry Robert, responsable de Sochaux 2022, projet marqué par une réduction drastique de l’emprise foncière. Agnès Pannier-Runacher a également découvert le nouveau bâtiment d’emboutissage accueillant la nouvelle presse grande capacité. Cet investissement de 35 millions d’euros sera en fonction dans trois mois. Après cette visite d’une petite heure, la secrétaire d’État a participé à une table ronde avec des industriels du secteur automobile. L’industrie, elle connait un peu. Cette énarque a travaillé un an chez Faurecia, comme directrice de la division client.

Un programme au fil de l’eau

Pour répondre à ce défi, le Gouvernement s’appuie sur les labels Territoire d’industrie. Cet accord se construit au fil de l’eau. Il n’y a pas de budget spécifique. On définit des fiches-actions répondant aux 4 axes : attirer, recruter, innover et simplifier. Ensuite, l’État accompagne le projet, notamment par l’intermédiaire de la Banque des Territoires. Environ 130 territoires sont labellisés à l’échelle de l’Hexagone. Et le Gouvernement laisse la main aux Régions pour les coordonner. « Ce n’est pas banal que l’État lance un programme et en confie le pilotage et l’opérationnel à la Région », reconnait, satisfaite, Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté.

Agnès Pannier-Runnacher visite PSA Sochaux (©Le Trois – Thibault Quartier).

Elle a profité de cette visite pour continuer à plaider pour son nouveau cheval de bataille : l’installation d’une usine de batterie. « Il y a du foncier disponible et un écosystème adapté à cette filière », assure-t-elle en apartéLe Pôle métropolitain finalise actuellement ses fiches-actions pour concrétiser ses projets. On parle notamment de la création de l’institut de stockage de l’hydrogène (ISTHY). « Ce projet consiste à construire un centre de test d’envergure nationale et européenne pour réaliser des tests sous gaz sur les réservoirs Hydrogène et ses composants », rappelle Didier Klein, co-pilote de ce contrat.

La problématique des friches industrielles

Le nord Franche-Comté est une terre d’industrie. Charles Demouge, président de Pays de Montbéliard Agglomération et du Pôle métropolitain, en a rappelé plusieurs sagas industrielles. Et a rappelé quelques performances, comme le record du monde détenu par une rame TGV construite à Belfort, avec une pointe de vitesse à 574,8 km/h. Le nord Franche-Comté accumule les projets de développement. Mais le nord Franche-Comté a aussi tenté de sensibiliser le Gouvernement à l’une de ses problématiques, la requalification des friches industrielles. « Ce site de Sochaux est à la fois l’acteur et le témoin des transformations industrielles de notre territoire », a relevé le président de PMA. Demain, une usine 4.0. Mais demain, c’est aussi 50 ha à requalifier pour les collectivités. Le projet Sochaux 2022 porte donc en substance une question épineuse. « La numérisation des processus de production se traduit par la réduction de la taille des sites d’activité et fait émerger de manière plus prégnante la question des friches industrielles », a alerté Charles Demouge. Aujourd’hui, cette dimension n’est pas une question identifiée par le contrat Territoire d’industrie. Il est pourtant vital. Au-delà de ce label, le nord Franche-Comté attend donc de savoir s’il est reconnu comme un territoire d’innovation. Les dossiers sont à finaliser pour le 26 avril par les deux agglomérations du nord Franche-Comté, individuellement, et les réponses sont attendues à l’automne. 450 millions d’euros sont à partager entre les vingt lauréats. L’enjeu est de taille pour accompagner la mutation du nord Franche-Comté. Et réussir cette fameuse reconquête industrielle.

Étape du French Fab tour au cœur de PSA

La secrétaire d’État a organisé son déplacement à l’occasion de l’étape à Montbéliard du French Fab tour. Ce mardi, le French Fab Tour – équivalent de la French tech version industrie – devait accueillir 3 000 personnes. Lycéens, étudiants, demandeurs d’emploi ou entrepreneurs. « L’idée, c’est de redonner envie de s’intéresser à l’industrie », explique Patrice Degay, le responsable de ce projet, piloté par Bpifrance. « Bpifrance a été créé pour booster la croissance des entreprises et développer l’emploi. Avec le French Fab tour, nous sommes en plein dedans », poursuit-il. À travers des ateliers et des opérations de speed dating, on peut découvrir les métiers de l’industrie, qui ne se résument pas aux hauts fourneaux. Ce sont aussi des usines 4.0. « On trouve par exemple un escape game qui permet de construire sa propre usine avec un casque en 4D », détaille Patrice Degay. Le French Fab tour, ce sont 60 étapes en France. Il a commencé le 15 janvier et doit se terminer le 10 octobre. 35 personnes interviennent pour l’organiser.