Au cœur du siège de la Ligue contre le cancer de Montbéliard, Marie-Claire Vassileiou a installé son cabinet. La psychologue clinicienne y reçoit les patients atteints de cancer, notamment le cancer du sein (lire notre article). Son temps est divisé entre la Ligue et le service oncologie du Mitan. « Je fais à peu près tous les matins », précise-t-elle. Son rôle ? Suivre psychologiquement les malades et leur famille durant les différentes étapes de leur parcours.
« Parfois c’est un médecin ou une infirmière qui signale que la personne a besoin d’un accompagnement psychologique », explique la psychologue. Un accompagnement, notamment nécessaire, lorsque les patientes apprennent la maladie. « L’annonce du diagnostic est un tsunami. » Une femme sur trois va détecter elle-même une masse au niveau de sa poitrine et va aller consulter. D’autres cas vont être détectés lors de mammographies de contrôle, alors que la personne ne s’est rendu compte de rien « Quelqu’un qui s’est un peu préparé à la situation, tombera un peu de moins haut. »
Une annonce brutale
Le diagnostic est un chamboulement dans la vie des patients. « Les sentiments d’immortalité et d’insouciance disparaissent », explique Marie-Claire Vassileiou. Pascale, connaît cette épreuve. Elle est suivie par la psychologue clinicienne depuis le début de son parcours contre le cancer. « J’avais besoin d’être accompagnée pour savoir comment l’annoncer à ma famille, à mes proches », se souvient-t-elle.
Alors, elle a mis en application les conseils de la psychologue : donner des missions à son entourage. Les proches ne sachant pas comment réagir face à l’annonce peuvent ainsi se sentir utiles et accompagner au mieux la personne. « Ça les aide que ce soit nous, en tant que malade, qui leur demandions “ Tu veux m’aider ?” » Et pour Pascale cette méthode a été d’une « efficacité redoutable ». La mission de sa mère : lui préparer un repas « de roi » tous les dimanches. Et celle de ses amis : l’emmener en ballade le plus souvent possible.
Pour Patricia, l’accompagnement psychologique a été nécessaire pour accepter la maladie. « Ce n’était pas facile de se dire : je passe du côté des malades. J’avais l’impression de basculer du côté des vivants à celui des morts. » Grâce à ces séances d’accompagnement, elle a appris à apprécier plus sincèrement la vie. « Je n’hésite pas à dire je vous aime à mes filles », explique Patricia. Pascale confirme : « Il n’y a plus de barrières. »
Un coup de blues après les traitements
La fin des traitements peut également être brutale pour les patientes. « Souvent après les chimios, la radiothérapie, il y a un gros coup de blues », explique Marie-Claire Vassileiou. Le temps est tellement rapide entre l’annonce du diagnostic et le début des traitements que les personnes n’ont pas le temps de réaliser. « Il y a un petit retour en arrière en se disant “ Qu’est-ce que j’ai vécu, où j’en suis et qu’est ce qui va se passer pour la suite ? “ » D’autant plus que lors de la radiothérapie, les patientes viennent tous les jours sur le site du Mitan. Une fois le traitement fini, elles ne reviennent pas avant trois mois pour une visite de contrôle. « Elles se sentent abandonnées », indique la psychologue.
D’autant plus que les traitements laissent des séquelles. Les patientes se posent des questions pragmatiques concernant la reprise du travail, la reprise du sport. Il y a aussi tout l’aspect de l’image de soi. « Elles peuvent se poser des questions sur leur place dans la famille. On voit souvent des femmes qui étaient un pilier dans la famille, qui se retrouvent affaibli à cause des effets secondaires », souligne la psychologue.
Un accompagnement global
Patricia et Pascale ont un long parcours contre le cancer. « Les deux Pa », comme elles se surnomment, se sont rencontrées lors d’une séance d’équithérapie dispensée par la Ligue contre le cancer de Montbéliard. Les patientes ne sont pas accompagnées seulement sur le volet purement médical.
Une assistante sociale, une deuxième psychologue ou encore une socio-esthéticienne complètent l’équipe. « On a des soins de santé supports pour faire des parenthèses, pour permettre aux personnes de mieux vivre les traitements », souligne Marie-Claire Vassileiou.
