Belfort : 200 salariés contre le « carnage industriel » à GE [photos]

Les salariés d'Hydro ont organisé un cortège funèbre pour accompagner la sortie d'une turbine à gaz, à Belfort, le 24 septembre.

200 salariés de General Electric Belfort ont accompagné la sortie d’une turbine à gaz, ce jeudi matin, au niveau de la porte des 3-Chênes. Ils ont répondu à l’appel des salariés de l’entité Hydro, menacée de fermeture à Belfort. L’occasion de dire non à « un carnage industriel » et de construire une unité à travers l’ensemble du site pour reprendre en main le destin industriel de la cité du Lion. Reportage.

 

200 salariés de General Electric Belfort ont accompagné la sortie d’une turbine à gaz, ce jeudi matin, au niveau de la porte des 3-Chênes. Ils ont répondu à l’appel des salariés de l’entité Hydro, menacée de fermeture à Belfort. L’occasion de dire non à « un carnage industriel » et de construire une unité à travers l’ensemble du site pour reprendre en main le destin industriel de la cité du Lion. Reportage.

« La mort arrive. » Julien Fontanive, délégué syndical CFDT de GE Hydro France à Belfort, résume l’idée de cette matinée de mobilisation : accompagner la sortie d’une turbine à gaz GE de 200 tonnes, qui prend la direction d’Oman, tel un cortège funèbre. On assiste aux obsèques des compétences industrielles de Belfort. À l’avant du cortège, un salarié a revêtu un long manteau noir, coiffé d’une capuche, d’un masque noir sur le visage et muni d’une faux, pour symboliser la grande faucheuse. Celle qui prend. Sans retour.

À 9 h 05, le cortège funèbre s’ébranle, tout de noir vêtu. Même les masques. Quelques cris résonnent. Puis le silence tombe. Comme un couperet. Lourd. Les quelque 200 salariés présents – une mobilisation qui a satisfait les organisateurs alors que le télétravail est encore largement pratiqué et que le contexte sanitaire refroidit les ardeurs – précèdent la turbine pendant une centaine de mètres. Une cinquantaine de personnes s’allongent alors sur la chaussée. Et la mort vient les rattraper. Le message est clair. On dit non « au carnage industriel et à la destruction des emplois », pour reprendre les termes du délégué syndical CFE-CGC de l’entité turbines à gaz. « On rappelle qu’on est en train de désinsdustrialiser Belfort », ajoute Julien Fontanive. « Il faut stopper cette folie financière et ce terrorisme industriel », renchérit Philippe Petitcolin.

Unité du site, unité syndicale

Mardi, les discussions autour d’un accord de méthode ont tourné court pour les représentants du personnel. Ils demandaient trois mois pour réfléchir à un projet alternatif, face « aux trous dans la raquette » du plan présenté. « Il nous ont donné 15 jours », souffle la déléguée syndicale CFE-CGC. Avec les nombreuses réunions qui rythment la procédure du PSE, autant dire que ce délai est impossible à tenir. « C’est un dialogue de sourds », regrette un autre salarié. « Hier, nous avons appris que la direction voulait rencontrer les organisations syndicales une à une », renchérit une source. Ce qui n’est pas de bonne augure pour faciliter une unité. Diviser pour mieux régner. Une rengaine séculaire. Une mécanique infernale dans cette danse macabre.

Dans le cortège, on a vu des gens de Sud Industrie, de la CFDT, de la CGT et de la CFE-CGC. On a vu aussi des gens d’Hydro, de Steam, des turbines à gaz… « C’est la première fois que je vois ça », apprécie un militant de la CGT, qui travaille depuis 30 ans dans l’usine. « Il faut refaire une unité complète du site, appelle Dominique Thiriet, secrétaire général de la CGT site. Sinon, nous allons tout voir partir. »

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Selon nos calculs, c’est la part, environ, des effectifs perdus depuis 2014 dans les entités liées à l’énergie à Belfort. On est passé de 4000 à 3000 salariés.

« Aujourd’hui, c’est Hydro. Hier c’était gaz, Demain ce sera Steam. Toutes les entités de Belfort sont menacées », interpelle Philippe Petitcolin. Il invite également les organisations syndicales à se structurer. Il faut créer le rapport de force. « Avec les Américains, on peut discuter quand ils ont le pistolet sur la tempe. S’ils sont menacés, ils discutent. Sinon, ils déroulent », résume Alexis Sesmat, délégué syndical de Sud Industrie.

[ En images ]

Photos prises par Le Trois – Thibault Quartier

« Vous devrez expliquer à vos enfants pourquoi il y a des coupures »

« C’est un désengagement programmé de GE en France et en Europe », dénonce Cyril Caritey, de la CGT. « On voit le vrai visage de GE, valide Alexis Sesmat. Les intentions sont claires. » Le cégétiste attend pour sa part que l’État sorte « du bois ». Il veut que l’on pose le débat de la stratégie industrielle et des enjeux énergétiques. « Sinon, vous devrez expliquer à vos enfants pourquoi il y a des coupures », clame-t-il, prônant l’importance du mix énergétique. Et de glisser les problématiques du niveau des eaux, empêchant le refroidissement des réacteurs nucléaires, celle de l’absence de vent pour le fonctionnement des éoliennes. Autant de constats, alors que l’on sacrifie les compétences dans les technologies hydro-électriques.

« Aujourd’hui, c’est Hydro. Hier c’était gaz, Demain ce sera Steam. Toutes les entités de Belfort sont menacées »
Philippe Petitcolin fait le point sur les accords du 21 octobre 2019, avant la rencontre à Bercy ce 30 juin.
Philippe Petitcolin
Délégué syndical CFE-CGC

Philippe Petitcolin rappelle de son côté les opportunités ouvertes par la loi PACTE, approuvée en mai 2019, concernant les domaines stratégiques, comme l’énergie. Et en relevant que les engagements de General Electric pris en novembre 2014 n’ont pas été respectés. « Le ministre chargé de l’économie peut (…) lui (l’investisseur qui n’a pas respecté les termes, NDLR) infliger une sanction pécuniaire dont le montant s’élève au maximum à la plus élevée des sommes suivantes : le double du montant de l’investissement irrégulier, 10 % du chiffre d’affaires annuel hors taxes de l’entreprise qui exerce les activités définies au I de l’article L. 151-3, cinq millions d’euros pour les personnes morales et un million d’euros pour les personnes physiques », peut-on lire dans l’article 152 de cette loi.

« General Electric, c’est de l’histoire ancienne, tonne finalement Cyril Caritey. Il y a un avenir pour ce pays, pour l’énergie et pour l’outil industriel. » C’est le message qu’ils vont devoir défendre dans les semaines qui viennent et sur lequel ils vont devoir mobiliser. À 10 h, après plusieurs prises de parole syndicale, les salariés ont terminé leur mobilisation en faisant une haie d’honneur à la turbine à gaz. Car ce sont leurs compétences qui permettent de sortir ces machines. Et qu’ils sont dignes devant la mort.

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