Les arrêtés sécheresse sont-ils des coups d’épée dans l’eau ?

La canicule engendre une des plus sévères sécheresses que la région ait connu, provoquant une crise du fourrage.
La canicule 2026 provoque une sécheresse aux multiples conséquences sur la nature et les hommes. | illustration © Le Trois P.-Y.R.
Décryptage

La sécheresse perdure depuis fin mai 2026 et les arrêtés préfectoraux de restriction d’usage de l’eau du Territoire de Belfort, du Doubs comme de Haute-Saône sont toujours en vigueur en cette fin de septembre. Avec une certaine efficacité, semble-t-il.

La Haute-Saône, le Doubs et le Territoire de Belfort sont tous trois touchés par la sécheresse. Les préfets de chacun de ces départements ont pris des arrêtés de restriction d’eau depuis juin, allant de la simple alerte jusqu’au niveau crise, qui réduit drastiquement les usages autorisés.

Dernier en date : le Territoire de Belfort où le préfet, le 17 septembre, a publié un arrêté qui prolonge jusqu’à 17 novembre les restrictions au niveau « alerte renforcée » pour les communes du sud-Territoire, et au niveau « Crise » pour le reste du département. « La nappe de la Savoureuse a atteint des seuils records cette année », indiquait le communiqué de presse de la préfecture. Dans le nord du département, 10 des 16 stations surveillées sont totalement ou partiellement asséchées. Le débit de la Savoureuse est de 25 litres par seconde à Giromagny, de 105 à Belfort, alors que le débit moyen annuel de la rivière est de 4200 litres par seconde ».

Selon ce même communiqué, l’alimentation en eau du Grand Belfort est assurée pour les deux tiers par le captage de Mathay, dans le Doubs, qui est lui-même très tendu.

Une baisse de 14 000 m3 à 10 000 m3

Pour autant, les arrêtés préfectoraux qui restreignent l’utilisation de l’eau sont-ils suivis d’effets ? Fin août, les autorités évoquaient une baisse de la consommation d’eau durant la première quinzaine du mois, mais avec des incertitudes sur sa cause : les départs en congés, les fermetures ou une prise de conscience des usagers suite aux arrêtés ?

Benoît Fabbri, directeur départemental des territoire (DDT) du Doubs concède que les répercussions des arrêtés de restriction d’usage de l’eau sur les consommations est « très difficile à mettre en évidence compte-tenu des multiples facteurs entrant en jeu. Ainsi, à titre d’exemple, les températures caniculaires ont inévitablement généré une augmentation de l’abreuvement des animaux et donc une hausse des consommations d’eau sur ce segment. A la fin août, la reprise de l’activité industrielle et le retour des vacances ont également pu influer sur les consommations d’eau. Le pic de consommation d’eau a été constaté mi-août à l’optimum de la dernière phase de canicule avec des reports parfois important d’abreuvement du bétail ».

Il relève toutefois que, selon les données de l’ARS (Agence régionale de santé) nord Franche-Comté « l’unité de distribution de Belfort (secteur urbain donc) a distribué au minimum 10 000 m3 par jour entre le 25 juillet et le 21 août, contre 14 000 m3 / jour mi-mai, traduisant donc une diminution sensible des consommations durant la période de restriction ».

Sans surprise, les épisodes de pluie provoquent eux aussi une baisse de la consommation d’eau: « Un marqueur semble aussi se dessiner sur les journées de pluie où la consommation diminue de l’ordre de 100 l/jour/habitant possiblement lié à une absence d’arrosage des potagers et jardins ces jours-là ».

