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Aide-soignante à domicile, le sacerdoce de Fatima Hamaza

Fatima Hamaza est aide-soignante à Domicile 90. Pour elle, le domicile est un sacerdoce.

La crise sanitaire a mis sur le devant de la scène des anonymes. Les soignants des établissements hospitaliers, déjà, mais pas seulement. Elle a aussi rappelé le rôle essentiel occupé par les acteurs de l’aide et du soin à domicile. Un secteur d’activité pas toujours considéré, aux frontières floues voire ambiguës, mais animé par des professionnels passionnés. Rencontre avec Fatima, aide-soignante à Domicile 90. Son témoignage éclaire les enjeux de ce métier.

La crise sanitaire a mis sur le devant de la scène des anonymes. Les soignants des établissements hospitaliers, déjà, mais pas seulement. Elle a aussi rappelé le rôle essentiel occupé par les acteurs de l’aide et du soin à domicile. Un secteur d’activité pas toujours considéré, aux frontières floues voire ambiguës, mais animé par des professionnels passionnés. Rencontre avec Fatima, aide-soignante à Domicile 90. Son témoignage éclaire les enjeux de ce métier.

Depuis 2018, l’humanité est entrée dans une nouvelle ère. Les plus de 65 ans sont plus nombreux que les moins de 5 ans. Aujourd’hui, près d’un humain sur dix a plus de 65 ans (9 %). Ils seront 16 % en 2050. La conséquence « de l’allongement de la durée de la  vie et de la chute de la fécondité dans de nombreux pays », observe la revue sciences humaines (août-septembre 2020). D’un côté, on va constater un ralentissement de la croissance économique, un manque de main d’œuvre ou un surcoût des dépenses sociales, liées à cette baisse de la mortalité. Mais la revue de relever également : « Les seniors ne sont plus seulement une charge : ils travaillent, consomment, créent, inventent. » Et de citer ensuite le démographe Hervé Le Bras : « L’esprit d’innovation, l’adoption de nouvelles technologies et de nouveaux modes de pensée dépendent de l’organisation sociale et non de la biologie ou du nombre. »

Cette situation démographique questionne donc la place des personnes âgées dans la société. Et la société que l’on veut construire. Par ricochet, elle interroge aussi la dépendance, sa prise en charge, son financement et le regard que l’on y porte. Dans ce contexte, la crise sanitaire a mis en avant l’importance de la prise en charge à domicile.

« On aime les personnes »

Fatima Hamaza, 57 ans, intervient dans l’aide à domicile depuis 1997. Elle travaille à Domicile 90 depuis la création de la structure d’aides et de soins à domicile, en 2015. À 57 ans, c’est une toute jeune aide-soignante. Elle vient d’obtenir son diplôme, validant une formation d’un an. Pour elle, le domicile est une vocation. « On aime les personnes. On sait, quand on sort du lit, qu’il y a quelqu’un qui nous attend », confie-t-elle. On pourrait l’écouter toute la journée disserter sur ses patients qu’elle visite. Sur les péripéties qu’elle rencontre. Ou sur ces histoires de vie qu’elle écoute. « Quand vous faites des toilettes à des colonels, des généraux, des ingénieurs et qu’ils parlent de leur carrière, c’est trop bien », s’enthousiasme la curieuse Fatima. « Il y a une confiance qui s’installe. » Un p’tit café peut s’inviter dans l’intervention, pour poursuivre la discussion. Pour construire le lien, le cultiver.

Cette proximité est parfois forte. Fatima a par exemple assisté au mariage de la fille d’une personne âgée qu’elle a aidée. Puis elle évoque une autre histoire : « J’ai eu un lieutenant-colonel, ingénieur des ponts-et-chaussées. Il était adorable. Un jour, je suis arrivée en retard, se souvient Fatima. Il m’attendait sur le perron de la maison. J’ai pris une soufflante. Mais [en fait] il avait eu peur qu’il me soit arrivé quelque chose. » Cette anecdote témoigne, s’il le fallait, des liens qui se nouent au détour de la prise en charge à domicile et de l’importance qu’ont les intervenants pour les bénéficiaires. Particulièrement lorsqu’ils sont seuls et que l’accompagnement à domicile est le seul contact avec l’extérieur. « Il y a des personnes qui ne voient que les auxiliaires de vie », glisse-t-elle, prévenante.

« Mais si vous voulez garder des personnes à la maison, il faut bien qu’on soit là. Sinon, on les met où ? »
Fatima Hamaza
Aide-soignante à Domicile 90

D’aide à domicile ou d’aide-soignant, les intervenants se transforment aussi parfois en confidents, psychologues, secrétaires ou livreurs ! Il n’est pas rare qu’ils rendent service. Une lettre à poster. Une baguette de pain à acheter entre deux rendez-vous. « On essaie d’améliorer le quotidien », explique modestement Fatima. Dorénavant, le quotidien de Fatima est exclusivement tourné vers le soin : surveillance, prise de médicament si le pilulier est prêt, vérification des pansements et la toilette. Mais elle ne se départit pas de cette caractéristique du domicile : le contact avec la personne. Il est essentiel.

