Propos recueillis par Fabien Dorier
Comment est né ce qui vous lie au FC Sochaux-Montbéliard ?
Je suis devenu supporter, car j’ai eu la chance d’aller au stade Bonal quand j’avais 5 ou 6 ans. J’ai été ébloui par ce qui s’y passait, avec des enjeux certes futiles, mais dans un espace hors du temps où on oublie tout le reste. Ça s’applique encore aujourd’hui : alors que nous sommes enfermés sur nos téléphones et sur les réseaux sociaux, le stade est un endroit où on oublie tout pendant deux heures. C’est la fameuse phrase qui dit que « parmi toutes les choses sans importance, le football est la plus importante. »
On ressent un amour pour ce sport…
Sa beauté et sa poésie me tiennent à cœur depuis très jeune, sans forcément l’intellectualiser. Au collège, il y avait des supporters du PSG ou de l’OM… qui gagnaient beaucoup plus souvent que mon équipe. Je me suis même posé la question de soutenir un autre club, mais c’était juste impossible. J’ai grandi à 20 km du stade où j’allais et au regard de l’émotion que je ressentais à suivre les matches, je sentais bien que je ne pourrais jamais ressentir cela avec aucune autre équipe.
Le football aurait pu prendre une place encore plus importante dans votre vie ?
Je crois que le seul regret que j’ai dans ma vie est de ne pas jouer plus au football. J’ai tellement rêvé que j’étais professionnel et disputé tellement de matches dans ma tête… Ça aurait été plus efficace de m’entraîner, mais cette implication émotionnelle m’a forgé. J’ai peut-être transféré dans la musique l’envie de partage et de passion. Avec le temps, j’ai compris que c’était une chance d’être musicien plutôt que footballeur: nous ne sommes jamais hués et on reçoit toujours beaucoup d’amour et de bienveillance, car… on ne perd pas de match.
Quel est le regard sur le football du monde artistique ?
Je crois qu’il y a toujours eu des liens entre les arts et le sport comme avec Albert Camus ou, plus proche de nous, le lien entre les gars d’Oasis et Manchester City. Il y a des ponts, mais j’avoue que j’ai souvent ressenti des réactions condescendantes ou du mépris quand je parle de ma passion du football et du FCSM. Au début, je ne la mettais pas en avant, puis la fierté a pris le dessus et, avec le temps, cela augmente. Je suis moins dans la région et c’est peut-être pour garder le lien avec elle.
Votre sincérité vous protège-t-elle d’une accusation d’opportunisme ?
Je comprends les interrogations que peuvent avoir les supporters car je suis souvent entre Lyon, Paris et les tournées plutôt qu’à Bonal, mais je n’ai pas cherché à me bâtir une identité grâce au football. Je suis juste un gosse qui vit un rêve ! Quand on me propose une opération, je suis toujours fier d’y répondre si je le peux. Faire cohabiter cela avec ma carrière de musicien est incroyable. Entrer dans le vestiaire, présenter le nouveau maillot ou donner le coup d’envoi, c’est à chaque fois comme un rêve.
Ce que vous faites pour le club, le Territoire de Belfort vous l’a proposé pour promouvoir le département…
Je me suis posé la question de savoir si ce n’était pas trop lourd à assumer, mais j’ai accepté et j’essaye d’avoir là aussi une forme de spontanéité. D’une manière générale, c’est plus difficile d’exprimer de la fierté pour un territoire. Quand on parle de son club, ce n’est « que » du football et on peut plus facilement être chauvin ou de mauvaise foi.
"Ce serait dingue de monter après ce qu'on a vécu"
« La fin de saison sochalienne est incroyable à suivre et je ressens une excitation à chaque match. L’équipe est très solide et il faut juste qu’elle ne se relâche pas. Ce serait dingue de monter après ce qu’on a vécu, mais j’essaie de ne pas y penser, car je sais que je vais chialer… et parce que j’ai tellement peur d’être déçu. En tout cas, je sais où je serai le 15 mai (en clôture de la saison, le FCSM recevra Le Puy-en-Velay Football Club, NDLR). »
Last Train ne se revendique d’aucun territoire, d’ailleurs ?
Nous nous sommes créés entre Dannemarie et Altkirch, dans le Sud Alsace, mais ensuite chacun a la perception qu’il veut. Nous sommes les « Alsaciens de Last Train » pour les uns, et d’autres rappellent que je suis Franc-Comtois. Nous préférons être vus comme un groupe de rock français… mais on se sent à la maison quand on joue à la Laiterie à Strasbourg, à la Rodia à Besançon, ou dans les festivals comme les Eurocks ou Décibulle. Il n’y a qu’à Dijon où nous ne sommes pas chez nous ! (en référence à la rivalité entre le FC Sochaux-Montbéliard et le Dijon FCO, qui se bagarrent en tête du championnat National cette saison, NDLR).