Fabien Dorier
À l’été 2014, le FC Sochaux-Montbéliard (FCSM) quittait la Ligue 1. Au-delà d’une question de prestige, c’est une vitrine que ce club formateur perdait. Depuis, le FCSM a continué à former de nombreux jeunes de qualité avant de leur donner leur chance et de les accompagner au très haut niveau.
On en veut pour preuve la présence de trois éléments « Made In Seloncourt » dans le contingent français à l’occasion de la Coupe du Monde (Konaté, Lacroix et Thuram – voir notre article), mais aussi de nombreux autres joueurs évoluant dans des championnats prestigieux après avoir débuté avec le maillot sochalien.
Qu’est-ce qui a changé, ou s’est poursuivi, avec la relégation en Ligue 2 de 2014, puis les trois ans passés en National depuis 2023 ?
Un réel savoir-faire qui ne se dément pas
Le FC Sochaux-Montbéliard (tous nos articles) a d’abord su capitaliser sur sa réputation de bien former et faire confiance à « ses » jeunes.
Même si les infrastructures du centre de formation ont souffert d’un sous-investissement chronique pendant une décennie, le dévouement du personnel et le système D ont su compenser tout comme la qualité de l’encadrement et la force de persuasion d’éducateurs souvent là depuis longtemps et/ou très attachés au club.
Dit autrement, même avec moins de moyens que d’autres dans le domaine de la formation, le FCSM a conservé une expertise reconnue. Les jeunes sont bien encadrés et les résultats collectifs sont au rendez-vous de même que les appels de Lionceaux dans les équipes de France de jeunes.
Attractif même en Ligue 2 puis en National
Marcus Thuram avait rejoint Seloncourt en 2012 sur la recommandation d’un père champion du Monde (Lilian Thuram en 1998, pour ceux qui ne suivent pas), mais le club évoluait en Ligue 1. Ibrahima Konaté, Maxence Lacroix, Lucien Agoumé ou Rassoul Ndiaye sont arrivés à l’été 2014… quand La Ligue 2 ne semblait devoir être qu’une parenthèse. L’argument vaut moins pour Alan Virginius (arrivé au centre en 2018), Eliezer Mayenda (2019) ou Robinio Vaz (2022).
Car ce que viennent chercher de jeunes joueurs ayant l’étiquette de « pépites », c’est un club où ils vont s’épanouir, progresser… et avoir leur chance !
Et là aussi le FC Sochaux a tout bon ces dernières années, faisant confiance à ses jeunes. Parfois contre l’avis des dirigeants (Ibrahima Konaté n’était pas professionnel et est parti sans indemnité en 2018…), en piaffant un peu trop longtemps (Maxence Lacroix était en ballotage défavorable avec Boris Moltenis et Adolphe Teikeu en défense centrale) ou en s’attirant quelques sifflets par manque de réalisme. Mais en gravissant la marche vers le monde professionnel. Exactement ce qu’attendent leurs familles (et leurs agents…).
Mais le manque de moyens dans la détection, combiné à une difficulté à lutter en termes de conditions contractuelles, est devenu un vrai frein pour recruter des éléments hyper sollicités. La concurrence de clubs plus généreux a tari en éléments « bankables » les effectifs sochaliens chez les jeunes. Aucune « pépite » n’est attendue dans les prochaines années…
Un club de passage qui sert de tremplin
Quoi qu’il arrive, en ne jouant plus en Ligue 1 ou à défaut en Ligue 2, le club sochalien est devenu avant tout un club de passage servant de tremplin. Ses jeunes talents ne jouent parfois qu’une poignée de matches (lire notre article) et leur expérience naissante ne leur permet pas d’apporter une réelle plus-value sportive. C’est là que le bât blesse… Jean-Claude Plessis avait bataillé en 2004 pour faire signer à Jérémy Ménez un premier contrat professionnel (gagnant le bras de fer face à Alex Ferguson et son jet privé mis à disposition du jeune prodige pour visiter le nord de l’Angleterre). Et avait théorisé que le club devait « former des jeunes qui deviennent des coqs avant de les transférer plutôt que de vendre des poulets ».
La métaphore était imagée mais met le doigt sur une réalité : le FCSM doit pouvoir conserver son pouvoir d’attraction et générer des retombées économiques (voir plus bas), mais aussi tirer parti sportivement de ses meilleurs jeunes. Le retour en Ligue 2 devrait l’y aider.
Retours financiers, mode d'emploi
Dès lors qu’un joueur est contractuellement lié au club, il ne peut le quitter avant la fin de son contrat sans qu’une indemnité de dédommagement soit versée. Ces transferts, qui servent de variable d’ajustement pour les budgets des clubs, sont un réel enjeu. Parfois l’indemnité est sonnante et trébuchante, mais elle peine de plus en plus à être élevée par les joueurs partant tôt, sans grande expérience et pour des clubs « intermédiaires », tel Marcus Thuram passé du FC Sochaux-Montbéliard à Guingamp avant de rallier l’Allemagne puis l’Italie.
Afin de bénéficier d’une part du gâteau des énormes transactions qui s’effectuent ensuite sans lui, le FCSM inclut un intéressement sur le transfert ou sur la plus-value à venir. Cela a été le cas quand Maxence Lacroix est passé du VfL Wolfsburg à Crystal Palace, ou l’hiver dernier quand Robinio Vaz a été transféré de l’OM à l’AS Roma. Les sommes sont alors plus intéressantes que le transfert initial. Cet intéressement négocié n’est valable qu’une fois, mais est complété par le mécanisme de solidarité institué par la FIFA (la fédération internationale). Cela permet de toucher une indemnité sur chaque transfert de la carrière d’un joueur qu’on a formé.
Mais même si le club voit partir un élément formé au club au terme de son contrat, tout n’est donc pas perdu ! En 2021, lors de sa vente de Leipzig à Liverpool, Ibrahima Konaté avait rapporté un demi-million d’euros à son club formateur. Mais pas de chance pour le FCSM, le défenseur international a quitté Liverpool pour le Real Madrid gratuitement cet été…
