(avec AFP)
Des salariés des neuf journaux régionaux du groupe de presse Ebra, propriété du Crédit mutuel, dont L’Est républicain, sont en grève ce vendredi 9 octobre 2026, pour protester contre un plan de suppression de postes et l’usage accru de l’IA (intelligence artificielle) dans les rédactions.
« Info menacée, démocratie en danger », « Ebracadabra, demain un journal fait à l’IA » pouvait-on lire sur les pancartes de plusieurs dizaines de salariés réunis à Strasbourg devant le siège du Crédit mutuel, ou distribuant des tracts dans les rues de Besançon.
A Belfort, de source syndicale, deux journalistes sont en grèves ce vendredi, sur dix journalistes figurant au plan de travail (dont trois CDD et deux cadres). Le taux de participation serait de 72 % dans les rédactions franc-comtoises de L’Est républicain, avec 100 % à la locale de Besançon. La parution du quotidien ne semble pas compromise pour ce samedi 10 octobre, mais la pagination a été réduite, et les éditions de Belfort et Montbéliard seront fusionnées.
400 postes menacés sur 3 200
Ebra (Est Bourgogne Rhône-Alpes) édite L’Est républicain (dont le siège est près de Nancy), mais aussi Le Dauphiné libéré (Grenoble), Le Bien public (Dijon), Le Journal de Saône-et-Loire (Chalon-sur-Saône), Le Progrès (Lyon), Le Républicain lorrain (Metz), Vosges Matin (Épinal), L’Alsace (Mulhouse) et Les Dernières nouvelles d’Alsace (Strasbourg) : des titres qui couvrent au total 23 départements.
Le mouvement, qui touche tous les titres du groupe, est « complètement inédit », a indiqué à l’AFP Eric Barbier, délégué syndical SNJ (Syndicat national des journalistes) de L’Est républicain et membre du bureau national du SNJ référent en intelligence artificielle.
Il vient en riposte à un plan de départs volontaires visant jusqu’à 400 postes sur quelque 3 200 salariés. Ce projet a été annoncé fin juin par le groupe, dont les ventes au numéro et les abonnements ont été divisés par deux en dix ans.
Pour Eric Barbier, ce plan constitue « une atteinte directe à la qualité de l’information » et même une agression du « métier de journaliste ».
Un tiers des postes de secrétaires de rédaction, en charge notamment de la mise en page des journaux, doit être supprimé, selon les syndicats, et l’IA « massivement » utilisée pour assister les journalistes qui resteront affectés à ces postes, selon le SNJ.
Mais « les tests qui nous ont été montrés récemment ne sont pas concluants du tout », a affirmé à l’AFP Jean-Frédéric Tuefferd, représentant syndical SNJ-CGT aux DNA. « La qualité n’est pas là. »
« Des tensions et des peurs »
Les techniciens sont aussi concernés. Didier Beyhurst, en poste à la rotative à Strasbourg depuis 1991, déplore un manque d’informations. « Il y avait des tensions, des peurs (…) il fallait vraiment une mobilisation » pour que la direction sente qu’il y a « une pression », dit-il.
La direction avait indiqué mercredi avoir « pris acte de cet appel à la grève, lancé par une partie des organisations syndicales ».
Le rassemblement devant le Crédit Mutuel a aussi vocation à ce que « notre actionnaire soit un peu impliqué parce qu’on ne l’a pas beaucoup entendu » jusqu’ici, estime Marie-Sophie Kormann, journaliste aux DNA, secrétaire du CSE et déléguée syndicale SNJ.
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