Lors de notre entretien de janvier 2025 (à relire l’article ici), vous indiquiez avoir réduit le déficit à 4,5 millions d’euros, contre 12 millions à l’été 2023, mais qu’il fallait encore des efforts. Où en est le FC Sochaux-Montbéliard aujourd’hui d’un point de vue financier ?
Nous sommes toujours en restructuration. Nous avons toujours les mêmes objectifs de réduire le déficit structurel. Nous avançons. Nous continuons de réduire nos charges. Cette saison, le budget avoisine 12 millions d’euros de charges, contre 15 la saison précédente et 20 celle d’encore avant. Nous sommes sur la bonne voie. Maintenant, nous avons aussi un gros travail sur le développement de nos recettes, puisque le déficit, nous arrivons à le réduire en baissant les charges et en augmentant les recettes. Sur les recettes, nous sommes également satisfait, puisque notre mission et notre volonté, c’était de faire en sorte que les Francs-Comtois s’identifient à nouveau au club, de fédérer autour, de faire en sorte que le stade Bonal soit un lieu de rassemblement pour les habitants du nord Franche-Comté, que ce soit un lieu de réseau et de développement de business pour les entreprises. Nous sommes en passe de réussir ce pari. Nous avons 12 500 spectateurs de moyenne aujourd’hui au stade Bonal. Nous avons plus de 250 entreprises partenaires. Cet engouement nous permet de développer nos recettes ; notre déficit se réduit. Malheureusement, il y a des recettes que nous avions l’année dernière qui disparaissent : ce sont les aides à la relégation (500 000 euros la saison passée, NDLR). Du coup, même si nous travaillons et activons tous nos leviers, des éléments extérieurs font que, finalement, le déficit ne se réduit pas aussi vite.
La direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) a félicité le club en décembre dernier. Quelle stratégie financière avez-vous défendue devant elle et quelles perspectives avez-vous dessinées ?
La DNCG juge sur la capacité à couvrir la saison. Elle va juger principalement la trésorerie, même si elle est très vigilante à la gestion, au fonctionnement et aux courbes que tu présentes. Et elle est également très vigilante à ce que tu as présenté au mois de mai et sur ce que tu viens présenter au mois de décembre. Pour la saison 2025-2026, nous avions été ambitieux sur la baisse des charges, l’augmentation des recettes. Au mois de décembre, nous étions dans les clous de ce que nous avions présenté. La DNCG a donc salué le travail : « Félicitations, vous êtes sur la bonne voie. Votre déficit n’est pas plus important que vous l’aviez prévu. Et votre trésorerie vous permet de finir sereinement la saison. » Cependant, elle te met en garde : « OK, mais la saison prochaine et la saison d’après, si vous continuez sur ce niveau-là, même en continuant votre travail, ça peut coincer. Tu peux être à bout de trésorerie. »
Donc, les perspectives…?
En National, avec le fonctionnement qu’on a – notre centre de formation, notre stade, le poids de notre club – arriver à un budget à l’équilibre sera extrêmement compliqué. Nous sommes donc voués à remonter en Ligue 2, à court ou moyen terme ; en tout cas, le plus rapidement possible. Et nous savons qu’en Ligue 2 – parce que nous avons une vraie visibilité sur ce que nous dépensons et sur ce que nous sommes capables de gagner – nous pouvons construire un budget à l’équilibre.
Ce qui n’était pas le cas l’an dernier ?
Ce qui n’était pas forcément le cas l’an dernier, parce que nous mettions les mains dans les dossiers. Nous faisions le tri sur où nous en étions. Aujourd’hui, nous sommes au clair sur où nous en sommes, où l’on peut être demain et comment nous allons vers ce budget à l’équilibre. Nous savons que nous pouvons avoir un budget à l’équilibre en Ligue 2. Le problème, c’est que nous n’y sommes pas encore ; dans l’attente, nous allons un peu taper dans notre trésorerie. En fin de saison, nous allons avoir la nécessité de faire rentrer de l’argent ; une augmentation de capital [est programmée] d’ici la fin de saison, de manière à avoir la trésorerie suffisante pour passer les deux prochaines saisons.
