Le besoin de recapitaliser
Le FC Sochaux-Montbéliard engage une augmentation de capital au printemps 2026, pour préparer les prochaines saisons, dans le cadre de son projet FCSM 2028, construit autour de trois axes : remonter en Ligue 2 ; retisser le lien avec le territoire ; réduire le déficit. C’est la seconde fois que la quarantaine d’actionnaires recapitalise depuis la reprise du club, en août 2023. Une première opération avait été menée en 2024. L’actuel capital est de 11,7 millions d’euros et le projet de recapitalisation est de 5 millions d’euros (le mécanisme est expliqué ici). Un projet validé à l’unanimité des membres présents, moins une voix, le vendredi 13 février, lors d’une assemblée générale.
Valorisation du club
Écartons les débats sur une recapitalisation et la dilution des parts. Lors d’une telle opération, soit les associés remettent au pot et conservent leur poids, voire l’accroissent. Soit ils n’y participent pas et leur part diminue. C’est mécanique. Pour engager cette procédure, la gouvernance du FC Sochaux-Montbéliard a demandé au cabinet de conseils financiers Accuracy d’évaluer le club. Ce cabinet est bien connus des clubs professionnels. Chaque année, il publie avec Foot Unis le baromètre des retombées économiques du football professionnel français. En National, la valeur du FC Sochaux-Montbéliard est de 6 millions d’euros. En Ligue 2, elle serait de 12 millions d’euros. Elle a diminué, automatiquement, depuis 2023 ; elle ne peut pas croître en National, où les recettes sont limitées, ni être améliorée lorsqu’il y a un déficit structurel important.
Qui est Aliaume Gonthier
AIiaume Gonthier est l’un des principaux actionnaires d’août 2023 ; sa société, une société de gestion de fonds qu’il a en famille avec ses parents et son frère, la SAS Kevali, a investi 260 000 euros au cœur de l’été. C’est le 6e montant le plus élevé lors du sauvetage, dont le montant final s’élève à près de 6,2 millions d’euros. Selon lui, sans sa participation, le club ne passait pas les fourches caudines de la direction nationale du contrôle de gestion (DNCG). Une version de l’histoire largement contestée par la gouvernance actuelle. Il y participe, évidemment, mais il ne détermine pas la réussite ou non du sauvetage indique le club. À l’automne 2023, Aliaume Gonthier propose encore d’investir 3 millions d’euros. « Avec des conditions », dit-il au Trois, par téléphone. Ces conditions sont de prendre le contrôle du club, estime le président du conseil de surveillance, Sandro Nardis. Ce qu’Aliaume Gonthier ne formule pas si clairement aujourd’hui. Il reçoit une fin de non-recevoir de Jean-Claude Plessis. Il file alors à Marignane (Bouches-du-Rhône), où l’expérience tourne court. Pour lui, ce n’est, certes, pas une réussite. Mais ce n’est pas un échec non plus. Il estime que les collectivités se sont désengagées lorsque de l’argent privé est arrivé. En clair, on l’a lâché. Sa réussite ? « 700 000 euros de dettes à mon arrivée. 0 à mon départ », assure-t-il. En juillet 2025, lorsqu’il démissionne, le club est toutefois relégué administrativement en régional 1. Aujourd’hui, il veut quitter le foot. « Le foot m’a un peu dégouté », confie-t-il. Il veut se tourner vers des projets sportifs individuels, d’athlètes ou de boxeurs.
Un actionnaire vendeur, mais pas à n'importe quel prix
Après avoir été éconduit en automne 2023, il propose de vendre ses parts, alors que deux actionnaires viennent de sortir du tour de table : Valère Nedey et Cyril Haulet. Les deux hommes avaient investi 50 000 euros chacun. Cyril Haulet est devenu aujourd’hui le représentant d’Aliaume Gonthier.
En cette février 2024, quelques mois après la proposition d’Aliaume Gonthier, le conseil d’administration fait alors valoir un droit de préemption sur la revente et propose un rachat à moitié prix des parts. Refus d’Aliaume Gonthier. S’il avait 4 % du capital en août 2023, la recapitalisation de l’été 2024 a mécaniquement dilué sa part. Et la valorisation à la baisse faite par le cabinet Accuracy diminue encore la valeur de son investissement initial. Et c’est là que le bât blesse pour l’actionnaire : la période est peu propice à la vente. Et la perspective d’une nouvelle augmentation de capital accroit encore la dilution.
Le coup de pression
Les communiqués et la vente sur Le Bon Coin ne sont rien d’autres qu’une manière d’engager un bras de fer ; l’annonce est toujours en ligne, indique un proche d’Aliaume Gonthier. Il admet « attirer l’attention ». « Je suis pris en otage », assure-t-il, rappelant que le conseil de surveillance doit valider l’arrivée d’un potentiel acheteur ; une protection mise en place pour éviter l’arrivée d’actionnaires aux intentions hostiles vis-à-vis du club et de son projet. Aliaume Gonthier n’hésite pas, lors de l’entretien avec Le Trois, à évoquer des démarches judiciaires qu’il envisage d’engager. « Je n’ai pas envie d’avoir de problèmes fiscaux », lance-t-il, sans donner plus de précisions. Il évoque aussi un projet de vidéo d’un Youtubeur bien connu du monde du football. « Un lanceur d’alerte », comme il le décrit. « J’ai les infos. Tout ce qui n’est pas convenable, je le publierai », menace-t-il encore. Aliaume Gonthier glisse aussi qu’il est en contact avec plusieurs potentiels acheteurs, sans donner plus de détails ; un proche indique que le potentiel acheteur peut se positionner jusqu’à lundi. Ce qui est certain, c’est qu’il devra passer par le conseil de surveillance, avec lequel le dialogue est rompu. La question qui reste en suspens pour les deux parties : quel sera le prix de la tranquillité ?