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« En faisant baisser la vitesse, nous jouons sur 100 % des accidents »

Un gendarme effectuant un contrôle de vitesse (©TQ).

L’été. Les départs en vacances. Si Bison futé évoque les chasser-croiser des estivants, la Sécurité routière appuie plutôt sur les risques au volant. Entre pédagogie et répression, elle active tous les leviers à sa disposition pour réduire les accidents de la route. Rencontre avec Marie Gautier-Melleray, déléguée interministérielle à la Sécurité routière, en visite à Belfort ce jeudi.  

L’été. Les départs en vacances. Si Bison futé évoque les chasser-croiser des estivants, la Sécurité routière appuie plutôt sur les risques au volant. Entre pédagogie et répression, elle active tous les leviers à sa disposition pour réduire les accidents de la route. Rencontre avec Marie Gautier-Melleray, déléguée interministérielle à la Sécurité routière, en visite à Belfort ce jeudi.  

18 034 morts. En 1972, jamais la route n’a autant tué. C’est un triste record. C’était il y a 50 ans. Au mois de juillet de la même année, on crée le comité interministériel de la sécurité routière. En 2021, 3 219 personnes sont mortes sur les routes, alors que le trafic « a été multiplié par 2,5 », replace Marie Gautier-Melleray, déléguée interministérielle à la sécurité routière, en poste depuis mars 2021 et en visite dans le Territoire de Belfort, ce jeudi 7 juillet. Ce sont « 3 000 morts de trop », souligne-t-elle ensuite, glissant que 90 % de ces drames sont liés à un comportement des usagers de la route. « Ce n’est pas une fatalité, insiste Marie Gautier-Melleray. Si chacun de nous respecte mieux, on arrive à faire baisser [le nombre de victimes]. »

La sécurité est « souvent vu comme une contrainte », convient la déléguée interministérielle. « Tous les ans, nous avons de nouveaux conducteurs, donc il faut toujours recommencer », remarque-t-elle également. Les nouvelles mesures sont aussi souvent impopulaires. Mais les oppositions souvent temporaires. À l’époque, l’obligation du port de la ceinture était par exemple perçue un scandale (1973 à l’avant et 1990 à l’arrière). Puis la colère est passée. Pour autant, le besoin de pédagogie ne faiblit pas. On constate, dans les statistiques de la sécurité routière, un relâchement sur le port de la ceinture. « Je ne roulais pas vite. » « Je n’allais pas loin. » Les (mauvaises) raisons sont légion et font florès.

La période estivale est propice aux appels à la vigilance. « C’est vraiment trop bête de prendre des risques alors qu’il y a un truc super qui nous attend au bout de la route », observe la déléguée interministérielle. Le tout, pour une poignée de minutes. « On gagne très peu de temps alors que l’on prend beaucoup de risques pour soi et pour les autres », ajoute-t-elle.

Le Territoire de Belfort, zone de tests

Dans cette lutte contre l’insécurité routière, Belfort occupe une place de choix. Le Territoire de Belfort est une zone d’expérimentation, alors que le préfet cible particulièrement deux motifs d’inquiétude : la montée du ballon d’Alsace et les rodéos urbains.

Depuis plusieurs mois, des véhicules banalisés privés sillonnent les routes du département centenaire. Si la voiture n’appartient pas aux forces de l’ordre, il n’y a que la conduite qui est externalisée, rassure Marie Gautier-Melleray. Le radar appartient toujours à l’État. Et la société est rémunérée pour les kilomètres parcourus, pas les flash enregistrés. « Il n’y a pas de délégation du contrôle de vitesse », insiste-t-elle.

En quelques mois, la vitesse moyenne a baissé et seulement 2 % des véhicules croisés sont en infraction ; ce taux monte jusqu’à 15 % dans certains départements tests, non cités par la déléguée interministérielle. En faisant baisser la vitesse, on joue sur les causes des accidents, mais aussi sur les conséquences. Car même si la vitesse n’est pas directement en cause dans un accident, moins elle est élevée, moins les conséquences sont graves. « En faisant baisser la vitesse, nous jouons sur 100 % des accidents », résume la déléguée.

