Fabien Dorier
C’est une expression un peu étrange, dont on estime souvent qu’elle vient du sport – et que seul le sport peut nous offrir, à bien y penser. Que peut bien vouloir dire « jouer petit bras » ? Et en quoi cela peut-il bien concerner une équipe de football dont le principe est, rappelons-le pour les plus distraits, de jouer essentiellement avec les pieds ?
L’expression « jouer petit bras » est depuis longtemps usitée dans le tennis, où l’aspect psychologique est particulièrement important. Il décrit le risque, au moment de conclure un scénario favorable, de jouer de manière timorée et de se laisser submerger par des émotions au lieu de rester concentré et jouer comme on a su le faire avec succès jusqu’alors. En jouant avec le bras qui tremble, donc.
Le FC Sochaux-Montbéliard est dans une position idéale...
Les joueurs du FC Sochaux-Montbéliard sont justement plus que jamais en très bonne posture après leur victoire à Aubagne vendredi (lire notre article). Une victoire combinée à des résultats moins favorables de leurs adversaires directs ; à l’exception de ces satanés Dijonnais face à qui le match du 17 avril vaudra son pesant d’or, mais c’est une autre question.
Alors qu’il ne reste que huit matches de National à jouer, les Francs-Comtois pointent à l’une des deux premières places qualificatives pour une montée directe en Ligue 2. Autrement dit, si l’équipe continue sur sa dynamique actuelle et limite les faux pas, la troupe de Vincent Hognon obtiendra un accessit qu’attend tout un peuple depuis maintenant trois ans.
Et c’est là que ressurgit le syndrome du « petit bras » : oublier ses qualités et tout ce qu’on a bien réalisé jusqu’à présent, et se poser trop de questions (« gamberger » comme on dit dans le monde du sport) au point de se rater faute de spontanéité.
...au point de jouer petit bras ?
Les Jaune et Bleu peuvent-ils être sujets à ce syndrome ? Plusieurs facteurs ne plaident pas en faveur de ce scénario. Déjà parce que les dirigeants, entraîneurs et joueurs semblent vaccinés depuis le début de saison face à un excès de confiance… et le sont donc face à son opposé : l’excès de doute et la remise en cause de leurs propres capacités. Chacun devrait savoir rester à sa place et permettre aux joueurs de « faire le job ». Des blessures, suspensions ou accidents plus ou moins explicables peuvent ralentir le rythme, mais la résilience devrait alors être au rendez-vous.
C’est aussi là où le travail effectué en coulisses pour bâtir l’actuel effectif doit payer : des éléments sincèrement engagés dans le challenge sochalien, globalement encore suffisamment liés contractuellement pour ne pas (trop) penser à leur avenir immédiat et des joueurs de qualité qui n’ont pas à craindre pour leur futur sochalien en cas de montée.
Il convient aussi de se pencher sur ce qui fait l’ADN du club, et qui est souvent la traduction de la manière dont l’environnement influe au sens large. Les signaux sont là aussi positifs. Le FC Sochaux-Montbéliard a très souvent peiné à transformer les promesses nées de ses bons résultats de l’automne en un bon placement dans la dernière ligne droite une fois l’hiver passé. Mais une fois cet hiver traversé sans accident, il est souvent capable de concrétiser les espoirs suscités.
Le contre-exemple du printemps 2023
Le contre-exemple absolu est évidemment la fin de saison 2022/2023. Le FCSM figurait sur le podium de Ligue 2 au soir de la 30e journée avant de totalement imploser. Ses sept revers en sept matches l’avaient conduit à une 9e place finale, emportant le coach Olivier Guégan par-dessus bord en chemin. Une magistrale fin en eau de boudin qui trouvait sa source dans un vestiaire fracturé et une gestion au quotidien du club pour le moins discutable.
En 2017-2018, la désillusion née d’une non-montée malgré un effectif de qualité et un entraîneur – Peter Zeidler pour ne pas le nommer – aussi ambitieux que parfois compliqué à suivre, n’était pas la conséquence d’une dernière ligne droite ratée. Les ambitions avaient été abandonnées bien plus tôt dans la saison, et les deux petites victoires lors des 12 derniers matches n’en étaient que la confirmation. Un scénario assez proche de celui de la première saison sochalienne en National où la fin d’exercice ne pouvait rectifier une situation trop mal engagée pour accrocher mieux que la 8e place de mai 2024.
Les exemples à suivre !
Il faut remonter à la fin de saison 2010-2011 pour trouver l’exemple parfait de ce que pourraient proposer les Sochaliens. Le FC Sochaux-Montbéliard de Francis Gillot s’appuyait alors sur un schéma ultra-offensif ; ah le quintet Boudebouz, Martin, Maurice-Belay, Ideye, Maïga) qui doit encore animer les rêves de certains supporters ! Il avait terminé en boulet de canon son championnat de Ligue 1 avec 5 victoires en 6 matches. Et décroché la dernière qualification européenne en date de l’histoire sochalienne…
Autre exemple plus proche de nous : 2021-2022. L’espoir de montée dans l’élite avait certes échoué en barrage, et aux tirs au but, face à l’AJ Auxerre le 20 mai 2022. Mais il avait été précédé d’une belle fin d’exercice. L’équipe d’Omar Daf n’avait concédé qu’un seul revers lors des dix dernières journées et conforté sa place de barragiste en résistant plutôt bien à la pression, sans donner à voir le syndrome du « petit bras ». Jouer sans peur de conclure et garder sa place actuelle : voilà qui suffirait au bonheur de beaucoup en Franche-Comté…
