Y a-t-il eu plus de radiations que d’habitude ?
Selon les deux dernières commissions de contrôle des listes électorales dont les comptes rendus ont été consultés par Le Trois (décembre 2025 et février 2026), ce sont 1 452 personnes qui ont été radiées par la mairie, selon une procédure encadrée. On compte à Belfort près de 24 000 électeurs. Selon Damien Meslot, maire Les Républicains (LR) sortant de Belfort, en ballotage très favorable à l’issue du 1er tour (lire notre article), « il y a eu à peu près autant de demandes de radiation que d’habitude ». Selon lui, entre les procédures d’inscriptions sur les listes et les procédures de radiation, le nombre total d’électeurs est resté sensiblement le même.
Y a-t-il eu plus de procédures de contestation ?
Le jour du 1er tour des élections municipales, le 15 mars, l’affluence au tribunal judiciaire de Belfort était forte (lire notre article). Une cinquantaine de procédures de contestation de radiation des listes électorales a été engagée confirment plusieurs sources. Une activité anormale, confirme le parquet du tribunal judiciaire de Belfort. Face au risque pour le second tour, les effectifs seront renforcés au tribunal ce dimanche. Au moins une quinzaine de personnes a été réinscrite sur les listes électorales par le juge, dimanche. Et une nouvelle audience est programmée ce vendredi pour purger les dossiers qui n’ont pu être traités avant la fermeture des bureaux de vote. Damien Meslot relève que 50 contestations sur 24 000 électeurs ne changent pas la physionomie du scrutin. L’Insoumis Florian Chauche, menant la liste regroupant La France Insoumise, Communistes, Écologistes et citoyens, relève que de nombreuses personnes découvrant leur radiation au bureau de vote n’ont pas non plus entamé « le parcours du combattant » pour aller se faire réinscrire.
Comment se passent les radiations ?
« Les radiations, ce n’est pas le maire qui décide », replace Damien Meslot. « Tout est transparent », ajoute-t-il. « Si certains ont été réinscrits, c’est que la procédure n’a pas toujours été respectée », rétorque Florian Chauche. Une commission électorale est mise en place, dans laquelle siège l’opposition, indique le maire en place ; lors de la dernière mandature, Samia Jaber et René Schmitt, de deux groupes d’opposition, y siégeaient. « Ils avaient donc les informations », souligne Damien Meslot. Cette commission valide ou non les radiations. L’une des procédures de radiation est engagée, lorsque que la propagande électorale (professions de foi notamment) est retournée à la mairie par La Poste cinq fois, avec la mention « n’habite plus à l’adresse indiquée ». Si tel est le cas, la mairie envoie un courrier indiquant qu’une procédure de radiation va être engagée. En cas de non réponse, un autre courrier est envoyé. Et s’il n’y a toujours pas de réponse, la radiation est proposée. Et la commission la valide.
Pourquoi autant à présent ?
Deux raisons à cela. La première est électorale. En 2024, il y a eu plus d’élections (européennes et législatives), entraînant l’envoi de trois campagnes de propagande, accélérant ainsi les retours en NPAI, visibles pour ce scrutin 2026.
Ensuite, il existait auparavant un système de « rattrapage », aujourd’hui disparu. Lorsqu’une procédure de radiation est lancée, la commission électorale croise le nom du citoyen avec le fichier de recensement des éléments d’imposition à la fiscalité directe locale, mis à disposition de la commune par le Trésor public. Si la personne paie l’impôt dans la ville, elle n’est pas radiée ; elle peut y voter. Or, depuis la disparition de la taxe d’habitation, seulement ceux payant la taxe foncière sont référencés. Mécaniquement, la proportion de personnes radiées s’accroît, car moins de personnes sont « rattrapées » par le croisement du fichier. Ensuite, la surreprésentation de citoyens résidant dans les quartiers populaires s’explique par le fait que l’habitat social locatif y est important. La proportion de personnes payant la taxe foncière y est plus faible. « Le phénomène est donc plus massif », confirme un connaisseur du dossier.
Peut-on croiser avec le fichier des cartes d’identité ?
De nombreux citoyens se sont indignés, car ils ont refait leur carte d’identité et parce qu’ils ont indiqué leur nouvelle adresse. S’étonnant ainsi de la procédure de radiation. « Mais la loi interdit de croiser le fichier des cartes d’identité et des passeports avec le fichier électoral », se défend Damien Meslot; ceci au nom de la protection des données personnelles. « Je ne doute pas de la bonne foi des gens », ajoute-t-il. Damien Meslot aimerait bien que la loi évolue, « pour pouvoir se connecter aux fichier des cartes nationale d’identité, avec des contrôles, bien sûr », note-t-il. Florian Chauche n’épargne cependant pas le maire de Belfort. « La mairie savait très bien que ces gens allaient déménager (avec la destruction des tours aux Résidences, NDLR). Elle pouvait faire une politique volontariste, en amont, pour les inviter à penser à se réinscrire sur les listes électorales après leur déménagement », relève l’ancien député. Autre élément qui interpelle Florian Chauche : pourquoi ces démarches de radiation ont été engagées si tardivement, à quelques mois du scrutin.