Dégradation des conditions de travail, insécurité… La coupe est pleine pour les chauffeurs du réseau de transport belfortain Optymo. Depuis ce mardi 9 juin, et jusqu’à nouvel ordre, une partie des chauffeurs a émis un préavis de grève. Conséquence : la circulation des transports en commun est perturbée (lire notre article).
Des chauffeurs à bout
« Les temps de parcours sont intenables », déplore Bousbih Mounir, élu titulaire FO. Il le souligne, depuis 2007, les temps accordés aux chauffeurs entre deux arrêts n’ont pas changé. Engendrant du stress et une pression chez les chauffeurs. « C’est notamment présent sur les lignes 1, 3 et 5 », liste l’élu FO. S’ajoute le vieillissement du matériel avec des bus sans climatisation ni chauffage. « La direction explique avoir engagé des actions depuis plusieurs mois. Pourtant, sur le terrain, les salariés continuent à subir quotidiennement les mêmes difficultés », décrit FO dans un communiqué.
Mais le point d’orgue de la révolte des chauffeurs survient en mai lorsque l’un d’entre eux se fait agresser. « Notre collègue a été agressé physiquement à l’arrêt Jean Jaurès. Il est aujourd’hui en accident de travail », s’offusque Bousbih Mounir. Il explique que ce n’était pas la première fois que cet individu s’en prenait à un agent. « Ce même agresseur a récidivé quatre jours après en s’attaquant au matériel. » Un ras-le-bol, d’autant plus que cette personne prend encore le bus et côtoie les chauffeurs régulièrement.
Pas de climatisation, des portes qui s’ouvrent…
Une grève soutenue par l’association des usagers des transports de l’aire urbaine Belfort-Montbéliard (AUTAU). Au-delà des agents, cette situation affecte également les voyageurs. « Notre grosse problématique, c’est la dégradation du service qui est essentiellement liée à l’obsolescence du matériel », décrit Jean-Jacques Verdier, président de l’AUTAU. D’après ses calculs, l’âge moyen du parc Optymo est de 8,63 ans au 1er janvier 2026, avec certains bus atteignant les 18 ans.
Conséquences : même si jusque-là le réseau Optymo satisfait les usagers, depuis un an certains d’entre eux rapportent leur mécontentement à l’AUTAU. Le président de l’association évoque des séries de problèmes. « Il y a quand même eu des bus qui ont roulé sans clim, des problèmes de portes qui s’ouvrent (pendant le trajet, NDLR). » S’ajoutent des problèmes de cadence. Lorsqu’un bus prend un léger retard, c’est l’intégralité de la grille horaire qui en subit les conséquences. « Le premier bus qui est en retard se surcharge en voyageurs. Plus il y a de voyageurs, plus le bus va prendre du temps à charger. » Un véritable cercle vicieux.
La solution proposée par Jean-Jacques Verdier : renflouer la flotte de bus par des achats en électrique. « Dans l’année à venir, c’est acquérir 22 véhicules c’est-à-dire débourser 10 millions d’euros environ si on fait le choix de véhicules à batteries neufs ou plus de 13 millions pour des véhicules à hydrogène », précise-t-il. Le président l’admet cette somme peut être considérable pour le réseau Optymo. « Nous ne sommes pas opposés à l’achat de bus en occasion. »
Des mesures mises en place par Optymo
Dans un communiqué de presse, Optymo indique que trois réunions ont été organisées avec le syndicat FO. « Concernant l’état du parc de véhicules, le SMTC et la RTTB ont identifié dès 2025 les difficultés liées au vieillissement d’une partie de la flotte, aggravées par les retards rencontrés dans le déploiement de la filière hydrogène ainsi que par l’incendie accidentel survenu en janvier 2025. »
Des mesures ont déjà été prises par la société de transport. L’acquisition de véhicules d’occasion a été inscrite au budget 2026. « Les premières livraisons sont attendues dans les prochaines semaines. » Un marché portant sur le renouvellement de 17 bus, dans une technologie conforme aux réglementations environnementales a été lancé. « En corollaire, la mise en place d’un appel d’offres pour la fourniture de carburant HVO, seul carburant actuellement autorisé pour des véhicules d’occasion. Optymo ajoute que la flotte fait l’objet de contrôles réglementaires obligatoires.
Concernant la sécurité des personnels, Optymo rappelle que le réseau condamne toute forme de violence à l’encontre des agents. « L’incident récemment survenu a donné lieu à une mobilisation immédiate des équipes, des services compétents et des forces de l’ordre. » De plus, les dispositifs de surveillance et d’intervention ont été renforcés afin de garantir la protection des agents et des usagers. « À ce jour, aucune augmentation significative des agressions n’est constatée sur le réseau. »