Changer les habitudes

S’ils visent des effets immédiats sur la consommation d’eau, ces arrêtés ont aussi une vocation pédagogique sur le long terme. « Les restrictions visent effectivement à cultiver une culture de sobriété dans la consommation de l’eau potable et à diversifier les ressources en n’imposant aucune restriction sur les ressources alternatives, telles que la récupération d’eau de pluie, décrit de directeur de la DDT du Doubs. Pour autant, un effet direct de diminution de consommation est visé pour tous les usages non vitaux ; ces arrêtés limitent indéniablement la consommation d’eau qui pourrait s’emballer en leur absence. Enfin, les restrictions visent aussi à protéger les milieux d’éventuelles pollutions accidentelles en reportant des travaux dans les cours d’eau ou pouvant induire des pollutions accidentelles. »

Dans le Doubs, 800 contrôles ont été effectués, aussi bien auprès de particuliers, que de collectivités, d’industriels, de stations de lavage de voitures, etc. Les quatre golfs du département ont fait l’objet d’un contrôle systématique. Dans la plupart des cas, aucune infraction n’a été relevée. Cela « témoigne d’une réelle prise de conscience des impératifs de sobriété ce qui n’étaient pas nécessairement le cas en 2018 ou encore en 2022 », souligne le directeur de la DDT.

Les infractions ont fait l’objet dans la plupart des cas de rappels à la loi et parfois « à une fin immédiate de l’infraction » ; ces infractions on t été constatées dans des stations de lavage, des collectivités qui arrosaient un stade, des particuliers en train de laver une façade ou une terrasse ou encore en train de remplir une piscine). « Une quinzaine de rapport de manquement administratif, une dizaine de mise en demeure et six sanctions administratives ont néanmoins été prononcés pour des non conformités qui ont perduré », précise le directeur de la DDT.

Des répercussions sur les hommes et sur la nature

La sécheresse liée au dérèglement climatique a des conséquences bien concrètes qui vont bien au-delà des désagréments induits par les restrictions d’eau.

Par exemple, en Haute-Saône, selon des données du 18 septembre communiquées par la préfecture, 93 communes, soit environ 60 000 habitants, sont en situation de tension que cela ait toutefois des répercussions sur l’approvisionnement ; 67 communes, soit environ 23 000 habitants, rencontrent des difficultés qui nécessitent le recours à des ressources exceptionnelles ou à des interconnexions entre. Dans une commune de Haute-Saône, des coupures d’eau sont mises en œuvre pour une partie du village durant la nuit depuis la fin de la deuxième semaine de septembre. Des solutions sont recherchées, notamment avec les collectivités voisines.

Dans le Doubs, jusqu’à 18 communes ont dû être ravitaillées par camion-citerne au pic de la sécheresse ; ce chiffre a baissé à une dizaine de commune, après les pluies de fin août. Mais l’absence de pluie en septembre conduit à une nouvelle dégradation de la situation, alerte la DDT. « Il s’agit principalement de hameaux alimentés par des sources. L’unique situation de crise rencontrée concerne le secteur de Quingey, situation qui s’explique non pas par un manque d’eau dans la basse vallée de la Loue, mais par une gouvernance inadaptée par certaines collectivités et des investissements insuffisants dans le domaine de la sécurisation des ressources en eau, » regrette la DDT.

Dans le Territoire de Belfort, le communiqué du 17 septembre annonçant la prolongation des restrictions alerte sur les conséquences sur la biodiversité.
« La faune aquatique (poissons, mais aussi invertébrés) ne peut plus se déplacer, se retrouve piégée dans d’éventuelles poches d’eau, voire meurt quand l’eau disparaît, alerte la préfecture du Territoire de Belfort. De nombreux assecs de cours d’eau ont nécessité plus d’une douzaine de pêches de sauvegarde. Ces pêches n’ont pas pu sauver tous les poissons en difficulté, la biodiversité de nos rivières aura donc subi des pertes importantes cet été. »

« De même, l’augmentation de la température de l’eau des cours d’eau peut se révéler fatale pour certaines espèces, » déplore la préfecture. Ll’augmentation de la température des cours d’eau peut se révéler fatale pour certaines espèces. Les oiseaux d’eau sont amenés à se regrouper sur les points d’eau qui restent, ce qui peut favoriser la propagation de maladies.

La préfecture pointe aussi la forêt: houppiers desséchés, défoliations précoces sur des surfaces importantes… L’altitude, la capacité des sols à conserver l’eau ou l’exposition jouent un rpole important dans ces phénomènes. Dans le territoire de Belfort, deux tiers de la surface forestière globale du département sont touchés suite à la sécheresse de cet été, selon la préfecture. Le hêtre en particulier montre des signes de dépérissement e- dessous de 500 m d’altitude quelle que soit la richesse des sols.

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