Covid-19 : la Bourgogne-Franche-Comté s’organise face à l’épidémie [MAJ]

L’épidémie du Coronavirus Covid-19 s’étend rapidement en Bourgogne – Franche-Comté. Près de 70 cas sont confirmés dans la région ce vendredi matin et le chiffre devrait continuer de croître.

L’épidémie du Coronavirus Covid-19 s’étend en Bourgogne-Franche-Comté. 119 cas sont confirmés dans la région ce lundi à 18h. Après une croissance rapide pendant 3 jours, seulement 7 nouveaux cas ont été confirmés ce jour, après en avoir enregistré seulement six nouveaux entre samedi et dimanche. Les autorités se veulent rassurantes, mais appellent à la responsabilité de chacun. Plus de la moitié des cas sont liés directement au rassemblement cultuel de Mulhouse (Haut-Rhin) – MAJ le 09/03/2020 à 18h10.

« Il y a une augmentation du nombre de cas depuis une semaine », confirme le docteur Olivier Obrecht, directeur général adjoint de l’agence régionale de santé (ARS) Bourgogne-Franche-Comté, à l’occasion d’une conférence de presse organisée au siège de l’ARS, ce vendredi matin, à Besançon. C’était le deuxième point de situation après celui organisé à Dijon, la semaine dernière, lors de l’arrivée du virus dans la région. Jeudi, à 16 h, 44 cas étaient confirmés. Ce lundi, le décompte atteint 119 cas, mais on enregistre seulement 7 nouveaux cas ce lundi, après les 6 nouveaux entre samedi et dimanche.
Sept des huit départements de la région, hormis la Nièvre, sont touchés. La plupart des nouveaux cas confirmés sont directement liés au rassemblement cultuel d’un mouvement évangélique, à Mulhouse. L’autre chaîne de transmission vient de l’Oise. Chaque cas est identifié. « Les départements du Doubs et du Territoire de Belfort concentrent la majeure partie des patients dont les prises en charge sont assurées soit en milieu hospitalier (CHU de Besançon et Hôpital Nord Franche-Comté), soit à domicile avec une surveillance quotidienne pour vérifier leur état de santé », précise l’ARS dans son point quotidien, ce dimanche.
Un appel « à la plus grande vigilance pour les fidèles qui ont participé au rassemblement cultuel évangélique près de Mulhouse, ou qui sont entrés en contact avec des participants » a été lancé par Joël Mathurin, préfet du Doubs, et Antoine Roseiro, représentant dans le Doubs du conseil national des évangéliques de France (CNEF).

Les autorités ont répété l’importance des « mesures barrières », qui consistent à se laver les mains ou à éternuer dans son coude (lire par ailleurs). « Ce sont les mesures les plus efficaces de réduction de la transmission dans la population, assure le docteur Oliver Obrecht, avant d’imager : Quand on tousse et que l’on a de la fièvre, on n’embrasse pas sa grand-mère ! » En cas de suspicion, liée à de la fièvre ou des difficultés respiratoires, il faut appeler le centre 15 et non pas se rendre chez son médecin ou aux urgences. C’est ce service qui oriente vers le service idoine. Et en cas de questions, il faut joindre le numéro vert (lire par ailleurs).

Pas d'école dans le Haut-Rhin

Dans le Haut-Rhin, tous les rassemblements de plus de 50 personnes dans un milieu confinés viennent d’être interdits par le préfet. Plus de 80 cas y ont été confirmés.  Les crèches, écoles maternelles, collèges et lycées du département sont fermés dès lundi, pour quinze jours, a confirmé le Premier ministre.

+ 20 % d’appels au Samu

Dix établissements de la région sont en capacité de répondre à l’accueil des patients, dont les centres hospitaliers universitaires de Dijon (Côte-d’Or) et de Besançon (Doubs). Dans les séries publiées par les Chinois et les Coréens, en général, les victimes du Covid-19 ont une soixantaine d’années. Pour 90 cas sur 100, note le docteur Blasco, coordonnateur des risques infectieux du CHRU de Besançon, ils sont soignés en quelques jours, parfois avec un peu d’oxygène. D’autres en ont besoin de plus, voire d’une assistance respiratoire. « Ce qui remonte du terrain aujourd’hui colle à ça », adhère le docteur. Et on enregistre  peu de cas « de pédiatrie pour le moment », poursuit-il.

Au centre hospitalier universitaire (CHU) de Besançon, la cellule de veille a été transformée en cellule de crise. Depuis samedi, le centre 15 est renforcé, avec un effectif qui a doublé. « Nous réquisitionnons la salle de restauration des internes », informe Chantal Carroger, directrice générale du CHU de Besançon. On enregistre déjà (vendredi, NDLR) plus de 200 appels en plus par jour, représentant une hausse de l’activité de l’ordre de 20 %. Le plan Blanc a été déclenché à Besançon, permettant d’adapter l’organisation : annulation des formations, report des RTT, changements d’affectation ou modifications d’horaires si nécessaire… 

L'agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté a organisé à Besançon, ce vendredi matin, une conférence de presse de situation de l'épidémie du Covid-19 (©Le Trois – Thibault Quartier).

