Un professeur de lettres du collège Léonard de Vinci à Belfort réagit vivement, dans un long mail, à un contrôle des collégiens par police, quelques jours après la rentrée.
« Ce matin, les élèves de notre collège, établissement classé en réseau d’éducation prioritaire, ont de nouveau été confrontés à une intervention de la police nationale dans le cadre d’une vaste opération de contrôle menée dans plusieurs établissements du département. Il s’agit de la deuxième intervention de ce type », écrit-il.
Il s’élève contre le fait que « l’école devienne un lieu où l’on fait entrer une logique de contrôle policier généralisé » et s’inquiète des répercussions que ces contrôles peuvent avoir dans son action pédagogique : « Depuis des années, on nous demande de construire avec nos élèves la confiance dans l’institution, le respect des règles, la responsabilité et la citoyenneté. Nous accomplissons ce travail chaque jour. Nous expliquons les règles. Nous sanctionnons lorsque cela est nécessaire. Nous dialoguons avec les familles. Nous prévenons les situations de violence. Nous accompagnons les élèves en difficulté. Et nous essayons surtout de leur faire comprendre une chose essentielle : l’institution scolaire est là pour les faire grandir, pas pour les considérer a priori comme des individus suspects. Alors, lorsque des policiers interviennent massivement dans un établissement scolaire pour contrôler les élèves, quel message leur envoyons-nous ? Que leur collège est devenu un lieu de suspicion ? Que certains d’entre eux sont des délinquants potentiels ? Que la réponse à leurs difficultés doit d’abord être policière ? »
« Nous ne remettons pas en cause les missions de la police »
« Soyons parfaitement clairs : nous ne remettons pas en cause les missions de la police. Lorsqu’une infraction est commise, lorsque la sécurité des personnes est réellement menacée ou lorsqu’une situation particulière le justifie, la police doit intervenir. Mais une intervention policière ciblée n’est pas la même chose qu’une politique de contrôle généralisée des élèves. L’école doit rester un espace éducatif. Le collège n’est pas un commissariat. Les enseignants ne sont pas des policiers. Les élèves ne sont pas des suspects. Des moyens pour l’éducation, pas des opérations de communication. »
Il s’étonne également que ce contrôle se soit déroulé dans l’enceinte du collège et qu’elle ne fasse pas l’objet d’une concertation avec les enseignants. Il s’oppose aussi à la « banalisation progressive de la présence et du contrôle policiers dans la vie quotidienne des établissements scolaires ».
« Protection des espaces scolaires »
Interrogé, le rectorat indique que ces contrôles sont habituels et relèvent d’une circulaire commune du ministère de l’Education et du ministère de l’Intérieur, en vigueur depuis environ un an. Si la règle est qu’ils soient organisés à l’extérieur de l’établissement, il peut arriver, indique le rectorat, qu’ils aient lieu dans la cour en raison de la configuration de l’entrée de l’établissement. Ils visent à prévenir l’introduction d’objets dangereux ou d’armes dans l’enceinte des collèges et lycées.
Mêmes arguments du côté de la préfecture du Territoire de Belfort, où l’on indique que les directives ministérielles visent à la « protection des espaces scolaires », et des élèves aussi bien que des enseignants. Le directeur de cabinet du préfet en charge de la sécurité évoque une bagarre survenue durant l’année scolaire 2025-2026, dans un établissement du Territoire de Belfort, au cours de laquelle un élève avait exhibé un couteau. Il se dit « surpris de cette posture dans un contexte post attentat » et estime que ces contrôles se déroulent habituellement en bonne intelligence avec les équipes enseignantes.
Selon le directeur de cabinet, au-delà des contrôles, la police accompagne aussi les établissements qui le souhaitent sur les mesures de sécurité à prendre (fermetures, portails visiophones).
SI ces contrôles sont intensifiés à la rentrée, ils peuvent se dérouler toute l’année soit de façon préventive, soit suite à des faits constatés par la police ou les enseignants (trafic de drogue à l’abord des établissements, par exemple), ou encore de façon aléatoire.