Vers quel type d’investisseurs cette augmentation de capital sera-t-elle ciblée ?
Dans un premier temps, sur les actionnaires actuels qui sont en train de s’organiser pour récolter et augmenter le capital. Et évidemment, l’arrivée d’actionnaires extérieurs est la bienvenue, s’ils correspondent à l’ADN du club, au projet, à l’identité et s’ils s’inscrivent dans la ligne que nous sommes en train de mettre en place avec les actionnaires actuels : club franc-comtois, pour les Francs-Comtois, ancrage territorial fort, des objectifs ambitieux, mais pragmatiques.
Est-ce qu’un retour de Peugeot que ça soit dans le capital ou en tant que partenaire, est dans les tuyaux ?
Ce n’est pas dans les tuyaux. Maintenant, c’est toujours quelque chose qu’on espère. Ça reviendra peut-être un jour. Aujourd’hui, ce n’est pas d’actualité.
Même en tant que partenaire ?
Même en tant que partenaire.
La somme de 3 millions d’euros reversée au FC Sochaux a été évoquée pour le transfert de Robinio Vaz de l’Olympique de Marseille à l’AS Roma. Qu’en est-il réellement et cette opération permettra-t-elle d’équilibrer le budget ?
Non. Dans notre budget, nous avons toujours une ligne « mutation » qui est inscrite ; c’est une estimation de ce que nous allons être capables de faire. Le cas de Robinio est une bonne nouvelle. Nous savions que nous allions recevoir une somme d’argent en cas de vente du joueur. Maintenant, nous ne nous attendions pas à ce qu’il soit vendu aussi rapidement ni aussi cher. Par contre, ce n’est pas parce que Robinio Vaz est vendu que nous sommes sauvés pour les deux années à venir. Ça nous permet d’avoir de l’avance sur les mutations que nous avions prévues à l’avenir. Il y avait en effet un pourcentage sur la plus-value. Julien Cordonnier (directeur sportif, NDLR) est très attaché à ces critères dans les mutations. C’est d’autant plus important qu’en National, tu vends moins cher que si tu es en Ligue 2 ou Ligue 1. C’est donc un moyen de nous rattraper si le joueur performe dans son futur club. Dans ce cas, on ne peut que saluer le travail de Julien et toute la partie sportive pour monter ce contrat et aboutir à ce deal.
Et la somme de trois millions qui a circulé ?
Non. Dans les négociations, on négocie le montant du transfert, on négocie les bonus, voire les apparitions, le nombre de minutes jouées, le nombre de buts et, parfois, le nombre d’actions décisives du joueur. On négocie un pourcentage sur la plus-value. Ces bonus et ces plus-values sont souvent capés à un certain montant. Là, le plafond est atteint.
Les mutations représentent quel pourcentage des recettes dans le budget ?
Ça va dépendre des années, mais sur la clôture de la saison dernière, presque 30 %.
C’est un enjeu fort dans un budget !
Cette saison, nous avions budgété 12 %. Robinio va venir considérablement augmenter le pourcentage !
Ce qui justifie toute la politique de formation, n’est-ce pas?
Nous faisons des efforts pour que le club soit attractif, donne envie aux gens de venir passer du bon temps, viennent au stade, deviennent sponsors. Tu investis, tu dépenses pour que les conditions d’accueil soient bonnes. Ça te permet de générer des recettes. Mais il ne faut pas oublier la recette liée aux mutations et aux ventes de joueurs. Pour vendre des joueurs, il faut former des bons joueurs et il faut leur offrir de bonnes conditions pour se développer. Tu dois donc investir sur ta formation.
