Municipales : comment le Rassemblement national étend son influence

Le Rassemblement national présente deux listes étiquetées RN aux municipales 2026 dans le Territoire de Belfort, à Belfort et Delle. | ©Le Trois – Thibault Quartier
Le Rassemblement national présente deux listes étiquetées RN aux municipales 2026 dans le Territoire de Belfort, à Belfort et Delle. | ©Le Trois – Thibault Quartier
Décryptage

Historiquement cantonné aux scrutins nationaux, le Rassemblement national est dorénavant bien implanté dans les élections locales. Dans le nord Franche-Comté, les élections municipales en sont un parfait exemple. Parfois, le Rassemblement national apparaît sous sa bannière. Parfois, simplement sous l’étiquette divers droite. Décryptage.

Juin 2024. Emmanuel Macron dissout l’Assemblée nationale au soir des élections européennes. Un mois plus tard, le Rassemblement national compte 122 députés et son allié, l’Union des droites pour la République (UDR) d’Éric Ciotti, 17. La vague est forte. 

Dans le nord Franche-Comté, le Rassemblement national emporte trois des cinq circonscriptions (une en Haute-Saône avec Émeric Salmon, une dans le Territoire de Belfort avec Guillaume Bigot et une dans le Doubs avec Géraldine Grangier) et l’UDR en gagne une enore (Matthieu Bloch). Seule la circonscription de Ian Boucard (Les Républicains), dans le Territoire de Belfort, résiste à la vague. En juin 2022, le Rassemblement national n’avait obtenu que deux des cinq circonscriptions du nord Franche-Comté (Géraldine Grangier dans le Doubs et Émeric Salmon en Haute-Saône). Il double alors ses élus ou soutiens. 

Deux listes officielles du Rassemblement national

À la veille du 1er tour des élections municipales, le Rassemblement national a encore renforcé son influence dans la région. Dans le Territoire de Belfort, deux listes seront estampillées du label « Rassemblement national – Union des droites pour la République – et Identité Libertés ». Respectivement les partis de Marine Le Pen, Éric Ciotti et Marion Maréchal. Il n’y avait aucune liste RN en 2020. En 2014, le Rassemblement national, alors nommé Front national (jusqu’en 2018), avait déjà obtenu deux conseillers municipaux à Belfort, sans pour autant réussir à convertir l’essai dans la décennie qui suivait et à s’implanter.

À Belfort, la liste sera menée par Christophe Soustelle, après le retrait de Quentin Macullo (lire notre article) ; malgré ce contretemps consécutif à un tweet raciste publié par l’assistant parlementaire de Guillaume Bigot (lire notre article), le parti a réussi à reconstruire une liste en une poignée de jours. Surprenant ainsi de nombreux observateurs. À Delle, la liste sera menée par Doriane Nicol et elle fera face à une liste du candidat Les Républicains (LR) Frédéric Rousse et à une liste de la maire sortante Sandrine Janiaud Larcher, divers gauche.

« Doriane Nicol une étoile montante dans le territoire et au-delà », assure Christophe Soustelle, délégué départemental du parti, très heureux d’avoir une liste dans le sud du Territoire de Belfort sous la bannière du RN. La jeune femme a reçu l’encombrant soutien du Parti de la France, groupuscule d’extrême droite radicale, pétainiste et qualifié de mouvement néonazi. Un soutien annoncé de manière « unilatérale », s’est défendue la candidate dans un communiqué de presse diffusé sur les réseaux. Elle a indiqué qu’il n’y avait aucun « accord, discussion ou rapprochement ». Mais cet appui montre bien l’influence montante du RN dans le département et la volonté de s’y associer ; depuis le 13 janvier, le compte Facebook du Parti de la France n’a annoncé son soutien qu’à 23 candidats (Calais, Carcassonne, Amiens, Saint-Quentin, Rethel, Dunkerque, Alençon, Toulouse ou encore Rouen).

En Haute-Saône, le Rassemblement national et ses alliés présente aussi une liste « officielle » à Héricourt, derrière Inès Martin. La conseillère régionale incarne la seule liste de droite dans la cité héricourtoise. 

Le RN soutient aussi des candidatures officieuses

Au-delà de ces listes « officielles », le Rassemblement national est présent sur de nombreuses listes. Carine Manck, ancienne candidate RN aux élections législatives en 2024 dans la 2nd circonscription du Territoire de Belfort, est n°2 de la liste menée à Grandvillars par Alain Mourat, qui veut prendre la mairie à Christian Rayot (DVG), maire depuis 1989. La commune faisant moins de 3 500 habitants, il n’y a pas de nuances présentées par le ministère de l’Intérieur.

