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Belfort : infirmière, elle change de vie pour reprendre la boulangerie familiale Lescuyer

Mère et fille dans la boulangerie Lescuyer.

Caroline aura 30 ans en octobre. Avant, elle travaillait en tant qu’infirmière, à Montbéliard. Une vocation, raconte-t-elle. Une vocation, mais pas dans ces conditions. Elle reprend désormais la boulangerie familiale Lescuyer, avenue Jean-Jaurès, après le départ à la retraite de son papa.

Caroline aura 30 ans en octobre. Avant, elle travaillait en tant qu’infirmière, à Montbéliard. Une vocation, raconte-t-elle. Une vocation, mais pas dans ces conditions. Elle reprend désormais la boulangerie familiale Lescuyer, avenue Jean-Jaurès, après le départ à la retraite de son papa.

Le store jaune de la devanture offre un peu d’ombre au passant, ce jeudi de canicule, devant la boulangerie Lescuyer. À l’intérieur, l’odeur du pain embaume l’espace. Dans cette petite boulangerie de charme, Caroline est présente avec sa maman, Sylvie, qui raconte en s’installant dans l’arrière-boutique : « Nous avons passé 33 ans ici ». Jusqu’à la retraite de son mari, prise le 1er avril de cette année, elle était conjointe collaboratrice. Elle a désormais laissé la place à sa fille, pour prendre le poste de vendeuse jusqu’à sa retraite. « Nous avons eu du mal à passer le flambeau », partage-t-elle. « Surtout mon mari, je ne pensais pas qu’il y arriverait.» Mais les choses se sont adoucies lorsque c’est leur fille, Caroline, qui a proposé de reprendre la boulangerie. 

La jeune patronne a commencé en 2015 en tant qu’infirmière à Montbéliard, au Mittan. Un métier passion. « Quand j’ai commencé, j’avais plaisir à aller à l’école. Les stages se passaient bien, je n’ai jamais eu besoin de passer au rattrapage », narre-t-elle. Puis arrivent ces deux enfants, en 2017 et en 2020. Et lorsqu’elle revient de son congé maternité, l’hôpital se trouve en plein cœur de la première vague de l’épidémie. « Tout était devenu morose. J’aimais mon métier, mais pas dans ces conditions-là.» Oubliée des primes covid pour être revenue de congé maternité trop tard, elle confie : « C’était la chose de trop après l’investissement pendant plusieurs mois au coeur des services covid.» Elle tient encore quelques mois avant de poser une disponibilité.

Un peu émue, elle raconte avoir gardé contact avec de nombreuses collègues, qui lui témoignent régulièrement des mauvaises conditions dans lesquelles elles exercent aujourd’hui. « Ça me fait mal au cœur. C’est un métier de l’humain et des collègues deviennent aigries à cause du traitement et des conditions au travail. »

« Aujourd’hui, je me lève heureuse d’aller travailler »

Depuis petite, elle s’est imprégné des lieux. Certains clients la connaissent depuis l’enfance. « Les week-ends, quand maman avait un rendez-vous, pendant les vacances, j’étais toujours là.» La boulangerie de ses parents  a toujours été, pour elle, un « repère ». Un bon timing, une opportunité en or : l’arrivée de la retraite de son papa, le 1 avril 2022, a  été le déclencheur pour changer de vie. Pour les parents, c’est aussi une aubaine. Eux qui ont toujours travaillé en famille, avec Jean-Louis, le frère du papa, se voyaient mal vendre leur bébé à un inconnu.

Sylvie reconnaît avoir eu quelques appréhensions. « Quand nous étions jeunes, nous avons eu beaucoup de moments difficiles avec la boulangerie. Nous avions peur que ce ne soit pareil pour notre fille.» Au détour d’une conversation, elle se remémore les débuts. Elle rit en racontant : « Nous étions inconscients. Nous avons ouvert notre boulangerie en 1989 alors qu’il y en avait, à l’époque, 22 autres dans l’avenue Jean-Jaurès et les rues parallèles.» 

Caroline, elle, ne regrette rien. « Aujourd’hui, je me lève heureuse d’aller travailler. Je connais les habitants. Nous avons une clientèle d’habitués. Chaque jour, ça me fait chaud au cœur de les voir. Je me sens vraiment heureuse de faire un travail où je n’attends pas les jours de repos pour me dire ouf. » Organisation, rigueur, gestion des factures, travail 6 jours sur 7. Tout ça ne dérange pas l’entrepreneuse. Peut-être aussi parce qu’elle avait un métier qui demandait la même constance, la même intensité auparavant. Quant aux changements envisagés maintenant qu’elle est patronne, rien de spécial. « Je veux que l’endroit reste authentique. J’ai refait la vitrine pour moderniser mais pour le moment, je m’installe tranquillement », raconte-t-elle le sourire aux lèvres. « En fait, j’ai envie d’être comme vous, garder les pieds sur terre, rester humble », adresse-t-elle à sa mère, qui lui a appris le métier en quelques mois, mais aussi à son papa, qui lui a transmis la passion.   

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