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Delle : sept condamnations et une relaxe pour les auteurs présumés de tirs contre la gendarmerie

Il a fallu plus de 9 heures d'audience pour tenter de comprendre ce qui a amené huit jeunes adultes à tirer sur la caserne de la gendarmerie de Delle. En vain
Il a fallu plus de 9 heures d'audience pour tenter de comprendre ce qui a amené huit jeunes adultes à tirer sur la caserne de la gendarmerie de Delle. En vain. | @ Le Trois - P.-Y.R.
Récit

Huit des neufs auteurs présumés de tirs centre la gendarmerie de Delle, en août, comparaissaient jeudi devant le tribunal de Belfort. L’auteur présumé du tir a été condamné à de la prison ferme, six de ses complices présumés à du sursis, un septième prévenu a été relaxé.

Pourquoi ces jeunes adultes ont-ils tiré des mortiers d’artifice sur le bâtiment d’habitation de la gendarmerie de Delle, dans la nuit du 9 au 10 août 2026 ? Même après neuf heures d’audience, ce jeudi 5 novembre 2026 au tribunal judiciaire de Belfort, la réponse est loin d’être claire.

Le président du tribunal, Jean-Philip Ghnassia, a méthodiquement questionné chacun des huit prévenus, des jeunes hommes âgés de 18 à 21 ans, pour savoir comment s’est déroulée la soirée et comment ils en sont venus à commettre des délits, mais aussi pour connaître leurs parcours respectifs, leurs liens, et tenter de définir qui a vraiment fait quoi.

Auparavant, il a rappelé les faits. Le 10 août, vers 1 h 20, le bâtiment où logent les gendarmes et leurs familles (mais aussi des familles de civils : les logements ne sont pas tous attribués à des militaires) a été la cible de tirs de mortier. En cette nuit de canicule, toutes les fenêtres et leurs volets sont ouverts.

Trois impacts seront relevés sur les murs, juste à côté de l’une des baies vitrées. Les gendarmes sortent immédiatement, repèrent des voitures, retrouvent un tube de lanceur d’artifice et un briquet sur une passerelle de l’autre côté de la rue.

Après plusieurs semaines d’enquête, neuf suspects sont interpellés début septembre, dont un mineur (qui sera jugé ultérieurement par le tribunal pour enfants).

« Y’a personne qui a réfléchi. »

Ce jeudi, trois d’entre eux sont en détention préventive et arrivent en salle d‘audience menottés, et sous escorte. Lorsque le juge les interroge sur leur personnalité, ils se montrent très marqués par cette incarcération, affirment que cela les a fait réfléchir et qu’ils regrettent leurs actes, dont ils ne comprennent même pas pourquoi ils les ont commis.

Celui qui est accusé d’avoir procédé aux tirs, jusqu’à son interpellation, travaillait comme intérimaire chez Stellantis. Il affirme « Je ne sais pas ce qui m’est arrivé ce jour-là ». Il évoque un « effet de groupe », argument repris par d’autres prévenus, parfois avec d’autres termes, comme « On s’est chauffés !».

Le juge lui fait remarquer que le premier tir a loupé la façade et qu’il a réajusté le lanceur, lui fait remarquer que quelqu’un aurait pu sortir sur un balcon et être touché. « Je n’ai pas réfléchi une seconde », répond le jeune prévenu. Lors des auditions, le juge rapporte qu’il a déclaré « Ma réelle intention n’était pas de viser les familles, mais l’hébergement. (…) On voulait juste leur casser les couilles ».

Le juge cherche encore à comprendre : « Mais qu’est-ce qu’il y a de drôle à faire ça ? Qu’est-ce qui est hilarant ? »

« Sur le moment, c’était de les faire chier. Sur le moment, mais après, j’étais pas bien. Y’a personne qui a réfléchi. » Tellement peu réfléchi, qu’il s’est enfui en abandonnant le tube de mortier et le briquet utilisé pour l’allumer, donnant des éléments de preuves aux enquêteurs, avec des empreintes et des traces d’ADN. « Vous auriez laissé votre carte d’identité, c’était pareil », lui fera remarquer son avocat, Me Jérôme Pischoff, du barreau de Besançon. Une façon de souligner l’improvisation et de contrer l’accusation de préméditation.

« Ce soir-là, j’étais rempli de stupidité »

Un autre des prévenus placé en détention préventive est soupçonné d’avoir filmé la scène. En fait, c’est lui, lors de ses auditions, qui a indiqué aux gendarmes qu’il avait filmé la scène et où retrouver ce film sur son téléphone. Il est scolarisé en terminale, a travaillé pendant un mois durant l’été. Mais il a déjà eu quelques condamnations pour des petits délits. « Ce soir-là, j’étais rempli de stupidité », dit-il aux gendarmes présents en tant que parties civiles. « Je sais pas ce qui m’a pris. M’excuser, c’est le minimum que je peux faire ».