À Essert, Gregorie Clautra est encartée au Rassemblement national, mais elle mène une liste divers droite. « Quand on a l’étiquette, c’est que l’on a été investi par une commission nationale », replace la candidate aux élections municipales, qui était suppléante pour un candidat RN dans le Haut-Rhin, en 2024, aux législatives. Elle ne l’a pas sollicitée. « Quand j’ai analysé pour savoir comment on allait se positionner, j’ai vu qu’il était important de travailler sur quelque chose de plus large », poursuit Gregorie Claustra. Elle ne cache pas son appartenance au parti de Marine Le Pen, mais elle veut aussi conserver sa « liberté de parole » car on ne gouverne pas, à l’échelle locale, comme à l’échelle nationale. Elle est consciente, que si elle devient maire, elle devra travailler avec d’autres élus, que ce soit au Grand Belfort, au Département ou à la Région. « Il ne faut pas avoir l’esprit trop étroit », indique-t-elle, tout en assurant que les habitants « attendent des gens en politique qu’ils défendent la France et les Français ».

Le Rassemblement national dispose aussi de militants dans la liste menée par Patrick Demouge, à Giromagny. « J’ai demandé à des militants d’y aller », confirme Christophe Soustelle, comme Christian Orlandi, l’ancien président de la chambre des métiers et de l’artisanat du Territoire de Belfort. 

« Je suis assez satisfait [de cette influence] dans le Territoire de Belfort », observe Christophe Soustelle. À Belfort, il compte bien se maintenir au second tour s’il dépasse les 10 %. « Chez moi, il y a pas de marchandage, je suis là pour représenter les électeurs », assure-t-il. Les prévisions positionnent le RN en 2e ou 3e position dans la cité du Lion. L’autre enjeu pour le parti : disposer d’élus à la Ville et à l’Agglomération. 

Dans le pays de Montbéliard, le poids de l’UDR et le rêve de l'union des droites

Dans le pays de Montbéliard, l’influence se formalise autrement ; elle est marquée par l’allié du RN, l’UDR d’Éric Ciotti, autour du député Matthieu Bloch. Le Rassemblement national a bien essayé de pousser une candidature à Montbéliard (lire notre article). Mais il n’y en aura pas. Échec ? Pas selon l’UDR, qui indique que le délégué départemental de son parti, Christophe Froppier, est sur la liste de Marie-Noëlle Biguinet, maire sortante candidate pour un 3e mandat (lire notre article). Mais celle-ci se garde bien d’évoquer une liste d’union de toute les droites, comme le rêvaient les proches du parlementaire. Mieux, elle joue, pour l’agglomération, la carte Gilles Da Costa (lire notre article), qui va à l’encontre des souhaits de l’UDR, plus proche de Pierre-Aimé Girardot, maire de Longevelle-sur-Doubs.

L’UDR regarde quelques villes avec attention, comme Seloncourt, où Mathieu Gagliardi est candidat. Il était suppléant en 2022, lors des élections législatives, de Matthieu Bloch, encore membre du parti Les Républicains. « Il y a une dynamique intéressante pour nous », assure une personnalité de droite, encartée à l’UDR, et justement favorable à une grande union des droites, allant jusqu’au Rassemblement national. L’UDR rêve de faire ainsi tomber Magali Duvernois, à Exincourt, grâce à la candidature de Monique Nowak.

Le RN  n’est, pour autant, pas absent du territoire. Au contraire. La députée Géraldine Grangier a fait des petits. Deux collaborateurs parlementaires se sont engagés. Le premier, Maxime Callois, mène une liste « sans étiquette » à Voujeaucourt. Clin d’œil : si les documents de campagne reprennent bien le bleu du Rassemblement national, les vidéos Facebook utilisent parfois le rose et le jaune de Sarah Knafo, candidate Reconquête à Paris.

Le second, Quentin Dechaux, encarté aussi au Rassemblement national, mène une liste d’union de la droite à Pont-de-Roide-Vermondans, comme l’indique le ministère de l’Intérieur. À Étupes, un autre militant du Rassemblement national mène une liste « divers droite » : c’est Enzon Tomasi. Point commun des trois candidats : ils sont âgés d’à peine plus de 20 ans.

En 2014, Montbéliard avait connu la comète du Front national Sophie Montel, qui avait aussi été élue députée européenne. Elle avait disparu aussi vite que son mentor, Florian Philippot, lors de sa rupture avec Marine Le Pen, aux tournants des années 2000. 

À présent, le parti d’extrême droite pourrait être bien plus présent dans les conseils municipaux et communautaires du nord Franche-Comté. Et compter sur une implantation plus durable. Ce ne sera pas sans influences sur de prochains scrutins : les élections sénatoriales ou la quête des signatures pour les candidatures à l’élection présidentielle.

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