Belfort : du théâtre d’improvisation pour rapprocher les générations 

Rassembler les générations autour d’un projet commun. C’était l’idée de Céline Mennetrey-Vincenzi, qui a mené un projet de théâtre d’improvisation avec des personnes âgées de l’association de la Madrilène et des stagiaires de l’école de la deuxième chance. 

Rassembler les générations autour d’un projet commun. C’était l’idée de Céline Mennetrey-Vincenzi, qui a mené un projet de théâtre d’improvisation avec des personnes âgées de l’association de la Madrilène et des stagiaires de l’école de la 2e Chance du nord Franche-Comté (E2C). Un projet nommé Entre 2 Clichés.

« Allez, debout ! » motive Yann Arnaud, formateur en improvisation. Pas toujours facile, surtout pour les jeunes stagiaires, de sortir de leur coquille pour monter sur scène. Pourtant, le talent est là, se développe au fil des minutes. Pour finir dans de grands éclats de rire et de théâtralité au bout de quelques heures.

Durant quatre séances de trois heures, six stagiaires de l’école de la 2e Chance (E2C) de Belfort et cinq personnes âgées de l’association La Madrilène, du quartier des Résidences, ont participé à du théâtre d’improvisation. Pour la dernière séance, Yann Arnaud propose de nombreux exercices pour cerner les émotions, les maîtriser et les exprimer. « Soyez un choeur et envoyez au choeur d’en face une émotion sans parler ! », s’exclame le formateur. Les regards sont dubitatifs, mais tous se prennent au jeu. Chacun mime, grimace pour faire passer l’émotion que l’autre équipe doit deviner. « La bienveillance », hurle Françoise. « L’amour », tente Patricia. C’est bingo, l’équipe trouve presque du premier coup. « Apprenez à observer pour cerner les émotions. Cela vous servira dans votre vie de tous les jours », conseille Yann. 

L’instant d’après, le groupe se retrouve dans un appartement, pour une crémaillère. Dans chaque pièce, une émotion doit être imitée. De l’extérieur, c’est hilarant. Et ça paraît difficile ! Mais tous s’en sortent très bien. Patrick, retraité, y va de bon coeur : « Dans une autre vie, j’aurais pu faire des sketchs », plaisante-t-il. Il forme un duo de choc avec Marcelle, alias Mamie Rock’n’roll. Ils font rire tout le monde à travers leur performance théâtrale.

 Chez les jeunes et les plus âgés, les comportements se ressemblent, se répondent. Alors que certains des jeunes se lèvent sans sourciller pour les exercices, certains, parmi les plus âgés, râlent pour un exercice. Alors que les bénévoles de La Madrilène apparaissent débordant d’énergie, extravertis au possible, les jeunes apparaissent plus timides, plus réservés. À la fin, de beaux duos intergénérationnels sont nés. Au détour d’un exercice où des équipes doivent inventer des scénarios et les mimer pour les faire deviner à l’autre équipe, les plus âgés se retrouvent à imiter des attaques de Kraken tandis que les plus jeunes reproduisent des scènes d’Alerte à Malibu. Éclats de rires et encouragements emplissent la salle.

Apprendre à prendre la parole en public

 « Avec le théâtre d’improvisation, on peut tirer de belles choses de la part des initiés », confie le formateur. Mais tous ces ateliers ont surtout pour but d’aider les jeunes à « prendre la parole en public, pour être plus à l’aise », poursuit-il. 

À l’essence du projet, l’on retrouve Céline Mennetrey-Vincenzy, de l’E2C. C’est elle qui a initié le projet auprès de l’école, dans le cadre de sa formation d’animatrice menée à l’IUT Belfort-Montbéliard. Elle a mené cette opération pour casser les clichés, les stéréotypes entre deux générations qui se rencontrent très peu. « Pour se faire se rencontrer des personnes qui ne se côtoient pas habituellement et créer de belles rencontres », confie-t-elle. « Les jeunes sont souvent isolés, entre eux. Ils vont très peu vers les autres.» Elle espère que le projet leur permettra de développer des compétences sociales pour de futures relations professionnelles, mais aussi pour la vie quotidienne.

Le jeune à l'arrière n'imite pas un kidnappé, comme on pourrait le croire... Mais un dauphin à l'arrière d'une remorque. Difficile à mimer !

À la fin de la dernière séance, tout le monde doit utiliser un mot, une phrase pour décrire son ressenti. Les plus âgés ont du mal à parler d’eux, ils parlent plutôt des jeunes. « On les a vu évoluer. Vraiment. C’est beau cette évolution », racontent-ils fièrement, comme s’ils parlaient de leurs propres enfants. Il faut les recadrer sur l’exercice pour qu’ils parlent d’eux, tels des ados. Sourires des plus jeunes, face à la réprimande du formateur. Clap de fin. 

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