Des tests sur le plasma sanguin comme remède au covid-19

L'établissement français du sang mène avec l'AP-HP une étude pour envisager le plasma sanguin, prélevé sur des patients guéris, comme un remède au covid-19.

Alors que le débat sur l’usage de la chloroquine bat son plein, l’établissement français du sang (EFS) se penche sur le plasma sanguin. Dans le cadre d’une grande étude, nommée Covisplam, l’EFS cherche à déterminer si le plasma, prélevé sur un patient guéri du covid-19, pourrait servir de remède.

Manon Hilaire

Alors que le débat sur l’usage de la chloroquine bat son plein, l’établissement français du sang (EFS) se penche sur le plasma sanguin. Dans le cadre d’une grande étude, nommée Coriplasm, l’EFS cherche à déterminer si le plasma, prélevé sur un patient guéri du covid-19, pourrait servir de remède. Le point, avec le docteur Christophe Barisien, coordinateur du prélèvement sanguin à l’antenne Bourgogne-Franche-Comté de l’EFS.

En partenariat avec l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (les centres hospitaliers d’Île-de-France), l’établissement français du sang (EFS) mène une étude dans le but de déterminer si le plasma pourrait servir de remède au covid-19. L’étude Coriplasm. L’idée est de « transfuser les anticorps, contenus dans le plasma, de patients guéris du covid-19 à un patient malade pour éviter que la maladie évolue en forme grave », détaille le docteur Christophe Barisien, coordinateur du prélèvement sanguin à l’antenne Bourgogne-Franche-Comté de l’EFS. « L’idée n’est pas nouvelle ; il y avait déjà eu des essais pour d’autres virus comme la grippe ou le SRAS en 2003. » Ce virus avait tué près de 800 personnes, notamment en Asie. Les infectiologues de l’AP-HP, promoteurs de l’essai clinique, tentent d’utiliser du plasma contenant cette fois-ci des anticorps contre le virus SARS-CoV-2, responsable du covid-19.

Des volontaires au secours de patients infectés

La première phase de l’étude vient de s’achever et l’ESF cherche maintenant à constituer des stocks de plasma avec pour objectif « 5 000 volontaires au cours des deux mois qui viennent », indique le docteur Christophe Barisien. Pour ce faire, l’ESF s’est adressé « aux services covid-19 des CHU, au réseau des médecins de villes et aux laboratoires qui dépistent », détaille le praticien. Il a ensuite été mis en relation avec les patients volontaires.  

La phase 2 étant enclenché depuis une semaine, l’ESF cherche maintenant des volontaires parmi des patients guéris du covid-19. Des volontaires qui, outre le fait d’être d’anciens malades, doivent respecter certaines conditions. « Ils doivent être éligibles au don de plasma, c’est-à-dire peser plus de 50 kg et avoir entre 18 et 65 ans », indique le médecin. Autre condition : les symptômes de « fièvre et de gènes respiratoires doivent avoir disparu depuis au moins 2 semaines ». Seuls les syndromes peu graves comme « la perte de goût ou d’odorat » ne font pas obstacles à l’étude rassure le docteur Christophe Barisien.

Le docteur a, par ailleurs, rappelé que le risque pour les « donneurs convalescents était le même que pour n’importe quel autre donneur ».  « Tout s’est très bien passé dans une grande majorité des cas », confirme le docteur. Le prélèvement se fait, pour la Bourgogne-Franche-Comté, dans les maisons du don de Dijon, Besançon et Belfort. Il est par ailleurs nécessaire de s’entretenir avec ces maisons avant toute démarche afin qu’elles « valident l’éligibilité du don ».

Forme modérée du covid-19

Au départ, l’expérimentation ne concernait que l’Île-de-France, le Grand Est et la Bourgogne-Franche-Comté. L’étude s’est étendue au Centre-Val-de-Loire, au Haut-de-France, à l’Auvergne-Rhône-Alpes ainsi qu’à la Bretagne. L’essai s’est élargi pour éviter de perdre « du temps dans la mise à disposition du plasma » dans le cas où l’étude serait concluante. Dans cette optique, l’EFS a confirmé que son transport serait facilement mis en place. Grâce à des véhicules frigorifiés, il serait ainsi en capacité « d’acheminer vers tous les services demandeurs » le plasma.

Son usage se ferait sur des patients avec une forme encore modérée de la maladie. Ils recevraient ainsi « deux poches de 200 millilitres vers le 5 ou 6e jour après la déclaration des premiers symptômes », puis encore « la même chose le lendemain ». Chaque patient nécessite donc quatre poches de plasma d’où le besoin d’en bénéficier en large quantité.

Le plasma ne sera pas perdu

Les résultats de l’étude sont grandement attendus surtout que cela offrirait un remède peu coûteux et peu difficile à mettre en place. L’ESF estime que « le risque transfusionnel est le même que pour un autre don de plasma ». Le risque pour le receveur est donc minime, même s’il peut, par exemple, faire face à une surcharge sanguine ou encore à des allergies. L’agence nationale de la sécurité du médicament et des produits de la santé (ANSM) a conclu pour sa part qu’à ce jour, « l’efficacité de ces plasmas n’a pas été démontrée » et reste donc prudente. Elle indique tout de même qu’en vue de la gravité de la crise sanitaire, il est possible d’utiliser du plasma, sans attendre les résultats de l’essai, mais que cela doit se faire de manière « exceptionnelle et temporaire » et suite à une « décision médicale collégiale au niveau de l’unité de soins où le patient est pris en charge », indique-t-elle dans un communiqué publié le 30 avril.

Les résultats préliminaires devraient être connus d’ici la mi-mai et dès que ceux-ci seront publiés, l’ESF rendra son « stock disponible pour l’ensemble du territoire », indique le docteur Christophe Barisien. Il précise toutefois que même si l’étude n’est pas concluante, le plasma sera utilisé pour d’autre maladies et ne sera en aucune façon perdu, d’autant plus qu’il peut, et au même titre que n’importe quel autre plasma, être conservé au moins un an tant qu’il est à une température inférieure à – 25 °C.

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