« La crise a été un révélateur »

Si la crise a révélé l’importance de l’aide et du soin à domicile, elle a aussi témoigné du manque d’attractivité de la profession (lire par ailleurs). Fatima fait contre mauvaise fortune bon cœur. Les salaires sont peu élevés. Elle le sait. Mais elle y apprécie ce quotidien loin de la routine. « Ce n’est pas monotone », remarque celle qui aime apprendre. Encore et toujours. Apprendre des autres. Apprendre pour elle.

Premiers arrivés et dernier servis, donc. Les aides à domicile, les auxiliaires de vie et les aides-soignants l’ont bien compris. « Le métier n’est pas assez valorisé, convient Fatima Hamaza, avant de remarquer : Mais si vous voulez garder des personnes à la maison, il faut bien qu’on soit là. Sinon, on les met où ? » En peu de mots, elle résume tous les enjeux qui traversent ce secteur d’activité. Florian Bouquet, président du conseil départemental du Territoire de Belfort, a loué à plusieurs reprises, ces derniers mois, le « dévouement, l’ardeur, l’abnégation et le professionnalisme » de ces intervenants. Des louanges formulées à l’occasion de la mise en place d’une prime covid-19, payée par le conseil départemental. Et maintenant ?

« La crise a été un révélateur, valide Philippe Weber, directeur général de Domicile 90, mais aussi une opportunité. » Il pointe du doigt, régulièrement, quelques incohérences du système. Notamment les prises en charge différentes de la dépendance entre les conseils départementaux. Une donnée essentielle lorsque l’hôpital du secteur rayonne sur trois départements. Certains n’hésitent pas non plus à s’étonner de la logique de marché qui anime la partie aide à domicile. Des structures rayonnent dans tout le département. D’autres se concentrent sur la ville. Les coûts d’activité ne sont pas les mêmes. Les prix des prestations non plus. Il y a aussi d’importantes disparités dans les bénéficiaires accompagnés. « Le système regarde pudiquement ailleurs les conditions de prises en charge du maintien à domicile », regrette un professionnel du secteur souhaitant rester anonyme.

« Nous avons besoin de mieux former et de mieux payer, approuve le directeur général de Domicile 90. Les structures ont donc besoin de plus de moyens. » C’est bien une réforme profonde que réclame le secteur du domicile : dans la structuration ; dans le financement ; dans la formation. « L’accompagnement du secteur de l’aide à domicile doit faire sa mue en termes de pratiques, de manières de fonctionner, de lisibilité, d’outils technologiques, mais pas dans les valeurs », résume Philippe Weber.

« On les met dans un cocon »

Les derniers projets de réforme de la santé ont encore mis en lumière cette difficulté d’intégrer l’univers du domicile. Le Ségur de la santé a revalorisé les soignants du secteur public, dont les aides-soignants. D’abord oublié, le secteur du domicile a été intégré ; mais seulement les auxiliaires de vie. Pas les aides-soignants du domicile… « Il y a un trou d’air », regrette Philippe Weber, avant de remarquer : Si on veut que l’aide à domicile soit efficace, on ne peut pas la vider. »

La vider… Un risque réel lorsque l’on constate les difficultés de recruter et le turn over important chez les salariés. C’est d’autant plus incohérent que les besoins sont criants et que la demande devrait s’accroître. « Tout le monde convient de la nécessité absolue de conserver les gens à domicile dans les meilleures conditions possibles, mais il faut se battre comme des chiffonniers pour avoir quelque chose », remarque Philippe Weber, militant, sans être défaitiste. Il note aussi « une lueur d’espoir » à l’horizon. Celle de la croisée du chemin d’une profession. Qui, si elle n’est pas toujours valorisée à sa juste valeur, n’en procure pas moins de la fierté aux personnes qui l’exercent. Vous n’avez qu’à prendre un café avec Fatima pendant cinq minutes. Vous ne découvrirez que des yeux qui pétillent et un sourire franc quand elle évoque ces personnes âgées qu’elle accompagne. « On les met dans un cocon », répète-t-elle à l’envi.  Ça vaut le coup de se pencher sérieusement sur ce projet de société.

Rendre attractif le métier

Salaire réduit. Plan de carrière limité. Les conditions d’exercice des professionnels de l’aide ou du soin à domicile ne sont pas les plus avenantes pour recruter. Mais ils sont nombreux à vouloir anoblir ce secteur d’activité. « On a la chance, à Domicile 90, d’avoir deux secteurs d’activité », relève Philippe Weber, directeur général de l’association. L’aide et le soin. Des parcours professionnels « ascendants » sont donc possibles. Chaque année, deux ou trois auxiliaires de vie deviennent aides-soignantes après avoir suivi une formation et validé un diplôme. Cette « politique durable » de Domicile 90 pour la formation permet de « donner des perspectives ». Chaque année, 90 000 euros sont consacrés à la formation des salariés de Domicile 90. Le double du minimum légal insiste Philippe Weber. 114 agents ont été formés en 2019. 2 700 heures de formation ont été dispensées. Cette politique de formation et d’accompagnement des nouveaux venus vise aussi à « limiter les fins de parcours précoces », d’autant plus que les formations ne forment pas aux métiers du domicile, spécifiquement. Ce qui complique d’autant plus les recrutements. Pour Fatima, devenir aide-soignante, « c’était la continuité ».

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