Entre les répercussions immédiates pour les chefs d’entreprises du nord Franche-Comté et l’incertitude face à l’avenir, qu’est-ce qui est le plus grave ? Les deux facteurs cohabitent face à la guerre en Iran et à ses répercussions sur le prix de l’essence, et plus largement de l’énergie.
La CPME nord Franche-Comté a lancé le 9 mars un sondage auprès de ses adhérents ; 42 d’entre eux ont répondu, chefs d’entreprises de toutes tailles et de tous secteur. 71 % déclarent en ressentir déjà les conséquences, plus ou moins importantes, sur leurs entreprises : hausse des charges d’au moins 5 %, répercussions sur le chiffre d’affaires, possible hausse de leurs tarifs.
A ce stade, la plupart gèrent la crise en limitant les déplacements professionnels, en optimisant des tournées, en réorganisant leurs actions commerciales. Selon la CPME, la plupart de entreprises font pour l’instant le dos rond et font face à une baisse de rentabilité, à des tensions sur la trésorerie, ou reportent des investissements.
« Le plein pour un camion est passé de 140 à 200 € »
Sandrine Perrin, directrice de Centre Service à Belfort (prestations à domicile) est doublement confrontée à la hausse du prix de l’essence. Pour l’activité de jardinerie, les répercussions sont directes : « Le plein pour un camion est passé de 140 à 200 euros », constate-t-elle. La hausse se répercute aussi sur les déplacements des commerciaux, sans possibilité de rattrapage : « Nos devis sont gratuits et il est hors de question d’avoir des répercussions sur le client », estime Sandrine Perrin. Elle souligne également que la hausse du prix de l’essence intervient alors que les frais de télégestion ont augmenté en janvier et que l’Urssaf demande désormais aux entreprises de service garantir sur leur trésorerie l’avance de crédit d’impôt accordée aux clients. Bref, un effet cumulatif.
Seconde répercussion pour son entreprise de services : les intervenantes auprès des particuliers rencontrent de plus en plus de difficultés à assumer les frais liés aux déplacements chez les clients. Elles demandent soit des acomptes sur les remboursements de leurs frais, soit à effectuer les déplacements dans un rayon de 10 km de leur domicile au lieu des 15 ou 20 km contractuels. « On va essayer de faire un petit effort sur le montant de remboursement, mais il faut que cela puisse être ponctuel ».
Dans le secteur de l’évènementiel, c’est aussi la gestion de la crise. « On repense tous nos déplacements, explique Pascal Daudey (Daudey Organisation, à Bart). Sur des déplacements parfois de 1000 km, cela représente un budget. Déjà qu’avec les municipales, le mois de mars est un mois où il ne se passe rien, on n’avait pas besoin de ça. » Si l’entreprise n’est pas fragilisée à ce stade, le dirigeant navigue à vue : « On ne sait pas où on va ». Par exemple, quels sont les frai de déplacement à prévoir dans un devis pour un arbre de Noël cette année ? Dans l’événementiel, les contrats se négocient six à dix mois à l’avance, donc bien malin celui qui peut prédire si la situation aura empiré ou se sera améliorée d’ici là.
Pou Pierre Demeusy (boulangeries – pâtisseries Demeusy), « on est face à un emballement des prix comme au début de la guerre en Ukraine », compare-t-il. Le bœuf est passé de moins de 10 € à 13 € et il attend avec inquiétude l’évolution des prix du beurre et des œufs lundi. Heureusement, ses contrats d’énergie et de farines sont conclus pour plusieurs mois. « On se pose pas mal de questions », souligne-t-il. Le conflit va-t-il durer ou non, le prix de l’essence va-t-il continuer à monter, se stabiliser ou revenir à des niveaux plus acceptables ?
Pour des actions ciblées
« Aujourd’hui, les entreprises absorbent, demain, elles n’auront plus le choix, pronostique le communiqué de la CPME nord Franche-Comté. Le risque est triple : hausse généralisée des prix, ralentissement de l’activité, pression accrue sur l’emploi », relève la CPME.
Face à cette situation, « il n’y a pas de solution généralisée, mais des actions ciblées vers les entreprises, » explique Francis Despretz, le nouveau président le la CPME nord Franche-Comté. Il espère du gouvernement « des aides temporaires, plafonnées et faciles à mettre en place ». Par exemple des chèques carburants, des reports de charges fiscales et sociales pour sauvegarder la trésorerie des TPE/PME, ou encore la possibilité de réviser des contrats ou des appels d’offres pour prendre en compte l’évolution du prix du carburant.