Dans les allées du cimetière de Montbéliard, on prépare le 1er Novembre. Les allées sont désherbées et les feuilles mortes soufflées. Jean-Marc Maugué dirige l’équipe de quatre personnes du cimetière municipal depuis 2018. Le groupe est aussi aidé par deux équipes de la Ville qui s’occupent du taillage des arbres ou encore de la tonte des pelouses. Mais les missions de l’équipe ne se résument pas à préparer le 1er Novembre. Loin de là.
« Nous avons le titre de fossoyeur, c’est-à-dire que nous avons la possibilité de creuser à l’occasion des enterrements », explique Jean-Marc Maugué, ancien paysagiste. Concrètement, dans le domaine funéraire, il existe plusieurs branches : les pompes funèbres s’occupent des corps, les marbreries qui s’occupent des tombes et les fossoyeurs qui se chargent de creuser. « Nous creusons pratiquement tout le temps, puisque cela revient moins cher aux Montbéliardais. » Mais ces dernières années, cette partie du travail est de moins en moins prenante.
Moins d’inhumations, plus de crémations
En effet : davantage de personnes se tournent vers la crémation. « Il y avait des semaines où on creusait trois ou quatre fois par semaine. Cette année, c’est beaucoup moins », observe le responsable. Pour faire face à ce phénomène, le cimetière de Montbéliard a installé, lorsque le cimetière Nord a été créé dans les années 1960, un columbarium et un jardin des souvenirs. Jean-Marc Maugué s’approche d’un monument rond en pierres. Une dizaine de plaques sans nom et date est prête à accueillir de nouveaux défunts.
Autre phénomène : de moins en moins de chapelles funéraires sont construites, voire plus du tout. À Montbéliard, une dizaine de ces chapelles sont présentées dans la partie la plus ancienne : le cimetière du bas construit au début des années 1800. « Nous, on n’en donnera plus l’autorisation puisque ce sont des enfeus. C’est-à-dire que ce sont des caveaux, mais extérieurs », indique Jean-Marc Maugué. La niche funéraire ne se trouve pas dans le sol, mais à l’extérieur. « Il y a aussi des personnes qui ne savent pas qu’ils ont ces chapelles. Il suffit que ce ne soit pas dit dans la famille. »
La mairie de Montbéliard peut interdire certaines choses dans le cimetière, comme les enfeus. Elle fixe le règlement intérieur via des arrêtés. « Ces arrêtés régissent la salubrité, la dangerosité et la tranquillité, mais pas l’esthétisme », souligne le responsable. Ainsi, les familles des défunts ont une certaine liberté dans le choix décoratif de leur monument. Preuve en est : une des tombes du cimetière est rouge vif et entièrement en métal. Il est également possible d’inscrire des textes en langue étrangère à partir du moment où la traduction est notée dans les registres du cimetière.
Des concessions reprises en cas d’abandon
Autre rôle de l’équipe de Jean-Marc Maugué : la gestion des concessions. La Ville vend les concessions aux personnes souhaitant se faire enterrer à Montbéliard. Pour cela, il existe plusieurs possibilités : des concessions temporaires pour 15, 30 ou 50 ans, renouvelables ou perpétuelles. « J’essaie au maximum d’aider. J’ai une dame qui m’a dit qu’avec sa sœur, elles avaient toujours vécu au pied du château. J’ai réussi à trouver deux places avec une vue dessus. »
La mairie a également le pouvoir de reprendre des concessions. Sur certaines tombes, une pancarte blanche est apposée, signifiant que la concession arrive à échéance. Lorsque les 15, 30 ou 50 ans sont passés, sans être renouvelée, la ville reprend l’emplacement, après avoir suivi tout un protocole. « Nous vidons toute la concession donc, on ôte le monument, on exhume le corps et l’emplacement peut être revendu. » Cette procédure de reprise peut aussi s’appliquer à une concession perpétuelle lorsque celle-ci est abandonnée. Une procédure assez longue et stricte doit être suivie.
« On a, à peu près, plus de 600 concessions en reprise », indique le responsable. Sachant que le cimetière de Montbéliard compte 6 000 tombes, cela représente une tombe sur 10. Cette année, l’équipe de Jean-Marc Maugué a déjà fait 58 reprises, sur les 70 prévues. Toutes les reprises ne sont pas effectuées. Le cimetière de Montbéliard possède un avantage: il ne manque pas de place.
48 tombes appartiennent à la municipalité
Sur les 6 000 tombes, 48 appartiennent à la Ville. « Cela peut être des anciens maires, des notables, des donateurs ou des personnages importants », liste Jean-Marc Maugué. Montbéliard finance alors leur restauration et leur conservation. Exemple avec la concession de Charles Henri Berchem et Émilie Berchem. Charles Berchem était un notable de la ville, qui a notamment fait un don pour la construction du théâtre de Montbéliard. « Il y a eu 8 000 euros investis pour refaire la concession. »
La sépulture du colonel Denfert-Rochereau appartient également à la municipalité. Le monument avait été restauré en 2020 à l’occasion du 150e anniversaire du siège de Belfort (lire notre article).
Un marché de l'occasion
Lorsque la mairie reprend une concession, elle revend l’emplacement, mais ne se débarrasse pas du monument. « Normalement, nous sommes obligés de détruire le caveau, ce qui est un peu idiot. Alors, nous avons décidé de faire des caveaux, des monuments ou encore des semelles d’occasion », explique le responsable. Ce qui permet à la fois à la mairie une rentrée d’argent, mais aussi aux acquéreurs d’avoir un prix moins élevé. « Après, on le désinfecte, on fait des papiers en bonne et due forme. »
