À l’Aéroparc, John Cockerill fabrique la nouvelle génération d’électrolyseur

Nouvelle génération de stack de John Cockerill, présenté le 10 juillet 2026, à Foussemagne, avec des cadres polymères.
Nouvelle génération de stack de John Cockerill, présenté le 10 juillet 2026, à Foussemagne, avec des cadres polymères. | ©Le Trois – Thibault Quartier
Nouveauté

John Cockerill Hydrogen a présenté son premier électrolyseur fabriqué en France, ce vendredi 10 juillet, avec une nouvelle technologie ayant recours à des polymères. Une nouvelle loin d’être anodine, alors que le marché accélère, notamment en Asie.

Le 8 juillet 2025, John Cockerill reprenait, à la barre du tribunal de commerce de Belfort (lire notre article), la société McPhy, en liquidation judiciaire. L’usine, flambant neuve, sonnait creux. Et l’on craignait pour l’avenir industriel du site. L’industriel Belge reprenait l’usine, une partie des salariés et surtout les brevets, avec un objectif : concevoir la nouvelle génération d’électrolyseurs.

Un an plus tard, John Cockerill a répondu à une partie de la promesse. Il a assemblé un premier exemplaire de sa nouvelle génération de stack. Le stack « est le cœur de la machine, l’électrolyseur, qui produit de l’hydrogène décarboné », explique Benoit Barrière, en charge de l’intégration technologique chez John Cockerill Hydrogen. L’électrolyseur alcalin permet de fabriquer de l’hydrogène à partir d’eau, grâce à de l’électricité. Dans ce système, le stack empile plus de deux cents cellules, où se fait justement la dissociation des molécules d’hydrogène et d’oxygène. L’objet pèse près de 30 tonnes, mesure 7 mètres et a un diamètre de 2 mètres, pour une puissance de 5 MW. Pour alimenter un stack de cette puissance, il faut l’équivalent d’une ferme solaire de 10 ha.

Plusieurs innovations de John Cockerill

Le nouveau produit de John Cockerill est conçu avec des plaques en polymères, et non plus avec des plaques bipolaires métalliques ; c’est une innovation majeur de ce produit. Il est ainsi plus léger et moins sensible à la corrosion, ce qui accroit la durée de vie de l’équipement explique l’entreprise. « Ce sont des premières industrielles », assure Benoit Barrière. En termes de coût, le gain de cette nouvelle technologie sera de 10 à 15 %, indique Nicolas de Coignac, le directeur général de John Cockerill Hydrogen. Et ce gain pourrait encore croître lorsque John Cockerill sera en mesure d’en produire en série. La prix va irrémédiablement baisser, à l’image de ce qui s’est passé avec les panneaux photovoltaïques.

John Cockerill a développé à Belfort une autre « innovation majeur », dixit Benoit Duriez, en charge des process d’assemblage du stack, chez John Cockerill Hydrogen. Il est façonnée de manière automatisée et horizontalement, alors que, traditionnellement, on empile verticalement les cellules. Cela permet de limiter les manutentions et le coût des machines pour le faire. 10 à 20 millions d’euros ont été investis dans l’usine pour l’équipement.

Nicolas de Coignac, directeur général de John Cockerill Hydrogen, dans l'usine de Foussemagne, le 10 juillet 2026.
Nicolas de Coignac, directeur général de John Cockerill Hydrogen, dans l'usine de Foussemagne, le 10 juillet 2026. | ©Le Trois – Thibault Quartier

La capacité mondiale d’électrolyse a doublé

« Nous visons les gros marchés industriels », indique Nicolas de Coignac. Chaque année, on consomme dans le monde 100 millions de tonnes d’hydrogène dans les raffineries, la pétro-chimie, l’agro-alimentaire ; l’hydrogène est notamment nécessaire pour produire de l’ammoniac. 99 % de cette production génère des émissions de gaz à effet de serre, qui représentent 2 % des émissions mondiales. Les industriels ont recours au vapo-reformage pour produire l’hydrogène. Décarboner cette production est donc fondamental.

Si la filière a traversé une période difficile, elle est en cours de consolidation. Mais elle a aujourd’hui besoin d’accélérer la demande ; elle seule garantira de la production à l’usine de Belfort. L’échelle de temps se mesure à la décennie. « La capacité mondiale d’électrolyse installée a plus que doublé en 2025 », observe Mikaa Blugeon-Mered, chercheur en géopolitique de l’hydrogène, à l’université du Québec, à Trois-Rivières, citant des données de l’agence internationale de l’énergie (IEA). Elle dépasse les 4 GW.

Mais la dynamique n’est pas la même selon « les géographies », convient l’expert. Elle est poussive en Europe, du fait de négociations réglementaires qui trainent et repoussent irrémédiablement le déploiement de cette technologie, ou de transcriptions difficiles de directives européennes dans la législation nationale. On attend par exemple la transposition en France d’une directive en faveur de l’hydrogène, en France, qui imposerait d’utiliser de l’hydrogène électrolytique dans la composition de carburant aérien et maritime. Une manière de pousser la demande. Il y a aussi un enjeu pour que les directives européennes soutiennent les productions européennes, pour ne pas créer un appel d’air aux technologies asiatiques. Toutefois, la mise en route du projet Normand’Hy, près du Havre, en fin d’année, de 200 MW, devrait créer « générer un changement de dynamique », espère Mikaa Blugeon-Mered.

Vue extérieure de l'usine John Cockerill, à l'Aéroparc, à Foussemagne.
Vue extérieure de l'usine John Cockerill, à l'Aéroparc, à Foussemagne. | ©Le Trois – Thibault Quartier

La Chine accélère

En Chine, « il y a une vraie accélération », note encore l’expert. L’hydrogène a été intégrée au 15e plan quinquennal comme l’une des six technologies piliers. Entre 2024 et 2025, elle a enregistré une croissance de + 322 % sur l’achat d’électrolyseurs indique Mikaa Blugeon-Mered. Et le spécialiste s’attend à une nouvelle accélération, lorsque les règlements du nouveau plan quinquennal seront connus. L’Empire du Milieu compte déjà 200 fabricants d’électrolyseurs. La Chine a un vrai intérêt pour cette technologie, car elle consomme « 30 % » de l’hydrogène mondial, contre 7 % à l’Europe.

« Nous disposons de 800 MW de carnets de commande », indique Nicolas de Coignac, soulignant la position forte de John Cockerill Hydrogen. Le directeur général est conscient que le marché se consolide et que tout le monde ne survivra pas. Ce carnet de commande donne des perspectives, sachant qu’il représente, à lui seul, la totalité du marché mondial en 2023. L’entreprise a notamment décroché un important contrat en Inde, fin 2024, autre marché dynamique, dans le cadre du projet AM Green.

« John Cockerill a une taille industrielle critique, valide Mikaa Blugeon-Mered. Il a des projets et il est présent en Européen, en Chine et en Inde. C’est un acteur qui s’est bien positionné. » Les liens de la France et de l’Inde, notamment autour des thèmes de la défense, sont une autre source de confiance de la solidité de la stratégie de John Cockerill.

Le stack fabriqué à Belfort va partir en Allemagne pour subir une série de tests. Il sera commercialisé à partir de la fin d’année. À terme, l’usine de Foussemagne, qui compte une trentaine de salariés, pourra fabriquer 200 équipements de ce type par an, soit une capacité de production d’un Gigawatt, soit peu ou prou la puissance d’une centrale nucléaire.

Les salariés de l'usine John Cockerill, à Foussemagne.
Les salariés de l'usine John Cockerill, à Foussemagne. | ©Le Trois – Thibault Quartier

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