C’est une politique de long terme…
Exactement. Les jeunes arrivent chez toi à 16 ans. Avant qu’ils ne se développent, qu’ils ne deviennent performants, qu’ils ne jouent avec toi ou qu’ils ne soient vendus, il peut se passer trois, quatre voire cinq ans ! Si tu veux continuer à avoir des recettes liées aux mutations, t’es obligé de continuer à bien former tes jeunes.
Pays de Montbéliard Agglomération a confirmé en décembre son soutien au FC Sochaux-Montbéliard. Comment cela se matérialise-t-il ?
PMA , c’est la collectivité avec qui nous avons le plus de relations. Elle est propriétaire de nos infrastructures : le stade et le centre de formation. C’est un partenaire historique du club à travers de la visibilité, des hospitalités, des places pour inviter les différentes associations locales. Ce sont des recettes. Ensuite, il y a aussi des charges. La collectivité nous fait payer un loyer pour le stade. Le sens de la question concernait peut-être la renégociation du loyer… Nous considérons depuis un moment que le coût du stade est beaucoup trop élevé pour un club de National et même pour un club de Ligue 2. Clairement, entre la redevance qui nous est facturée, les fluides qui sont à la charge du club, plus les coûts d’exploitation, la pelouse, les petits travaux, le stade nous coûte beaucoup trop cher, aux alentours d’1,8 million d’euros par an. Quand nous nous comparons à d’autres clubs de National qui jouent le haut du tableau ou des clubs de Ligue 2 qui nous ressemblent (coût du stade, subventions, ect), notre montant est beaucoup plus élevé que celui de nos concurrents.
Avec des qualités d’infrastructure équivalentes ?
Oui ! Je parle des clubs équivalents en termes d’ambition sportive ou équivalents en termes de taille de ville et de taille d’infrastructure. Nous nous sommes comparés comparés, en National, à Caen, Valenciennes, Dijon et Nancy. En Ligue 2, on s’est comparé à Amiens, Grenoble. Notre infrastructure nous coûtait un million d’euros de plus que nos concurrents, en moyenne. C’est énorme !
Et maintenant, cela va aller mieux ?
C’est mieux. Nous en discutons depuis un moment et PMA a compris notre problématique. Elle a compris qu’aujourd’hui, le stade pesait beaucoup trop dans nos charges pour un club de National et que nous ne pourrions pas nous en sortir. Nous travaillons sur tous les postes de charges pour survivre. Mais ce poste, il pesait trop lourd, même s’il permet d’accueillir le public dans de bonnes conditions, de faire en sorte qu’il y ait du monde ; c’est un outil extraordinaire. Je ne le remets pas en cause et personne ne le remet en cause. Aujourd’hui, nous avons de la chance d’avoir le stade Bonal. Nous nous rendons compte que c’est un stade qui vit bien, qui est super agréable. Nous travaillons aujourd’hui à l’améliorer encore, pour que les gens soient toujours mieux.
Aujourd’hui, de quel coût parlons-nous ?
Aujourd’hui, nous avons réduit de 30 % ce que nous coûte le stade et ce que nous payions à PMA. Nous gardons toujours les charges d’exploitation liées à l’entretien de la pelouse, au nettoyage et à la petite maintenance sur la partie fluide et loyer. Mais ça reste au-dessus des autres clubs.
Donc la négociation n’est pas finie ?
La convention actuelle se termine en juin 2027. Je n’imagine pas que nous puissions quitter le stade Bonal. Mais nous aurons une re-discussion de notre convention pour les prochaines années.
Attendez-vous d’autres soutiens de collectivités locales ?