Le juge l’interroge sur le rire qu’on entend sur la vidéo ; il affirme que c’était nerveux. Me Jean-Baptiste Euvrard, du barreau de Montbéliard, souligne à nouveau que c’est lui qui a indiqué aux gendarmes où trouver la vidéo, et qu’il a déclaré lors d’une audition: « Je ne pensais pas qu’ils le feraient ».

Poursuivis pour violences

Le troisième prévenu en détention provisoire est apprenti électricien. Il est soupçonné d’être l’instigateur, parce qu’il a été auditionné la veille par les gendarmes de Delle. Lors de sa plaidoirie, Me Brice Michel, du barreau de Belfort, s’attache à souligner que cette audition s’est bien passée et que son client n’a jamais été condamné.

Les autres prévenus, qui comparaissent libres, sont soupçonnés d’avoir fourni le briquet, d’avoir fourni ou transporté le mortier, d’avoir aidé leurs copains à s’enfuir.

Tous les prévenus sont poursuivis pour violences sur des militaires de la gendarmerie nationale sans incapacité, violence en réunion, dégradation ou détérioration d’un bien d’autrui, avec comme circonstances aggravantes la réunion et la préméditation.

« Je suis responsable de leur sécurité ; j’ai un sentiment de culpabilité ».

Cinq gendarmes de la brigade de Delle et la compagne de l’un d’entre eux sont là pour témoigner du traumatisme dont ils souffrent, eux et leurs familles, avec parfois des enfants en bas âge et des nourrissons, paniqués par ces tirs dans la nuit. La lieutenant, commandant la brigade, confie ses insomnies depuis les faits, son suivi psychologique, sa culpabilité vis-à-vis des militaires placés sous ses ordres : « Je suis responsable de leur sécurité ; j’ai un sentiment de culpabilité ».

Elle indique aussi que la gendarmerie a déjà été la cible d’un tir de mortier d’artifice en juillet, mais qui n’avait pas fait l’objet d’une enquête, car associé à la Coupe du Monde de football. « Le 10 août, on s’est dit qu’on était visés ». Et ce qui la révolte, c’est qu’aient aussi été visées leurs « familles, des gens à qui on n’impose en quelque sorte notre choix de vie; ça, je ne l’accepterai jamais », assène-t-elle d’une voix calme, mais émue.

« Une intention collective »

La procureure, Dominique Gendry, s’attache à démontrer que les faits de cette nuit du 9 au 10 août constituent « une scène unique de violence », ce qui implique que les auteurs « sont nécessairement complices », sans distinction de qui a fait quoi. Elle s’attache à démontrer « une intention collective », à démontrer que les accusés étaient conscients que les appartements étaient occupés, qu’aucun des prévenus n’a envisagé d’arrêter. Elle affirme qu’il y a eu préméditation en raison des faits qui se sont déroulés dans la journée pour récupérer le mortier ou parce que les prévenus sont allés en groupe en direction de la gendarmerie (eux affirment qu’ils voulaient à l’origine aller sur un terrain vague à proximité). Elle dénonce aussi la stratégie qui consiste à charger le tireur pour dédouaner les autres : « Ils ont tous joué un rôle ».

Elle réclame des peines pour sept des huit prévenus, de douze mois avec sursis à 30 mois dont quinze avec sursis, plus des condamnations annexes. Elle demande la relaxe de l’un des huit, faute d’éléments probants.

7 condamnés, 1 relaxé

Les avocats des prévenus s’attachent à réfuter la « scène unique de violence », en plaidant la « stupidité juvénile », ou l’esprit de « transgressivité » de la jeunesse. Me Darey, du barreau de Belfort, demande la relaxe pour son client soupçonné d’avoir fourni le briquet, plusieurs heures avant les faits ; Me Haenig, dont le client est celui pour lequel la procureure ne réclame aucune peine, plaide bien entendu la relaxe.

Me Pischoff, dont le client est accusé d’avoir effectué les tirs, plaide une « immaturité certaine », un « phénomène de groupe » et de « défi symbolique à l’autorité ». Il plaide coupable pour les dégradations et la relaxe pour les violences, en demandant du sursis simple.

Me Euvrard, pour l’auteur de la vidéo, demande la relaxe, après avoir contredit chacun des arguments de la procureure.

Les débats sont clos peu avant minuit, et le verdict rendu vers 2 h du matin. L’auteur présumé des tirs de mortier est condamné à deux ans de prison, dont un an avec sursis avec une période probatoire d’un an. L’auteur de la vidéo est condamné à quinze mois avec sursis avec une période probatoire de deux ans, tout comme le troisième prévenu qui a fait de la préventive.

Les autres prévenus sont condamnés à des peines de douze à dix-huit mois avec sursis, avec une période probatoire de deux ans.

Tous sont également condamnés à des peines accessoires, comme l’interdiction de se rendre à proximité de la gendarmerie de Delle, d’avoir des contacts les uns avec les autres. Leurs huit téléphones portables sont confisqués. Ils devront verser solidairement des dommages et intérêts aux parties civiles : des sommes allant de 1000 à 1800 euros.

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