En 2019, les sites industriels d’Étupes de la fondation Pluriel – nom de l’Adapei du Doubs depuis 2022 – produisaient quotidiennement 120 000 pièces et enregistraient un chiffre d’affaires de 18 millions d’euros. On y façonne des câbles pour les véhicules thermiques, des disjoncteurs, des refroidisseurs de véhicules hybrides, des pompes à eaux ou encore des bandeaux arrières de Peugeot 3008. Une cinquantaine de références de Stellantis sortent de ces usines quotidiennement. En 2026, 65 000 pièces sortiront de ses quatre usines, pour un chiffre d’affaires estimé à 10 millions d’euros.
Ces données sont une illustration supplémentaire de la transformation de la filière automobile, marquée par une baisse drastique des volumes ou par l’électrification du parc des véhicules. Dans cette situation, réduire la masse salariale n’est pourtant pas une option pour la fondation Pluriel. « La fondation accompagne, dans le Doubs, des personnes en situation de handicap, de dépendance ou de fragilité sociale », replace ainsi Pierre-Alex Jacquerez, directeur du pôle travail et insertion professionnelle au sein de la fondation. Et c’est son objectif premier. Le travail n’est qu’un moyen d’accompagnement. Il faut donc maintenir l’activité.
Ce pôle, qui propose des activités de restauration (les restaurants Les Tables d’Uzel), de services (blanchisserie, espaces verts, services de nettoyage) et d’industrie accompagne 1 300 personnes. « Notre objectif est de permettre aux adultes que nous accompagnons de vivre pleinement au travail, dans le cadre d’un projet personnel », poursuit le cadre. Surtout, « nous réinvestissons tous nos bénéfices au service des personnes que l’on accompagne », rappelle la fondation.
La fondation Pluriel veut sortir de la dépendance à l’automobile
Les quatre unités de production d’Étupes, réparties dans Technoland I, proposent des activités de ferrage, de câblerie, de montage ou d’assemblage. « Nous avons une pluralité d’activités qui permet à chacun de développer son savoir-faire », remarque Pierre-Alex Jacquerez, ce qui facilite aussi les parcours professionnels.
« À Étupes, nous avons toujours travaillé pour Stellantis, notamment Sochaux », observe Stéphanie Gerin, directrice de la filière industrie de la fondation. Les usines livrent aussi tout le groupe automobile, en Europe. La structure a même été créée par d’anciens cadres de la Peug’, qui avaient des enfants en situation de handicap. Ils ont alors fondé des ateliers déportés, à Sous-Roches, à Valentigney. C’était il y a près de 60 ans.
Mais alors que l’usine Stellantis de Sochaux est passée d’une production quotidienne de 2 200 voitures à un peu plus d’un millier aujourd’hui, on comprend l’urgence de faire évoluer ce schéma d’organisation. La fondation doit diversifier sa production industrielle. « Nous devons nous démener à trouver de nouveaux marchés », convient Pierre-Alex Jacquerez. La fondation Pluriel regarde donc les secteurs de l’énergie, du ferroviaire, mais aussi de la défense, notamment la production de drone. Il faut réduire la dépendance à l’automobile.
« Nous avons une capacité d’innovation et d’industrialisation forte »
Cet ADN de l’industrie automobile est aussi une force : la fondation sait produire en volume. L’entreprise est par ailleurs certifiée ISO 9001 et a surtout l’habitude de travailler avec un donneur d’ordre exigeant. « Le pôle travail et insertion professionnelle est un partenaire industriel comme les autres », assure justement le directeur ; aujourd’hui, il veut se faire connaître. Il n’y a pas de compromis sur l’activité. Et recourir à la fondation permet d’intégrer à son entreprise un « impact social ».
L’entreprise a même su évoluer pour répondre aux desiderata de Stellantis, dans le cadre de l’attribution des nouveaux contrats des Peugeot 3008 et 5008. Elle a ainsi investi près de 5 millions d’euros, dont la moitié à sa charge, dans huit îlots robotisés de son unité de ferrage, soit treize robots. « Nous avons basculé dans les compétences robot », apprécie Xavier Martin, responsable d’atelier, ajoutant ainsi une corde à l’arc de la structure. C’était une manière de conserver le contrat avec Stellantis. Par contre, il était hors de question que la robotisation ne soit faite au détriment de l’emploi. « On a conservé des postes autour des ilots robotisés », assure Laurent Droxler, directeur adjoint de la filière industrie. Les tâches ont été redécoupées, pour garantir le maintien de la main d’œuvre et permettre de faire baisser le coût de la soudure, maître-étalon de la négociation.
Dans le cadre de l’adaptation des postes de travail, la fondation a recours a un langage imagé. Une pièce correspond à une image. Et un produit résulte de l’association de deux images. Une force, qui permet de faciliter la compréhension. Et cette bibliothèque d’images est réalisée en interne. On a plus de 5 000 références. C’est le bureau des méthodes qui s’en charge. « Même Stellantis nous commande des « vaches » », sourit Stéphanie Gerin, pour souligner comment l’ensemble de l’environnement s’est approprié ce système. Un bureau des méthodes qui pense aussi totalement les postes de travail pour l’assemblage, afin de garantir qualité et adaptation aux travailleurs. Car « l’opérateur est complètement autonome », replace Pierre-Alex Jacquerez.
Mécaniquement, ce bureau des méthodes est l’autre atout de la fondation Pluriel. « Nous avons une capacité d’innovation et d’industrialisation forte », met en perspective le cadre. Et c’est bien ce que souhaite valoriser la fondation Pluriel pour aller décrocher de nouveaux contrats. Avec toujours le même objectif : produire afin d’accompagner des personnes en situation de handicap.
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