Même s’il ne veut pas en faire « une bataille », Jean-Paul Roland, directeur de Territoire de Musiques, l’association qui organise les Eurockéennes, ne cache pas son incompréhension. Pour cette édition 2026, et sans doute pour les suivantes, les bénévoles d’associations du nord Franche-Comté ne pourront plus tenir les buvettes pendant le festival.
Jusqu’alors, une vingtaine d’associations sélectionnées pour leur projet, déléguaient des bénévoles volontaires pour servir les boissons. En échange, les associations recevaient une dotation qui leur permettait de mettre en œuvre des projets. Environ 80 000 euros étaient ainsi versées aux associations du nord Franche-Comté. Cette année, cette somme devrait baisser à 40 000 ou 50 000 euros.
« L’inspection du travail du Territoire de Belfort a maintenant une autre lecture » que celle qu’elle avait auparavant, explique Jean-Paul Roland. En substance, les bénévoles ne peuvent plus intervenir dans un autre cadre que celui de leur propre association, explique-t-il. « On est étonné de ce changement d’analyse et qu’elle ne soit pas partagée sur tout le territoire national », confie Jean-Paul Roland.
De son côté, le préfet indique être attentif à la fois à la vie associative locale et au respect du droit du travail. Le préfet n’a pas autorité sur l’inspection du travail, mais il l’a sollicitée afin de pouvoir répondre aux associations qui l’ont interpellé sur le sujet. Ces associations ont reçu ou vont recevoir très prochainement une réponse du préfet, qui leur indique que toute association peut exercer une activité aux Eurockéennes. Cette possibilité est cependant assortie de deux conditions : soit elle n’est pas lucrative, afin de ne pas être assimilée à un prêt de main d’œuvre, soit elle est lucrative, mais directement au bénéfice de l’association à laquelle adhère le bénévole. Autrement dit, il faudrait qu’une association tienne elle-même une buvette, fournisse les boissons, encaisse les recettes et conserve les bénéfices. Jusqu’à présent, les association tenaient des buvettes des Eurockéennes, qui reversaient aux associations une part des recettes en compensation.
« Les plus touchées, ce sont les associations »
« Les plus touchées, ce sont les associations elles-mêmes », déplore-t-il. A titre d’exemple, il cite une association pour les personnes malentendantes qui tenait une buvette dans l’espace « All access », et qui ne pourra plus le faire. Le principe était que des personnes valides aient une expérience et un échange avec des personnes ayant des difficultés d’audition ; cela ne sera plus possible.
« On a revu toutes les associations », souligne Jean-Paul Roland, et certaines pourront ainsi intervenir dans d’autres domaines, comme le nettoyage matinal pendant le festival. D’autant que les Eurocks ont renoncé à faire appel à des mineurs pour cette action, en raison de lourdeurs administratives (notamment l’obligation d’organiser des visites médicales pour chacun).
Pour pallier cette impossibilité d’avoir recours aux associations et à leurs bénévoles pour les buvettes, les Eurocks ont procédé à 250 embauches supplémentaires.
La bière uniquement en self-service
Autre nouveauté côté buvettes, les bières ne seront plus servies aux buvettes des Eurocks, mais via des distributeurs en self-service. Le dispositif « Drinkee » a été testé lors de l’édition 2025, avec 8 becs distributeurs, qui complétaient les 90 becs mis en service dans les bars et buvettes.
L’expérience des distributeurs a été jugée concluante, notamment au regard de l’attente des festivaliers d’être servis rapidement, notamment dans les derniers instants avant un concert. 130 becs seront donc accessibles cette année, soit 32 becs de plus que le total de 2025 (distributeurs plus bars). Ces distributeurs seront installés à côté de huit des quinze bars des Eurocks. Les bars, quant à eux, continueront à vendre les softs et les autres boissons à base de bière, comme les Picon…
Les festivaliers ne seront pas abandonnés devant ces distributeurs de bière en self-service : des personnes leurs distribueront les gobelets et pourront donner des explications sur le fonctionnement des distributeurs. Les bracelets resteront le moyen de paiement et les Eurocks, malgré des hausses de tarifs de 10 à 20 centimes (pour répercuter les hausses des fournisseurs et le nouveau dispositif), promettent que la bière restera à moins de 4 euros.
Les organisateurs des Eurockéennes se refusent à faire un lien entre l’impossibilité de faire appel aux bénévoles et la généralisation de ces distributeurs en self-service : cette solution tend à se généraliser dans les festivals.
Et des bars à eau gratuits resteront mis à disposition. En cas de canicule, notamment.
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