La conférence de presse de ce vendredi soir à la préfecture du Territoire de Belfort avait une solennité particulière : le préfet, Alain Charrier, le procureur, Paul-Edouard Lallois, le directeur départemental de la police nationale Gaël Le Pense-Penverne, et le colonel de gendarmerie Gabriel Loth étaient encore sous le choc de l’agression dont a été victime le commandant des renseignements territoriaux le matin. « On est passé près du drame », a affirmé lors d’une autre conférence de presse, dans l’après-midi, le procureur. Ce vendredi soir, l’état de santé du policier agressé semble ne plus devoir susciter d’inquiétude.
Au total, neuf policiers ont été légèrement blessés cette semaine. Policiers nationaux, policiers municipaux, gendarmes ont été mobilisés. Chacun des intervenants à cette conférence de presse a tenu à distinguer les lycéens manifestants des fauteurs de trouble : « une quarantaine » selon le préfet, qui auraient usé aussi bien de jets de barrières, de cocktails Molotov, de bouteilles remplies d’acide, etc.
« La majorité souhaite le dialogue »
« Ma mission est de maintenir l’ordre républicain et de garantir la sécurité, et y compris des jeunes eux-mêmes. Ils se sont mis en danger », a martelé le préfet. « La majorité souhaite le dialogue, avec les proviseurs, le préfet. Et nous les avons reçus, si bien que les manifestations se sont alors dégonflées et que les fauteurs de troubles s’en sont trouvés démunis ».
Alain Charrier indique avoir aussi reçu les syndicats, et que le directeur départemental de l’Education nationale était justement en train de recevoir les représentants des parents d’élèves. « Je suis aussi garant de la capacité des jeunes à s’exprimer, à relayer leur discours, mais dans l’ordre », a-t-il détaillé.
Parallèlement, il a réaffirmé sa fermeté face aux auteurs d’actes violents. « On est atterrés. On a atteint un degré zéro. Frapper un homme à terre de coups de pieds, de coups de poing ! Quelle est la légitimité à cela ? »
Il a aussi tenu à saluer la proportionnalité des réponses des forces de l’ordre : « Rien n’est fait au hasard, ni dans la précipitation. On échange beaucoup. Nous sommes dans un moment difficile de maintien de l’ordre. Il s’agit de mineurs ! »
Une majorité de mineurs en garde à vue
Le procureur de la République annonce un total de 40 gardes à vue depuis le 29 septembre. « Toutes font suite à des actes de violence », affirme-t-il, à l’exception d’un cas où un jeune a été mis hors de cause et libéré. Une autre libération est intervenue pour raisons médicales. Seulement cinq gardes à vue concernent des jeunes majeurs. Deux d’entre eux ont été condamnés jeudi en comparution immédiate. Quinze mineurs doivent être présentés fin janvier et début février devant le tribunal pour enfants. Leurs parents, civilement responsables, seront également convoqués par la justice. Trois mineurs, soupçonnés d’être parmi les plus impliqués, ont été déférés au parquet et présentés au juge des enfants. Les poursuites, dans tous les cas, ont pour motif l’outrage et la violence envers des personnes dépositaires de l’ordre public; à ce motif peut s’ajouter parfois le jet de cocktails Molotov.
Un mineur de 15 ans est poursuivi pour fabrication de cocktails d’acide et d’engins explosifs et incendiaires.
Treize autres gardes à vue étaient en cours au moment de la conférence de presse « et cela évolue heure par heure », précise le procureur, sans toutefois indiquer si certaines sont liées à l’enquête menée suite à l’agression du policier, ce vendredi matin.
Pour le directeur départemental de la police nationale, les événements qui se sont déroulés durant ces quatre jours sont « une première dans le Territoire de Belfort ».