Dès 7 h 30, une trentaine d’élèves du lycée Courbet, à Belfort, se rassemblent devant l’établissement. Ils installent un blocage pacifique de l’entrée, sans empêcher ceux qui souhaitent aller en cours de passer. Haut-parleur en marche, pancartes brandies, slogans écrits à la hâte : l’ambiance est festive et déterminée. « Nous sommes les citoyennes et citoyens de demain et nous voulons être entendus dès aujourd’hui », lancent les organisateurs. Leurs revendications portent à la fois sur le budget et sur la plateforme Parcoursup, accusée de fonctionner « comme une loterie ».
Une centaine de camarades observent depuis le parvis. Les chants fusent : « On est jeunes, déters et révolutionnaires ! » Dans une ambiance festive, musique à fond et slogans scandés, les lycéens affichent une détermination nouvelle. « Le blocage est une manière de dire que nous refusons de rester silencieux », affirme une élève. À la même heure, d’autres élèves bloquent le lycée Follereau. Rapidement, ils rejoignent leurs camarades de Courbet. Ensemble, ils descendent vers la Maison du peuple, où doit commencer la manifestation intersyndicale.
200 jeunes dans un second cortège
Arrivés sur place, près de 200 jeunes surprennent par leur organisation et leur énergie. « La dernière fois qu’on a vu ça, c’était il y a dix ans », souffle, curieux, un syndicaliste Force ouvrière. L’intersyndicale s’adapte et accepte de lire son discours dans la rue à la place du parvis de la Maison du peuple, au milieu des jeunes qui occupent déjà le terrain. Les lycéens prennent la parole les premiers, suivis par « Bloquons tout ». Les slogans incisifs déclenchent des acclamations nourries. Mais ils provoquent aussi une altercation avec une syndicaliste, signe des tensions entre organisations traditionnelles et mouvements plus offensifs.
Quand le cortège de plus de 1 500 personnes s’élance, la fracture se confirme. Les syndicats suivent le parcours prévu, en musique, chant et slogans à gogo. Les pétards explosent. Les lycéens, galvanisés par Bloquons tout, bifurquent vers le faubourg de Montbéliard, direction l’autoroute A36. « Ne laissez pas la jeunesse seule dans la rue : rejoignez-nous ! » crient-ils. Les syndicats poursuivent leur chemin. Seuls quelques enseignants choisissent de suivre leurs élèves, soucieux d’avoir un oeil sur le mouvement, où la plupart sont mineurs.
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Affrontement et longue marche
À l’entrée sud de Belfort, les policiers attendent. Le face-à-face s’engage. Les premières salves de gaz lacrymogène font reculer les jeunes, mais pas fuir. Une partie du cortège provoque, d’autres protègent leurs camarades. « On ne veut plus marcher sagement derrière, on veut qu’on nous entende », lâche un adolescent, le visage rougi par les pleurs après les premiers lancés de gaz lacrymogènes.
Il faudra cinq tirs de gaz pour que le groupe décide de rebrousser chemin. Mais la retraite n’a rien d’une dispersion. Les lycéens reprennent leur marche, soudés, parcourant près de cinq kilomètres pour rejoindre les piquets de grève tenus depuis l’aube par la CGT devant General Electric, Alstom et Arabelle Solutions.
Quand ils arrivent, l’accueil est chaleureux, les slogans repartent. Ce jeudi à Belfort, deux façons de se mobiliser se sont croisées. Les syndicats, fidèles à leurs stratégies, ont porté leur colère dans la rue et la CGT a tenu les piquets de grève dès l’aube. Face à eux, une jeunesse qui refuse les parcours balisés et trouve un écho dans les méthodes plus directes de Bloquons tout. Une manière de manifester qui, pour la première fois depuis longtemps, semble la ramener massivement dans la mobilisation. Reste à voir comment elles cohabiteront dans de futures mobilisations.








