En Bourgogne-Franche-Comté, LR mise sur la fermeté et le terrain face à la « démagogie » du RN

Les élections sénatoriales se tiennent le dimanche 27 septembre. En Haute-Saône, la circonscription est composée de deux sénateurs. Ils sont 10 candidats à se présenter.

Gilles Platret, candidat LR, cible avant tout le candidat du RN et dénonce la « prime à l’étiquette » : « Mon projet est local », martèle-t-il

(AFP)

Gilles Platret, candidat LR, cible avant tout le candidat du RN et dénonce la « prime à l’étiquette » : « Mon projet est local », martèle-t-il

Travail, sécurité, identité régionale: sur le marché de Besançon, jeudi matin, le candidat de LR en Bourgogne-Franche-Comté Gilles Platret déroule son très ferme programme « de terrain », en vilipendant la « démagogie » et le « cynisme » du RN qui caracole en tête des sondages. « On va aider les communes à installer la vidéoprotection! » assure-t-il à une commerçante inquiète de l’insécurité. « Il faut revaloriser le travail! » lance-t-il à un charcutier peinant à trouver un apprenti. Entre une huître et un verre de vin blanc, le contact chaleureux et le verbe facile, il répète que « la fusion a été un échec » entre Bourgogne et Franche-Comté, et promet, s’il est élu, de traiter séparément les deux anciennes régions pour « respecter leur identité ».
Dans cette région où le candidat RN Julien Odoul était récemment donné gagnant dans un sondage en cas de quadrangulaire, le maire du Chalon-sur-Saône reste « confiant », tant « nos concitoyens sont de plus en plus tardifs pour se décider ».
Marianne, 58 ans, témoigne qu’elle n’a « pas encore arrêté son choix ». Elle qui a déjà voté RN, pourrait-elle choisir Julien Odoul? « Qui? » demande la commerçante, avant d’expliquer: « Je ne connaissais pas son nom. Il faut que je lise les programmes ».
Une prime à l’étiquette qui irrite M. Platret: « Mon projet est local », martèle-t-il, en vantant les 32 éditions différentes de ses tracts de campagne, conçues « interco par interco » (intercommunalité).
Une manière de marquer sa différence avec un RN à la « démagogie méprisante », qui « appuie où ça fait mal pour récupérer les gens qui ont souffert ».
Quant à la vidéo où Julien Odoul, enregistré à son insu, ironisait sur le suicide des agriculteurs, elle a « servi de révélateur dans les milieux ruraux », veut croire l’ancien journaliste de 48 ans.
« Humiliant, blessant », assure le président de LR Christian Jacob, venu soutenir son candidat pendant deux jours. « Faire un numéro de danseur nu n’est pas ce qu’on attend d’un président de région », ajoute-t-il, en allusion à une vidéo « de charme » du candidat RN qui a fuité récemment.
Dans l’exploitation céréalière où les deux élus poursuivent leur périple, Laurence, l’épouse de l’exploitant, témoigne de son « dégoût », après trois suicides dans son entourage. Mais « il n’est pas sûr que cela ait un impact », ajoute-t-elle.

"Porosité des électorats"

Pourquoi le RN est-t-il si fort ici? « L’immigration », assure à Besançon Geneviève, septuagénaire venue faire son marché. « Dans les campagnes, il n’y a pas d’étrangers mais les gens, votent RN pour que ça n’arrive pas », ajoute son mari. « La sécurité et la santé sont deux angles morts de la région. Le Front national (devenu RN) grandit là-dessus », estime pour sa part M. Platret, en vantant un programme qui « répond à un certain nombre d’anxiétés et de colères ».
Au risque, pour le politologue Claude Patriat, d’une « ambiguïté » faisant qu’« une grande partie de ces électeurs pourrait aller au FN » dans un contexte de « porosité » des électorats.
M. Platret s’agace de la polémique qui a suivi son annonce d’une alliance avec Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan qui avait conclu une alliance avec Marine Le Pen lors de la présidentielle de 2017: « Ils appartiennent au bloc républicain ; comment peut-on dire que ce sont des fascistes? »
« On a créé un rassemblement large de toute la droite », ajoute le maire de Chalon-sur-Saône, qui avait défrayé la chronique en faisant voter en 2015 la suppression des menus sans porc dans les cantines de sa commune.
« J’ai fait passer le RN de 10% à 3% » au cours du mandat, avec « les plus forts scores dans les quartiers populaires », rappelle le responsable de LR dont il est l’un des huit vice-présidents. « LR a aussi misé sur ce profil-là ; c’est de nature à apporter des solutions ».
Crédité de 21% des voix au premier tour (contre 28% à 30% à M. Odoul, et entre 18 et 21% à la sortante socialiste Marie-Guite Dufay, M. Platret juge « pas complètement impossible » d’avoir une triangulaire au deuxième tour, avec un retrait de la liste LREM. Mais il l’assure: « ma liste du premier sera celle du second ».

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