(AFP)
Des pneus Goodyear incriminés dans une enquête sur plusieurs accidents mortels de poids lourds sont encore en circulation, déplore la lanceuse d’alerte Sophie Rollet, de Geney, dans le Doubs, qui a déclenché la procédure judiciaire sur cette affaire (lire notre article).
Une décision a été rendue mercredi par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Besançon en faveur du fabricant américain de pneumatiques, dont les avocats demandaient le retrait de documents saisis lors de perquisitions en 2024, et notamment « des mails très significatifs échangés entre des avocats et le manufacturier », a annoncé à l’AFP Sophie Rollet, veuve d’un chauffeur routier victime d’un éclatement de pneu sur son camion.
Pour elle, ce retrait est « un simple effet de procédure qui va encore retarder les choses » et « permettre à Goodyear de dire dans quelques années à la barre, si un procès a lieu, qu’il n’y a plus de pneus sur les routes ». Sollicité par l’AFP, Goodyear a répondu ne pas commenter « les procédures en cours ».
"De multiples alertes en 2025 "
A l’audience, le 25 février, Mme Rollet a eu l’occasion de « dire aux conseils de Goodyear que de multiples alertes de terrain » émanant de techniciens pneus ou de conducteurs lui « étaient encore parvenues en 2025« .
Par ailleurs, depuis les mises en examen de deux entités du manufacturier en mai 2025 à Besançon du chef de tromperies, plusieurs procédures portant sur de nouveaux accidents mortels de poids lourds survenus en 2025 « ont été renforcées par les directeurs d’enquêtes et magistrat dédiés », a-t-elle poursuivi. La lanceuse d’alerte, qui effectue une « veille active » depuis une dizaine d’années sur le sujet, estime qu’environ 50 000 pneus incriminés sont encore sur les routes dans le monde.
L’enquête ouverte à Besançon porte sur trois dossiers de collisions mortelles impliquant des poids lourds équipés de pneus Goodyear en France en 2014 et 2016, qui ont fait quatre morts au total. D’après les investigations, plusieurs accidents ont été provoqués par l’éclatement du pneu avant gauche des camions, faisant perdre le contrôle du véhicule aux chauffeurs.
Il est reproché au géant américain d’avoir eu connaissance d’un défaut de fabrication de ces modèles, mais de ne pas en avoir averti ses clients.
"Aucun pneu couvert par le programme d'échange n'est encore en service"
À partir de 2013, Goodyear a mis en place des « programmes volontaires d’échange ». Dans ce cadre, le groupe « a contacté directement et de manière proactive ses distributeurs et ses clients », a dit à l’AFP l’entreprise jeudi. « À la suite de ce programme d’échange et compte tenu du cycle de vie normal d’un pneu, on peut conclure qu’aucun pneu couvert par le programme d’échange n’est encore en service ».
Mais le groupe n’a pas procédé à une campagne de rappel impératif des pneus concernés, dont certains sont toujours disponibles sur des sites de vente d’occasion en Europe de l’Est, avait indiqué en avril 2025 Etienne Manteaux, alors procureur de la République de Besançon.