David Demange et Serge Kakudji s’associent pour un album

David Demange et Serge Kakudji lors d'une représentation.
Mwezi Una Angara, « la lune brille » en swahili, est le titre de leur album en commun. | ©m.c.photographiie
Interview

Le guitariste classique David Demange et le chanteur lyrique Serge Kakudji lancent leur album en commun. L’objectif du disque « Mwezi Una Angara » est de rendre accessible la musique classique et baroque au grand public.

Ce lundi 19 janvier, le duo David Demange et Serge Kakudji lance une campagne de financement participatif pour leur prochain album « Mwezi Una Angara ». Cet album mélange la guitare classique de David Demange et le chant lyrique de Serge Kakudji et illustre l’amitié entre les deux artistes. L’album va être enregistré en avril et sortira en octobre 2026. Un concert est prévu le 10 octobre à la Cathédrale de Belfort.

Comment s’est passée la rencontre entre David Demange et vous ? 

Ça fait déjà deux ou trois ans que l’on se connaît. La première fois que l’on s’est rencontrés, c’était par le biais de François Lanneau qui organise beaucoup d’événements artistiques à Belfort. C’était à un festival de jazz justement à Belfort. Il m’a dit « Il y a David qui joue, ça peut être l’occasion de vous rencontrer ». J’ai évoqué le fait que l’on pouvait même jouer ensemble. David a accepté et je lui ai proposé un morceau. Je me souviens, je suis arrivée  en short avec la partition et on a commencé à répéter juste un peu avant le concert.

Ça a commencé comme ça. Ce concert, ça nous a donné envie de se revoir, de jouer ensemble et de commencer quelque chose. Je dirais que c’était le rendez-vous du destin. Ensuite, on a fait pas mal de concerts ensemble (lire notre article) : Rencontres et Racines, Escales en Musique, le Fimu [Festival international de musique universitaire, ndlr]. 

À quel moment l’idée d’un album en commun est née ?

Dès le début, on avait cette idée et au fur et à mesure qu’on jouait ensemble, cette idée grandissait. Et puis à un moment donné, au détour d’une conversation, je ne sais plus si c’était lui ou moi, on s’est vraiment dit qu’il fallait que l’on fasse un disque. C’était une idée en rigolant, mais petit à petit c’est devenu une évidence. Ce disque, ça ancre encore plus le bonheur qu’on a d’être ensemble. Ces moments, où il y a un mélange de stress et d’excitation de faire un disque. 

On avait envie de partager et de rendre accessible la musique. Parfois, avec la musique classique, les gens se disent que ça appartient à une certaine classe sociale. Mais dans ce disque, il y aura un peu de baroque, on retrouve du Schubert, du Mozart, du Purcell. C’est vraiment un voyage entre les époques et aussi les compositions personnelles. 

D’où vient le nom de l’album « Mwezi Una Angara » ? 

Le titre de l’album « Mwezi Una Angara », c’est d’abord une de mes compositions. En swahili, ça veut dire « la lune brille ». Pour cette chanson, je me suis inspiré d’un souvenir avec mes grands-parents lors de vacances de fin d’années scolaires, au Congo, d’où je suis originaire. Ils nous racontaient des histoires autour du feu. À un moment donné, quand il n’y avait plus de choses à se dire, au lieu de se mentir, on regardait le ciel. Et quand on regardait le ciel, on voyait qu’à chaque fois que la lune apparaissait, on avait l’impression que les étoiles faisaient semblant de reculer pour laisser la place à la lune.Et quand il n’y avait plus la lune, on voyait que les étoiles prenaient tout l’espace.

Vous allez enregistrer l’album à la Saline royale d’Arc-et-Senans. Pourquoi avoir fait ce choix ? 

C’est aussi un lieu mythique qui nous a beaucoup parlé. On a visité beaucoup de lieux et c’est David qui a trouvé celui-ci. Quand on est arrivé sur le lieu, on a été impressionnés par l’énergie qui s’en dégage. Chaque lieu a une acoustique différente. On a fait quelques tests lors de la visite et c’était très intéressant. 

Comment est-ce que le chant lyrique est arrivé dans votre vie ? 

C’est à cause de mes sœurs. Je viens d’une famille nombreuse et quand j’étais enfant, elles avaient l’habitude de me couper tout le temps la parole. Ça m’a bloqué la parole et je suis devenu bègue. Je n’arrivais plus à m’exprimer. Un jour, je suis tombé sur un groupe de jeunes garçons qui jouaient au foot. J’ai fini par jouer avec eux. Au bout d’un quart d’heure, c’était la fin du match et l’entraîneur a amené tout le monde en répétition. En fait, c’était la chorale de la paroisse. J’ai commencé à chauffer ma voix avec eux et ça me faisait penser à l’opéra que je pouvais voir à la télévision. Ma voix a évolué très vite et on a commencé à me donner des solos. C’était vraiment mon univers où on m’écoutait sans me couper la parole. Ce que j’avais à dire, je l’exprimais par le chant. Ça m’a appris la puissance des mots, leur pouvoir. 

Au départ, j’étais autodidacte. Après, je suis venu en Europe. Mes premiers pas s’étaient à Vienne, j’apprenais tout à l’oreille. J’ai ensuite fait des études professionnelles de chant lyrique à Namur en Belgique. J’ai fini par suivre un professeur en France, au Conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés.

David Demange

David Demange, en dehors de la guitare classique, est connu en Bourgogne-Franche-Comté pour être le directeur de la Rodia à Besançon. Il a également été le fondateur et l’ancien directeur du Moloco ainsi que cofondateur et coordinateur artistique du festival Musiques à Saint-Hipp. Diplômé de sciences politiques et d’un master en gestion de projets culturels, il est également médaillé d’or au conservatoire. 

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