Le nouveau directeur de l’Université de technologie de Belfort – Montbéliard (UTBM) part d’un constat simple : il manque 80 000 ingénieurs en France et le pays va être confronté à des départs massifs en retraite d’ingénieurs dans les années à venir. En faisant le ratio entre le nombre d’ingénieurs diplômés chaque année en France, ceux qui rentre à l’UTBM et ce déficit de 80 000, il en arrive au résultat qu’il faudrait passer de 800 à environ 3000 étudiants par an à l’UTBM.
Un objectif qu’il estime réaliste sur un mandat de 5 ans, en gardant la qualité de la formation et en gardant peu ou prou le budget actuel, soit environ 43 millions d’euros (dont 30 millions de l’Etat et 5 à 10 millions, selon les années, issus des contrats de recherche). Il estime aussi que les bâtiments actuels de l’UTBM, avec ses trois sites de Sévenans, Belfort et Montbéliard, peuvent accueillir ces 3000 étudiants, et que les 200 enseignants-chercheurs et 200 personnels administratifs et techniques peuvent les encadrer.
« J’aime les challenges »
Un objectif qui ne fait pas peur à Abdellatif Miraoui, qui précise avoir porté l’effectif de l’université de Marrakech de 35 000 à 115 000 étudiants en deux mandats. « J’aime les challenges », confie-t-il.
Au-delà de cet objectif quantitatif, Abdellatif Miraoui, place son arrivée dans la continuité de ces prédécesseurs. Il estime que l’UTBM a des contraintes, mais aussi des opportunités. A commencer par sa situation géographique, au sein de « la plus grosse plateforme mondiale dans l’énergie ». Il entend ainsi tirer parti de cette position, s’interroger sur la meilleure façon d’être utile non seulement aux grandes entreprises de la région, mais aussi au PME-PMI « qui n’ont pas le temps de voir venir les innovations » et qu’il veut continuer à alimenter avec les compétences en ingénieurs de la nouvelle génération.
Et ces ingénieurs de la nouvelle génération, il veut les préparer aux révolutions technologiques en cours ou à venir, dans la lignée de ce qu’a su faire l’UTBM auparavant : « A chaque phase, on était dans le coup », retrace-t-il : avec les technologies additives, l’informatique, l’émergence de la pile à combustible. Aujourd’hui, il souligne le travail effectué à l’UTBM autour de l’IA (intelligence artificielle) et évoque pour demain l’informatique quantique ou encore la transition climatique : « Ce sont des axes sur lesquels l’UTBM ne peut pas rester observateur », souligne-t-il.
: « On ne peut pas réussir un projet sans qu’il soit coconstruit, »
Le nouveau directeur de l’UTBM veut aussi « enseigner ce qu’on ne sait pas enseigner dans un amphi » : savoir travailler ensemble, mener des activités hors amphithéâtre (il rappelle que le Fimu de Belfort est né à l’UTBM), être curieux. « Faire en sorte qu’un jeune ressorte de l’UTBM avec des clefs de vie », résume-t-il en substance.
Ces objectifs, il entend les mener « grâce à l’intelligence collective » : « On ne peut pas réussir un projet sans qu’il soit coconstruit, » estime-t-il. Une co-construction qu’il prévoit de mener au sein de l’UTBM, mais aussi en consultant les entreprises et les collectivités, en associant tous les partenaires « pour ne pas passer à côté d’une intelligence ».
Un ancien ministre à la tête de l’UTBM
Abdellatif Miraoui est âgé de 62 ans. Il est né au Maroc et est arrivé en France à l’âge de 18 ans, en 1981. Il a effectué ses études successivement à l’IUT de Belfort, à Nice (où il a passé une licence, puis à Mulhouse (où il a fait une maîtrise en alternance). Il a passé un doctorat en sciences pour l’ingénieur en 1992.
Il est professeur des universités dans le domaine de l’hydrogène et des piles à combustible et habilité à diriger des recherches.
A l’UTBM, il a créé et dirigé, de 2001 à 2008, la filière d’ingénieurs en génie électrique et énergie de l’établissement, avant d’assumer la vice-présidence, en charge de la recherche jusqu’en 2011.
De 2011 à 2019, il a présidé l’université Cadi Ayyad de Marrakech.
Il a été élu en 2013 président de l’Agence Universitaire de la Francophonie, qui fédère plus de 1 000 universités membres sur les cinq continents, et ce jusqu’en 2017.
Il est revenu à l’UTBM en 2020, à la direction du pôle « Énergie et Informatique ».
Ensuite, il a assuré la direction générale de l’Institut National des Sciences Appliquées (INSA) de Rennes de 2020 à 2021.
De 2021 à 2024, il a occupé les fonctions de ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation.
Il est docteur Honoris Causa de l’université de Haute-Alsace, ainsi que des universités de Bucarest, de Cluj-Napoca et de Pitesti (Roumanie).
Abdellatif Miraoui prend officielement ses fonctions de directeur de l’UTBM ce mardi 1er septembre 2026. Il succède ainsi à Ghislain Montavon, qui a effectué deux mandats à la tête de l’UTBM.

