Était-ce de l’agacement ou de l’inquiétude ? Étaient-ce des coups de gueule ou des appels à la raison ? Était-ce de la pédagogie ou une affirmation d’autorité et de légitimité ? Un ras-le-bol généralisé ou une passe de mauvaise humeur ? Ou tout cela en même temps ?
Ce vendredi 23 janvier 2026, c’était le jour de la rentrée judiciaire dans le nord Franche-Comté : audiences solennelles de rentrée au tribunal de commerce et au tribunal judiciaire de Belfort le matin et au tribunal judiciaire de Montbéliard l’après-midi. L’exercice est très codifié et donne l’occasion de dresser le bilan plus ou moins inquiétant de l’état de santé du tissu économique (au tribunal de commerce) ou des crimes et délits commis durant l’année écoulée (dans les tribunaux judiciaires). Mais au-delà, un même thème a été abordé avec force dans les interventions de la bâtonnière de Montbéliard au tribunal de commerce de Belfort – Montbéliard, de la procureure du tribunal de Belfort et du procureur du tribunal de Montbéliard : l’indépendance et le respect de la Justice (et de ses acteurs), en tant que fondement de l’Etat de droit, donc de la démocratie.
« Tout semble converger pour mettre à bas l’Etat de droit »
De prime abord, c’est l’intervention au sein du tribunal de commerce de la bâtonnière de Montbéliard, Me Mireille Thomas, qui pouvait surprendre. En effet, loin de parler de santé des entreprises et d’économie locale, elle a concentré toute son intervention sur la défense d’une société libre indissociable d’une Justice indépendante. « Ma parole est libre, a souligné l’avocate, parce que nous vivons dans un Etat de droit ». Mais, d’ajouter : « Nous sommes les enfants gâtés de la démocratie », forme de mise en garde et d’appel à la vigilance face à des menaces qu’au mieux on ne perçoit pas, qu’au pire on minimise. « Nous sommes libres et en capacité d’avoir accès à une justice indépendante », a-t-elle encore constaté, avant de passer à une nouvelle mise en garde : « Tout semble converger pour mettre à bas l’Etat de droit (…). Notre Etat de droit est malade. » Et de pointer les réseaux sociaux, les médias qui « ne cherchent même plus à informer mais à faire le buz ». « Désigner la Justice, c’est s’attaquer à l’un des principaux piliers de la démocratie. (…) Comment rendre la Justice si l’on est menacé de lynchage médiatique, si l’on subit des menaces pour ses enfants et sa famille, si l’on retrouve ses pneus crevés. C’est aujourd’hui une réalité en France ! »
« La Justice ne se rend pas sur les réseaux sociaux »
Jessica Vondercher a également abordé cette question : « L’autorité judiciaire est gardienne de la liberté », a-t-elle souligné, avant de formuler des vœux pour « son indépendance, sans crainte de déplaire » et de laisser poindre son inquiétude « si l’histoire tournait mal à nouveau ». Et face à ceux qui critiquent soit le supposé laxisme de la Justice, soit tout simplement les décisions de Justice sans connaitre le fond des dossiers.
Même tonalité l’après-midi à Montbéliard pour Paul-Edouard Lallois, procureur, qui constate les commentaires du « café du commerce (…) sans connaissance du droit et des faits », phénomène qu’il juste « détestable et [qui] nourrit la défiance envers la justice ».
« La justice ne se rend pas sur les réseaux sociaux, mais ici, dans les tribunaux », s’est-il exclamé, tout en revendiquant de sortir du silence, « d’expliquer et d’éclairer sur le sens » des décisions de Justice, afin de « soutenir l’Etat de droit ». « Aucun citoyen n’est au-dessus ou en dehors des lois », a-t-il encore rappelé.