Aller travailler ou rester chez soi, un dilemme pour beaucoup de salariés

Aller travailler ou rester confiné chez soi, quelle est la priorité? Quand le télétravail est impossible, les salariés sont pris dans un dilemme entre protection sanitaire et nécessité de produire en période épidémique.

Bertille Ossey-Woisard, Boris Cambreleng – AFP

Aller travailler ou rester confiné chez soi, quelle est la priorité? Quand le télétravail est impossible, les salariés sont pris dans un dilemme entre protection sanitaire et nécessité de produire en période épidémique.

« Il y a beaucoup d’injonctions contradictoires », déclare à l’AFP le secrétaire général de Force Ouvrière, Yves Veyrier. « Est-ce que l’économie prime sur la santé des citoyens ? Il y a une réponse ambigüe du gouvernement avec un mot d’ordre « tout le monde au boulot » », estime son homologue de la CGT Philippe Martinez.

Moins de 48 heures après le début du confinement, et après avoir demandé aux Français de rester chez eux, Emmanuel Macron a appelé jeudi à « la responsabilité ‘civique’ des entreprises pour poursuivre leur activité lorsque cela est possible ». « Dans les secteurs d’activité qui sont très majoritaires où on peut continuer à exercer (…), on a trop de salariés qui ont compris qu’il fallait absolument s’arrêter », estimait peu avant lui le président délégué du Medef Patrick Martin sur Europe 1.

La ministre du Travail Muriel Pénicaud jugeait elle sur LCI que si « les salariés ont droit à la protection », « les Français ont droit aux biens et aux services nécessaires », ajoutant qu’« il n’y a pas de métier inutile ». Aussi la ministre s’est dite « scandalisée » que l’organisation des artisans du bâtiment, la CAPEB, ait enjoint à ses membres d’arrêter tous les chantiers. « La construction d’un bateau, d’une voiture, d’une maison… ne peuvent-ils
donc pas être décalés dans le temps ? », s’est interrogée dans un communiqué la CGT.

Pour clarifier la situation, la CGT demande que soit dressée une liste des « entreprises essentielles à la continuité de notre vie ». « Pour l’instant, on a un refus du gouvernement qui considère que toutes les activités sont stratégiques et qu’il faut que tout le monde travaille. C’est un sujet de discorde », a expliqué à l’AFP Philippe Martinez. « Le discours du gouvernement n’est pas clair. À l’origine, c’est aussi sûrement parce que c’est très compliqué de définir ce qui est essentiel », nuance Cyril Chabanier, président de la CFTC, à l’issue d’une réunion en vidéoconférence avec la ministre du Travail sur la poursuite de l’activité des entreprises. Il cite l’exemple du lait: « Il faut que l’exploitant travaille, de même que le fabricant de bouteilles de lait, le transporteur. Et si le camion tombe en panne, il faut un réparateur. Jusqu’où on va dans l’essentiel ? »

"Tout le monde au boulot"

 « C’est complexe d’aller expliquer qu’à la fois nous demandons aux gens de rester chez eux, mais nous voulons aussi que l’activité économique se poursuive dans les conditions qui soient les plus normales possibles », a reconnu sur France Inter le ministre de l’Économie Bruno Le Maire. Cyril Chabanier note pour sa part que « pour nous, syndicats, c’est compliqué de relayer le discours de l’activité économique si la sécurité n’est pas au rendez-vous pour le salarié ».

Et c’est là où le bât blesse aux yeux de nombre de salariés qui, comme chez Amazon ou General Electric, ont fait valoir leur droit de retrait en raison d’un « danger grave et imminent » pour leur santé. Aussi M. Veyrier de FO
exige-t-il « des dispositions beaucoup plus vigoureuses de la part du gouvernement, des pouvoirs publics, pour assurer la sécurité des salariés ».

Pour Patrick Martin, du Medef, les choses sont moins compliquées: « Il faut que tout le monde soit au boulot et se retrousse les manches dans des conditions de sécurité sanitaires optimales. » Et d’expliquer que « si les fabricants d’emballages s’arrêtent, on ne peut pas emballer les victuailles, et s’il n’y a pas de camion, on ne peut pas les livrer ». Mais il demande que ceux qui peuvent travailler de chez eux se montrent solidaires des autres, pour qu’ils ne soient pas « perçus comme une caste: « C’est important que l’encadrement, tous les cols blancs, en respectant les gestes barrière, soient aux côtés de leurs collègues qui eux ne peuvent pas être en télétravail. »

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