Belfort accueille également les nouveaux Équipements de terrain urbain (ETU), des moyens de contrôle que l’on installe en ville et qui peuvent sanctionner la vitesse ou le franchissement des feux rouge, mais pas en même temps. Des équipements qui ne flashent pas. 25 zones d’installation sont prévues dans le Territoire de Belfort et 21 sont déjà définies, à Valdoie, Meroux-Moval, Essert, Denney, Belfort, Saint-Germain-le-Châtelet, Lachapelle-sous-Rougemont et Chèvremont. Mais seulement un boitier sur cinq sera équipé. Et le dispositif de contrôle sera déplacé. « Vous ne pouvez pas savoir, quand vous êtes automobilistes, s’il y a un radar », prévient la déléguée. L’idée est d’étendre les zones de contrôle en jouant sur la possibilité d’être contrôlée. Annoncer un potentiel contrôle est donc essentiel pour la Sécurité routière, car elle mobilise l’attention des automobilistes et limite les comportements dangereux, notamment dans les zones les plus accidentogènes. « Les maires sont très demandeurs [de ces équipements] », se réjouit Raphaël Sodini, préfet du Territoire de Belfort, qui dévoile qu’il existe une liste d’attentes pour obtenir un tel équipement dans le Territoire de Belfort.

Ce qui fait dire à la déléguée interministérielle que les radars ne sont pas des pompes à fric. « Il y a beaucoup de fantasmes autour des radars », résume-t-elle. Le parc de radars s’établit à 4400 radars en France, indique la déléguée. L’Allemagne en compte près de 4 700, l’Italie plus de 10 000 et la Grande-Bretagne plus de 7 000 (selon SCBN.info). S’ils rapportent 800 millions d’euros par an, admet-elle, elle rappelle que le coût de la sécurité routière pour la collectivité était de 50,9 milliards d’euros en 2019 ; chaque année, l’État consacre 3,4 milliards d’euros à la politique de la sécurité routière. « Et tout le monde paie », souligne Marie Gautier-Melleray.

Marie Gautier-Melleray, déléguée interministérielle à la sécurité routière (©TQ).

Des chiffres pas bons

Si un ton ferme se dégage de la voix de la déléguée interministérielle, c’est que les chiffres de la sécurité routière ne sont pas satisfaisant depuis plusieurs mois. « On renoue avec des chiffres vraiment pas bon », valide Marie Gautier-Melleray. Ce que confirment les gendarmes sur le terrain. Depuis le début de l’année, le peloton motorisé (PMO) de Belfort a déjà intercepté 60 automobilistes enregistrant des excès de vitesse supérieur à 40 km/h. L’alcoolémie est aussi repartie à la hausse, tout comme les contrôles positifs de stupéfiants, tout en sachant qu’on les contrôle beaucoup plus : les tests ont été multipliés par deux. Sur les stupéfiants, les autorités regrettent toutefois un « déni du risque » de la part des contrevenants.

Sur la vitesse, les gendarmes utilisent à présent des cinémomètres laser Truspeed. « Un outil ultra performant », valide le lieutenant Nicolas Mourelon, commandant du PMO de Belfort. Il permet aux militaires de se déplacer rapidement, d’autant plus aujourd’hui où les applications collaboratives signalent leur présence  très rapidement. Mais ce signalement n’est pas toujours négatif. Car ils sont souvent signalés sur les applications plus longtemps que leur présence réelle. L’effet est donc positif et entraîne une réduction de la vitesse des membres de la communauté. « On les utilise à notre avantage, avoue également l’officier, en s’auto-signalant. » Le but : faire ralentir les gens. En 2021, 6 personnes ont perdu la vie sur la route dans le Territoire de Belfort.

Des questions sur le permis à point

« La sécurité routière mène beaucoup de politiques d’expérimentation. » On regarde ce qui fonctionne. Ce qui ne fonctionne pas. La sécurité routière finance par exemple un projet de recherche d’une start-up qui construit un volant bardé de capteurs capable de détecter l’alcool dans la sueur des mains. C’est un projet à long terme. Des travaux sont aussi menés sur les véhicules autonomes, pour intégrer des calculateurs visant à adapter la vitesse en fonction de la distance avec le véhicule de devant. Le permis à points fête pour sa part ses 30 ans. Des questions sont soulevées vis-à-vis de la perte plus régulière de points, sachant que la majorité des excès de vitesse en France sont de moins de 5 km/h en vitesse retenue (58 % en 2020). On évoque notamment l’arrêt de la perte d’un point pour des excès de vitesse de moins de 5 km/h, en vitesse retenue. « Ce qu’on appelle improprement les petits excès de vitesse », sourit la déléguée. Des réflexions existent confirment-elle. Mais les solutions ne sont pas mûres autour de cette question. Et de résumer : « La sécurité routière n’est pas dans le dogmatisme. Elle est pragmatique. Il y a toujours des réflexion en cours. »

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