Quelques recommandations

  • Utiliser un mouchoir à usage unique et le jeter
  • Éviter la bise, de serrer la main et l’accolade
  • Se laver les mains très régulièrement
  • Tousser ou éternuer dans son coude
  • Porter un masque quand on est malade

La direction générale de l’établissement a décidé de déprogrammer une partie de la chirurgie: 70 des 324 opérations programmées initialement la semaine prochaine sont déprogrammées. Cela ne concerne pas les opérations d’urgence, ni les opérations effectuées en ambulatoire. Ce ne sont que des opérations nécessitant ensuite une hospitalisation. Le centre hospitalier a besoin de réquisitionner des lits et du personnel, d’autant plus que certains agents de médecine (neuf) sont malades et confinés à leur domicile. « Nous nous organisons pour avoir du personnel là où il faut, au moment où il faut, assure la directrice générale. Nous savons ce que nous faisons, nous savons ce que nous avons à faire et nous savons ce qu’on va faire. » Elle veut faire passer un message : « On maîtrise la situation ».

L'école reprend lundi

La Bourgogne-Franche-Comté n’est pas une zone de cluster, c’est-à-dire une zone avec des cas regroupés, avec une circulation active du Covid-19. On définit une zone de cluster lorsque plusieurs cas sont confirmés, mais sans aucun lien entre eux. Les cas confirmés en Bourgogne-Franche-Comté ont tous un lien, pour le moment, avec Mulhouse (Haut-Rhin) ou l’Oise. Ils sont chaînés. Aucune fermeture d’établissements scolaires n’est envisagée pour le moment dans la région. « Les 213 200 écoliers, collégiens et lycéens de l’académie de Besançon reprennent les cours ce lundi 9 mars », confirme le rectorat dans un communiqué adressé en fin de journée, vendredi. « Tous les voyages scolaires à l’étranger ou dans un « cluster » (foyer de circulation du virus) sont suspendus pour les départs prévus à un horizon de 7 jours », précise également le rectorat. « Les élèves et personnels identifiés comme cas-contacts, c’est-à-dire qui ont partagé le même lieu de vie qu’un patient malade lorsque celui-ci présentait des symptômes, ne peuvent rejoindre leur école ou établissement scolaire », avertit enfin le rectorat. Si besoin, l’académie garantit une continuité pédagogique et conserver un contact régulier avec l’élève.

Aujourd’hui, il y a une « interdiction de tout rassemblement, en milieu confiné ou ouvert, de plus de 1000 personnes », confirme la préfecture du Territoire de Belfort, ce lundi soir. « Au cas par cas, en fonction de la nature du rassemblement et de la promiscuité de ses participants à cette occasion, le préfet pourra interdire la manifestation. De nombreux contacts sont par ailleurs pris avec les organisateurs qui sont susceptibles de proposer des reports ou annulation au cas par cas. À l’inverse, si la manifestation est indispensable à la continuité de la vie de la Nation et qu’elle présente des garanties de sécurité sanitaire pour les participants, elle pourra être autorisée même au-delà du seuil précité », a-t-il poursuivi.

« Il faut se protéger pour protéger les autres », martèle finalement le préfet du Territoire de Belfort, David Philot. Il informe avoir sollicité les responsables des lieux de culte du Territoire de Belfort pour sensibiliser leurs fidèles lors des rassemblements et les inviter à avoir des conduites de précaution. « En réalité, les responsables des cultes passent [déjà] le message », apprécie-t-il. « Pas de panique, résume de son côté le préfet Joël Mathurin. Mais pas non plus de légèreté. » Et les deux représentants de l’État de confirmer : les élections municipales vont se tenir.

Conséquences économiques

La seule règle active aujourd’hui dans le cadre de ce deuxième niveau de l’épidémie : la limitation des évènements en milieu confiné rassemblant 5 000 personnes en même temps. Dans cette perspective, des questions se posent aujourd’hui dans le monde économique. « Les acteurs du tourisme et de l’évènementiel sont les plus touchés», note le préfet du Territoire de Belfort, David Philot. Différentes mesures sont envisagées pour garantir « la continuité de l’activité économique », assure son homologue du Doubs, Joël Mathurin : étalement des charges fiscales, des charges sociale ou mise en place d’activités partielles peuvent être envisagées (document ci-dessous transmis par la CPME). « La BPI est désormais garante des prêts demandés par les PME, afin de les accompagner dans la gestion de la situation », annonce de son côté le site gouvernemental dédié au Coronavirus. C’était le 2 mars. À Belfort, le maire, Damien Meslot, a annoncé l’annulation du carnaval, le 29 mars.

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