« C’est vrai que le milieu des chefs d’entreprise est un milieu d’hommes. La plupart du temps, je rencontre de la bienveillance. Mais quand je dis que je suis dans l’usinage, c’est moins évident », décrit Lydie Balligand. La surprise ou le scepticisme effleure alors. Mais ce n’est pas forcément un problème pour la jeune cheffe d’entreprise : « Je fais des sports de mec (du triathlon, NDLR) et j’ai assez l’esprit de compétition », apporte-t-elle comme explication en souriant.
Il faut dire aussi qu’elle a fait l’essentiel de sa carrière professionnelle dans l’industrie. Titulaire d’un bac + 2 de technicienne qualité, elle a d’abord travaillé chez Faurecia, où elle est restée une quinzaine d’années. Elle suit alors, en cours du soir, une formation d’ingénieure et fait son stage de validation dans le lean manufacturing. Le sous-traitant automobile reconnait son diplôme en lui confiant ensuite un poste de responsable de production. Après son départ de Faurecia, elle devient responsable qualité et production chez Reydel à Rougegoutte, où elle reste cinq ans. Elle retourne ensuite chez Faurecia, sur le site de Beaulieu, comme responsable du lean manufacturing de plusieurs sites en France et à l’étranger.
Sa passion du triathlon et de la compétition l’amène à préparer en cours du soir un BTS de diététicienne, profession qu’elle a exercée pendant quelques années, le vendredi et le samedi. Elle a également été responsable de l’usine de Sicta à Auxelles-Bas et a été responsable du développement du site de Plastival à Clerval.
Cheffe d'entreprise depuis décembre 2025
Et le 10 décembre 2025, elle a signé le protocole de rachat de la société MB Concept, à Beaucourt. Le résultat d’un mélange d’envie d’être son propre manager, de besoin de diversité dans le travail – « En ce moment, je fais du commercial, de l’administratif, de la production », décrit-elle – et d’envie plus ou moins consciente auparavant d’entreprendre.
MB Concept a été créée en 2004. Le cédant, Michael Goncalves, l’a dirigée de 2019 à 2025. Il a souhaité la vendre pour se lancer dans un nouveau projet, loin du nord Franche-Comté et accompagne Lydie Balligand pendant trois mois dans la reprise de l’entreprise.
La fille de Michael Goncalves, Auxane, continue de travailler dans l’entreprise comme cheffe d’atelier. En plus de la dirigeante, l’entreprise compte cinq salariés (quatre en production et un chargé d’affaires). Son chiffre d’affaires en 2024 était de l’ordre de 880 000 euros pour un résultat net de l’ordre de 130 000 euros.
Le secteur automobile, mais pas que
L’entreprise est spécialisée dans l’usinage et la mécanique de précision, avec des productions à l’unité, en petite et moyenne série. Elle a un panel d’une cinquantaine de clients, dont 25 % dans le secteur de l’automobile, mais aussi des donneurs d’ordres comme GE Vernova, Fives, Arabelle Solutions. Un panel que Lydie espère bien élargir, pour porter un jour le CA jusqu’au million d’euros. « Notre point fort est la réactivité », souligne-t-elle. L’inconvénient est le manque de visibilité au-delà de quinze jours du carnet de commandes. Un phénomène qui n’est pas nouveau, car lié au type d’activité, mais que les difficultés actuelles de l’industrie ont tendance à accentuer.
L’entreprise fonctionne aujourd’hui avec une seule équipe. Elle dispose donc d’un fort potentiel de développement à partir du parc machines actuel, si elle met en place un ou deux équipes supplémentaires.
Pour mener à bien son projet, Lydie Balligand a obtenu des soutiens financiers d’Initiative Doubs-Territoire de Belfort (lauréate d’Initiatives au féminin), du Réseau Entreprendre et de la Région ; elle est en attente d’une demande auprès d’Aire Urbaine Investissements.