« L’entretien est le chaînon manquant » dans l’écosystème du vélo en France, estime Pascal Lainé, président de l’association Le Maillon Solidaire, à Belfort. Un manque qu’espère combler cette association, à l’instar des quelque 500 ateliers de réparation de vélos équivalents à travers la France.
Un « chaînon manquant », parce que la réparation de vélos n’est économiquement pas viable, sauf dans le cadre du bénévolat. Dit plus prosaïquement, les commerçants vendeurs de vélos ne peuvent plus financer un poste de mécanicien-réparateur de vélos. Parallèlement, entre les freins hydrauliques, les suspensions, les systèmes de vitesse, les vélos sont de plus en plus complexes à réparer : il ne suffit plus d’un jeu de démonte-pneu et d’une clé de 10 pour remettre son vélo en état.
A cela s’ajoute un phénomène : l’essor du vélo est passé par l’achat de vélos d’entrée de gamme ou d’occasion, qui demandent un entretien plus précoce qu’un vélo neuf de moyenne ou haut de gamme.
« C’est de l’intelligence collective »
Moyennant un budget de 60 à 100 euros (adhésion à l’association et fournitures de pièce), n’importe quel particulier peut entretenir son vélo dans les locaux du Maillon Solidaire, mis à disposition par la Ville, rue de Londres à Belfort, suivant le principe de l’auto-réparation. L’association ne fait pas à la place du propriétaire du vélo, mais lui met à disposition l’outillage nécessaire, ainsi que les conseils de bénévoles. Ils sont une dizaine à le faire ; tous n’ont pas toutes les compétences pour réparer un vélo de A à Z, mais chacun détient l’une ou l’autre des compétences nécessaires. « C’est de l’intelligence collective, résume Pascal Lainé. L’un sait réparer un frein hydraulique, l’autre régler super finement un dérailleurs douze vitesses. » L’association accompagne les possesseurs de toutes les gammes de vélos et de toutes les technologies.
Et la formule semble plaire, puisque de 100 adhérents avant la crise du covid, l’association a bondi à 280 adhérents en juin 2026.
L’association a été créée en avril 2011 par Michel Bardot, alors facteur tout juste retraité, qui s’est inspiré d’une association de Nancy, l’atelier « Dynamo ». « Il a monté l’association avec une parfaite rigueur : déclarations, comptabilité, et jusqu’à la déclarer comme centre de formation », salue Pascal Lainé, qui lui a succédé en 2020. Ce dernier a quant à lui mis en œuvre des outils numériques qui facilitent la gestion administrative de l’association. Par exemple un système de gestion des adhérents, avec adhésion sur douze mois glissants et relances automatiques au terme de l’année d’adhésion.
Une dizaine de bénévoles assurent les permanences d’aide à la réparation, les mardis après-midi, mercredi soir et samedis de 9 h à 12 h (+ le jeudi sur rendez-vous). Le Maillon Solidaire accueille 5 personnes en moyenne par permanence., sur inscription. Elle atteint un seuil en termes d’accompagnement bénévole, mais son président ne souhaite pas franchir le cap de l’embauche d’un salarié : d’autres associations se sont cassé les dents en le faisant (financement du poste, difficulté à définir la répartition des rôles entre bénévoles et salarié, charge mentale pour les responsables de l’association).
« 10 millions de vélos en France, dont un quart inutilisés »
L’association dispose de pièces d’occasion venues de vélos récupérés (le réemploi fait partir de ses missions), d’un stock de pièces neuves les plus courantes (frein, câble de frein, etc.). Pour les vélos haut de gamme, pour lesquelles elle ne dispose pas de pièces, l’association propose de l’aide à la commande. Pour l’outillage, elle dispose de pratiquement tout l’équipement, y compris de pieds d’atelier électriques, qui permettent de lever un vélo à hauteur d’homme pour l’entretenir. L’association a pour politique de toujours investir ses excédents dans du matériel, d’où sa capacité à proposer un tel outillage.
Parmi ses autres activités, Le Maillon Solidaire récupère et recycle des vélos, soit en les remettant en état pour les vendre à un « tarif social » (entre 40 et 80 euros), soit en récupérant les pièces pour en réparer d’autres. « On estime qu’il y a environ 10 millions de vélos en France et qu’un quart d’entre eux sont inutilisés », souligne Pascal Lainé. Un vrai gisement de vélos de seconde main, de pièces qui, s’ils n’entraient pas dans ce cercle vertueux de recyclage, entreraient dans celui des déchets. Pour cette activité, Le Maillon Solidaire est sous contrat avec l’éco-organisme Ecologic. L’association assure aussi des formations pour des salariés d’entreprises de l’économie sociale et solidaire comme la Ressourcerie 90.
Elle accompagne également les personnes qui souhaitent électrifier leur vélo : conseil pour le choix du kit électrique et aide à l’installation. Mais toujours sur le principe du « faites-le vous-même ; on vous aide ».
- Cet article est tiré de notre hors-série « L’Esprit vélo », publié à l’occasion du passage du Tour de France à Belfort. À retrouver ici, sous format numérique.
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