C’est un vrai sujet. Nous allons avoir une augmentation de capital de nos actionnaires, qui vont réinvestir dans le club. Il y a trois ans, le club a été sauvé par le public (les Sociochaux, les supporters, NDLR), les actionnaires privés et les collectivités. Aujourd’hui, nous sentons que nous ne sommes pas loin d’y arriver. Nous avons créé un monde où nous sommes capables d’être à l’équilibre et d’inscrire le club dans la durée, mais il faut qu’on arrive à passer le cap. L’aide des collectivités peut être importante pour nous ; nous comptons sur leur soutien pour passer encore ce cap et pouvoir ensuite vivre par nos propres moyens. Maintenant, elles sont contraintes : elles sont très sollicitées par l’État et leurs recettes diminuent. Nous verrons dans quelles mesures elles sont capables de nous aider. Avec les collectivités, nous avons décidé de rester dans notre schéma actuel. Et nous, on veut garder notre identité forte : c’est le club de la région, le stade est un lieu de rassemblement, la formation fait partie de notre ADN, il y a les actions du club en faveur de la féminisation, de l’aide aux personnes en difficulté, en soutien au sport amateur. Maintenant, il faut peut-être nous aider à passer encore le cap.
Que retenez-vous du parcours du FC Sochaux-Montbéliard en Coupe de France ?
Que c’était une belle aventure. Il faut saluer la performance sportive. Celle d’un club de National, arrivé jusqu’au 16e de finale. On n’était que trois clubs de National à y arriver. Il y avait pas mal de clubs de Ligue 2, même de Ligue 1, qui s’étaient fait sortir aux tours précédents. C’est vrai que nous avons rencontré des clubs de division inférieure jusqu’aux 16e. Malgré tout, tous les matchs sont très difficiles en Coupe de France. Nous l’avons vu à chaque tour, tu avais ton lot de difficultés et de défis. Et puis, l’aventure se finit en apothéose : match de rentrée, en recevant un club historique comme le Racing Club de Lens, leader de Ligue 1.
Avec en plus, une solidarité des supporters face aux intempéries.
Exactement. C’était un match avec un caractère émotionnel important puisque tu recevais un club avec une grosse communauté et des fans qui devaient venir en nombre. Tu savais que ça allait être une belle fête du football au stade Bonal. Arrive cette histoire de neige, les péripéties de risques de huis-clos, de reports, de reports avec huis-clos, les supporters lensois qui ne veulent pas rentrer chez eux, les supporters lensois qui dorment chez les supporters sochaliens ! On a eu notre lot de rebondissements et de belles histoires autour de cette rencontre ! Finalement, le choix de reporter, je pense que ça a été un bon choix, parce qu’on se rendait compte que l’état des routes était super compliqué le samedi soir et qu’on a joué un match dans de bonnes conditions le dimanche après-midi, avec du monde. C’était une belle fête. On a livré une belle bataille. On s’est montrés sous un beau jour.
Le calendrier des matches retour est plus favorable, avec plus de matches à domicile. Vous venez de recruter un attaquant. La montée est-elle à portée de mains ?
Nous sommes vigilants à la présentation de nos objectifs. Depuis le début de saison, nous disons que nous voulons être dans les cinq premiers, que nous voulons être dans le haut du tableau. Il faut que nous restions là-dessus. Ce n’est pas un manque d’ambition : à un moment, il ne faut pas changer les objectifs en cours de saison. Aujourd’hui, nous sommes bien placés. Nous sommes dans le trio de tête. Nous sommes super contents d’être à cette place et nous ferons le maximum pour rester au moins à cette place. Mais voilà, Nous nous sommes donnés deux ans pour [monter]. Si nous le faisons cette année, tant mieux. Mais il ne faut pas s’enflammer. Nous faisons une très bonne première partie de saison : trente points à la trêve, c’est beaucoup. L’année dernière, nous aurions été leaders à la trêve ! Il nous reste encore seize matchs, avec la chance d’en jouer dix à domicile. Cette saison, le stade Bonal nous a réussi, donc c’est plutôt une bonne chose. Mais il ne faut pas s’enflammer, parce que c’est un championnat qui est super compliqué. Tous les matchs, ce sont des batailles. Il n’y a pas eu de victoires faciles cette saison. À part, peut-être, Orléans (au match aller, NDLR), où on a gagné 5-0. Il faut continuer à être sérieux, à bien travailler et à tout faire pour gagner chaque match.