Thiéfaine au sommet avec sa « Géographie du vide »

Son buste en plâtre ébréché orne la pochette : les fêlures d’Hubert-Félix Thiéfaine sont toujours aussi passionnantes à explorer, avec un nouveau disque « Géographie du vide ».

Philippe Grelard – AFP

Son buste en plâtre ébréché orne la pochette : les fêlures d’Hubert-Félix Thiéfaine sont toujours aussi passionnantes à explorer, avec un nouveau disque « Géographie du vide ».

Quelle est la teinte de ce 18e album studio ? Clair-obscur, évidemment. « Je cache des choses un peu comme Le Caravage (peintre italien XVIe/XVIIe siècles), comme chez lui la moitié du tableau ne paraît pas occupé, et pourtant on est super occupé à essayer de deviner ce qui est dans l’ombre », brosse l’artiste rencontré par l’AFP à Paris, loin de son QG du Jura. « Si je trouve un peu morne et gris ce que j’écris, il suffit que je mette « Botticelli » et en un mot il y a un peu de couleur dans ce que je veux dire », dépeint encore celui qui entre 15 et 20 ans s’était essayé à tous les arts ou presque (peinture, roman, photo, etc) avant de se fixer sur la chanson.

En matière de touches de couleur, le premier nouveau morceau illustré par un clip est le très beau Page noire, qui sonnerait comme un écho de la crise sanitaire s’il n’avait été couché sur papier bien avant.  

Marie Stuart et Johnny

La prescience de l’artiste ? La question l’amuse. « Les artistes sont des gens un peu différents, je sais à peu près comment, pourquoi ». Et de poursuivre: « Jusqu’à 7 ans, tous les enfants chantent, peignent, ne se posent pas la question et à 7 ans on leur dit « on va vous domestiquer, vous apprendre ce que c’est que penser », la plupart se font piéger mais un petit pourcentage refuse ». Cuisant souvenir du gamin qu’il était et qui n’a jamais aimé l’école.

Mais il y aussi les réminiscences des premières décharges électriques venues du tourne-disque à l’adolescence. On entend ainsi Dans la poussière, les bras en croix dans le titre d’ouverture, Du soleil dans ma rue.  » « Les bras en croix » de Johnny, c’est le premier 45 tours que j’ai eu pour Noël en 1963, j’avais 15 ans ; et là, quand j’ai écrit le texte, c’est tombé tout seul », raconte-t-il. « Je savais que ce n’était pas de moi, j’ai essayé de l’enlever, je n’ai pas trouvé (rires) alors on a fait tout ce qu’il fallait pour avoir les autorisations ». Cette citation, c’est encore un coup de son « inconscient », qu’il aime tant laisser « s’exprimer ».

Mais contrairement à une idée reçue, tous ses textes ne sont pas cryptiques. La vie de Marie Stuart, devenue reine d’Ecosse à l’âge de six jours et qui sera exécutée 44 ans plus tard par un bourreau « dont la gueule de bois était telle qu’il n’arrivait plus à voir où était le cou », sert ainsi de trame à Fotheringhay 1587.

Un certain Lucas Thiéfaine

Un parcours singulier mais aussi universel dans ce qu’il révèle « du vide de sens qu’on ressent tous à un moment, c’est aussi ça la « Géographie du vide » ». « On ne peut pas en vouloir à certains d’essayer de donner un sens à tout ça même si le sang coule de partout, je parle des religions, puisque l’expression la plus proche c’est « guerre de religions » », déroule-t-il.

À 73 ans, il garde foi en son entourage. Il y a Marc Perier, son bassiste depuis une dizaine d’années sur les tournées, qui lui fournit des musiques sur cet album, tout comme Joseph d’Anvers et JP Nataf (Les Innocents). Parmi les compositeurs, on retrouve aussi Arman Méliès – « quand j’ai une chanson mélancolique, je pose la guitare et je me dis « c’est pour Arman » (rires) » – et un nouveau venu, Nosfell, sollicité pour « quelque chose qui se rapproche de la folie ». Sans oublier son fils Lucas Thiéfaine. « Il faut se méfier de ce garçon (rires) », lance affectueusement son père. Lucas a fait son « apprentissage » sur les tournées du paternel, poussant d’abord « des caisses » jusqu’à devenir ingénieur du son puis arrangeur. Ici, comme le dit Thiéfaine sénior, il contribue à l’« unité » de l’ensemble.

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