Le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a annoncé lundi soir avoir lancé une enquête administrative. « On a besoin d’expliquer pourquoi personne n’a été en mesure de le repérer » et « éventuellement », de « changer les pratiques » de « notre système » si on constate des défaillances, a déclaré sur LCP le ministre. Après le signalement d’une voisine qui avait entendu des cris, le garçonnet a été découvert nu et dénutri sur un tas de déchets et entouré d’excréments dans le véhicule où il était enfermé à Hagenbach, près de Mulhouse (Haut-Rhin), à quelques mètres du domicile où son père vivait avec sa compagne et les deux filles de ce couple recomposé.
Mis en examen, le père, âgé de 43 ans, a été placé lundi en détention provisoire pour un an. Cet électricien « a pleinement conscience des faits qui lui sont reprochés », a souligné son avocate. Sa compagne de 37 ans nie avoir su que l’enfant – qui n’est pas son fils – était enfermé dans la camionnette. Cette femme qui, à en croire son site internet, propose des prestations « d’accompagnement au quotidien » pour personnes âgées ou isolées, mais également des séances de « voyance et guidance », est placée sous contrôle judiciaire.
L’enfant a raconté aux enquêteurs que sa belle-mère voulait le placer en « hôpital psychiatrique » et que son père l’avait enfermé « pour ne pas l’interner ». « L’émotion est très vive et très grande », témoigne le maire du village, Christophe Ricklin, qui a mis en place un dispositif d’accompagnement psychologique. « Il y a aussi beaucoup de colère, surtout pour les riverains attenants au logement qui, pendant tout ce temps n’ont rien vu ou entendu », ajoute l’édile.
- "Dysfonctionnements"-
Pour Josiane Bigot, ancienne juge des enfants et fondatrice de l’association Themis, qui promeut l’accès aux droits des enfants, ce drame est « une illustration des dysfonctionnements de la protection de l’enfance ». « Il est évident qu’on aurait dû se préoccuper du sort de cet enfant », insiste Mme Bigot.
L’absence d’alerte de la part du système scolaire sera l’une des questions que la justice va chercher à examiner. D’après de premiers éléments fournis par le procureur, le petit garçon a été scolarisé normalement en CP en 2023/2024 à Mulhouse. Puis la famille, au moment de déménager à Hagenbach, l’a désinscrit en assurant qu’il serait scolarisé ailleurs – ce qui n’a pas été le cas. Dans un tel cas, les parents doivent inscrire leur enfant dans une nouvelle école « dans les huit jours », à la mairie du nouveau domicile, rappelle le rectorat de Strasbourg, qui souligne se tenir « à l’entière disposition de la justice ».
Pour Mme Bigot, « quand un enfant est déscolarisé, c’est à l’Éducation nationale de le faire savoir et d’alerter », puis éventuellement au département, chargé de la protection de l’enfance, ou à la justice, de « prendre le relais ». La famille avait bien effectué la démarche d’inscription en mairie, « obligatoire » en Alsace-Moselle, en mentionnant « deux adultes et trois enfants, donc y compris le petit garçon », retrace Guy Bach, maire jusqu’en mars dernier.
Les nouveaux arrivants ont déclaré que « les trois enfants étaient correctement scolarisés », précise à l’AFP l’ancien édile. La commune n’est cependant « pas habilitée ni autorisée à vérifier au-delà du déclaratif », et n’échange pas d’information avec l’Éducation nationale, ajoute M. Bach, soulignant que certaines familles peuvent scolariser leurs enfants en dehors du village.
Le gouvernement mène « des travaux » pour améliorer la transmission d’informations pour qu’on puisse s’assurer qu’un enfant est bien scolarisé après un déménagement, car à ce moment-là, il y a « toujours des risques », a indiqué la haute-commissaire à l’Enfance Sarah El Haïry dans une interview au Parisien lundi soir. « On sait qu’un certain nombre d’enfants vont passer malheureusement entre les mailles du filet et que des parents violents vont en profiter », a-t-elle déploré.
La mère du garçon, qui a porté plainte, faisait part dès l’été 2024 sur son profil Facebook de sa souffrance d’être privée de tout contact avec ses enfants. « Je vis un enfer, mon cœur de maman pleure chaque jour un peu plus », témoignait-elle alors dans un message public mais adressé à son ancien compagnon. Ensemble, le père et sa compagne ont fondé une petite société de vente de bonbons par correspondance, « Les petites gourmandises », qui selon son site internet entend « partager des douceurs et raviver les souvenirs d’enfance à travers des saveurs intemporelles ». Selon une voisine citée par le quotidien régional DNA, la chambre de l’enfant séquestré aurait servi à entreposer les stocks de sucreries.