Selon l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme, 10,5 % de la population adulte âgée de 18 à 64 ans, scolarisée en France, sont en forte difficulté avec les compétences de base, soit 3,7 millions de personnes. Et 9 % de la population sont en situation d’innumérisme, soit 3,2 millions de personnes. L’innumérisme désigne la difficulté à manipuler les nombres et à faire des calculs dans des situations de la vie courante, tout en ayant reçu un enseignement.
Dans cette population concernée par l’innumérisme, on repère beaucoup de femmes, mais aussi des personnes de plus de 50 ans. « Plus on vieillit, plus on se détache de ces compétences, explique Marie-Claire Staquet, directrice de la Banque de France du Territoire de Belfort, engagée dans un projet de lutte contre l’innumérisme. C’est comme le permis de conduire. Si on ne pratique pas la conduite, on perd des capacités. » Aujourd’hui, l’institution financière mène une expérimentation pour déterminer les liens entre l’innumérisme et les situations de surendettement. Une démarche qui s’inscrit dans sa mission d’éducation financière. « On peut y tomber progressivement, sans s’en rendre compte et en trouvant des solutions de contournement », alerte encore Marie-Claire Staquet.
Le Territoire de Belfort particulièrement concerné par le surendettement
Le Territoire de Belfort devient le cœur de cette expérimentation, dans le cadre d’une convention entre la Banque de France et l’agence nationale de lutte contre l’illettrisme. « Nous sommes un petit département avec un taux de personnes en situation de surendettement plus important que la moyenne de la région », relève la directrice. Rapporté à 100 000 habitants, on recense 355 personnes en situation de surendettement dans le Territoire de Belfort en 2025, le 3e taux le plus élevé de la région Bourgogne-Franche-Comté, après l’Yonne et la Nièvre (lire notre article).
Ce lien est « un vrai sujet », estime Marie-Claire Staquet, qui a beaucoup travaillé sur le surendettement au cours de sa carrière. Plusieurs fois, ses services ont réussi à construire des dossiers pour entamer un surendettement, avec un étalement des créances, des échéances… Pourtant, cela n’aboutissait pas et le travail de lien avec les créanciers tombait à l’eau. Avec cette clé de lecture de l’innuméisme, la directrice regarde le dossier autrement. Comment réagit une personne en situation d’innumérisme face à son tableau d’échéancier des créances ?
La Banque de France va mobiliser tout un réseau d’acteurs locaux, notamment le conseil départemental, la préfecture, France Travail, la Mission Locale, l’École de la 2e Chance, l’EPIDE, le CCAS, l’UDAF, UFC-Que Choisir, la Confédération Syndicale des Familles ou encore le GRETA-CFA Nord Franche-Comté.
L’idée est déjà de se rencontrer, pour mutualiser des outils qui existeraient, voire en créer d’autres qui pourraient être diffusés plus largement. Il y a aussi tout un enjeu de « détection » de l’innumérisme, interpelle Marie-Claire Staquet. « C’est un public invisible, avec souvent une stratégie de contournement », ajoute-t-elle. Dans l’idéal, la Banque de France aimerait que des personnes en situation d’innumérisme viennent témoigner, pour bien comprendre ce lien avec le surendettement et qu’elles viennent « challenger » les futurs dispositifs. En identifiant ces difficultés, les acteurs peuvent aussi donner des clés de compréhension, en faisant de la prévention. Pour prévenir, là encore, les risques de surendettement.
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