Une idylle de 25 ans dont le contrat a pris fin le 31 décembre 2025. En 1999, General Electric débarque dans le cité du Lion. Le conglomérat rachète à Alstom la division turbines à gaz ; l’industriel français produisait ce type de turbines avec une licence de la société fondée par Thomas Edison en 1878. General Electric décide alors de l’exploiter en direct. Quand il s’installe au Techn’Hom, il opte pour l’externalisation de certaines activités. Et la première est la logistique.
General Electric choisit Allyn International, société installée en Floride et créée en 1992. Nous sommes en 2001. Cette dernière lance une entité française, Allyn International Services France, et installe son bureau à Belfort. Son métier : gérer et coordonner des activités logistiques de l’entreprise (flux entrants et flux sortants), améliorer les process s’il y a besoin, voire optimiser les coûts. Ce que l’on nomme de la logistique 4PL. Pour GE Vernova, Allyn International assure par exemple le transport des turbines à gaz ou des pièces vers les centrales électriques des clients. L’entreprise porte également les formalités douanières. Et la coordination entre tous les acteurs impliqués dans le transfert d’un équipement, comme les communes traversées par un convoi exceptionnel, le transporteur choisi pour l’opération, la compagnie maritime qui assurera le transit à l’autre bout du monde ou encore le client final. « On gère des projets dans le monde entier », assure Arnaud Garing, représentant du personnel de l’entreprise. Il suit par exemple des projets en Arabie Saoudite ou en Grèce. D’autres en Égypte ou Allemagne.
Ce contrat historique a donc pris fin le 31 décembre 2025 apprend-on auprès des représentants des salariés d’Allyn International. Une information confirmée par le syndicat Sud Industrie de GE Vernova.
Huit licenciements envisagés par Allyn International
Aujourd’hui, l’entreprise compte 24 salariés. Une procédure pour huit licenciements économiques vient d’être engagée. Une information confirmée par la direction d’Allyn International Services France. Elle fait suite à la perte « d’un contrat clé », indique-t-elle, sans confirmer pour autant que ce contrat est celui les liant à GE Vernova. Cette dernière était leur principal client. Mais Allyn International Services France travaille aussi avec d’autres acteurs, comme GE Helthcare, l’ancienne branche médicale de General Electric, devenue elle-aussi autonome, ou encore Arabelle Solutions, fabricant de la turbine à vapeur Arabelle pour les centrales nucléaires, indiquent les représentants du personnel.
Du côté de GE Vernova, ce choix pose question. « Ils ont une expertise inestimable », confie Karine François, élue au comité social et économique (CSE) de GE Vernova, affiliée au syndicat Sud Industrie, et spécialiste des questions de transport et de logistique. Elle ajoute : « On avait des gens qui connaissaient le boulot sur le bout des doigts » Elle redoute de perdre « en efficacité » dans les mois et années à venir.
Une partie du contrat avait déjà été rogné il y a deux ans. Car ce projet est dans les cartons depuis longtemps. Les représentants du personnel de GE Vernova sont au courant depuis 2022. « On nous a annoncé la volonté de GE de réinternaliser cette activité, se souvient l’élue syndicale de Sud Industrie. Cela partait d’une bonne intention. » Mais ce n’est pas ce qui se passe, déplore Karine François. « Partout dans le monde, il y a de la sous-traitance à plus faible coût », déplore-t-elle, amère quant à la stratégie logistique menée par les décideurs américains de GE Vernova. « Une décision sur tableur Excel bien loin du terrain », souffle-t-on.
Allyn International veut développer de nouveaux services à Belfort
Pour les salariés d’Allyn International, la décision est rude. « On est tombé de haut », avoue Arnaud Garing. Dix personnes étaient concernées par ce contrat avec GE Vernova. Deux ont pu être replacées. « C’est une décision difficile », convient la direction, par téléphone, qui évoque également « une situation économique difficile ».
En 2022, le chiffre d’affaires de l’entreprise était de 2,76 millions d’euros, pour un résultat de 417 000 euros. En 2024, le chiffre d’affaires avait reculé à 2,32 millions d’euros pour un résultat de 160 000 euros, soit une baisse de 16 % du chiffres d’affaires et de plus de 60 % du résultat en 24 mois.
« On a dénoncé un manque d’anticipation pour trouver d’autres contrats », annonce Arnaud Garing. La direction indique qu’un commercial a bien porté une politique de développement. Sans succès. La situation économique a compliqué la signature de nouveaux contrats. Le contexte a limité les investissements des entreprises, donc le développement de nouveaux produits et, par extension, le recours à des prestations de logistique, explique, en substances, la direction.
« Les employés sont nombreux à craindre que ce plan ne soit que les prémices de la fermeture définitive du bureau de Belfort, écrit Arnaud Garing dans un communiqué de presse, avant d’ajouter : La rentabilité des activités restantes risquant d’orienter la direction états-unienne vers une relocalisation des contrats vers des bureaux à faibles coûts de main d’œuvre. »
Si Allyn International Services France adapte son effectif, elle n’abdique pas pour pérenniser l’activité à Belfort, assure-t-elle. Elle a mobilisé les acteurs économiques du Territoire de Belfort (CCI 90, Vallées de l’Énergie, ADNFC, Grand Belfort) pour présenter notamment une nouvelle offre proposant des services de logistique et de conseils, notamment à l’adresse des PME, qui peuvent en avoir le besoin. « Nous voulons participer au développement des entreprises locales », insiste la direction.
