Soulèvement, le cri de liberté de la chorégraphe Tatiana Julien

Le Granit et Via Danse co-produisent ce samedi le spectacle de danse Soulèvement, de Tatiana Julien. Un spectacle, en solo, énervé, qui questionne la liberté et la culture de masse. De la danse contemporaine qui se nourrit de la culture pop’ pour mieux bousculer les certitudes.

Le Granit et Via Danse ont co-produit, samedi, le spectacle de danse Soulèvement, de Tatiana Julien. Un spectacle, en solo, énervé, qui questionne la liberté et la culture de masse. De la danse contemporaine qui se nourrit de la culture pop’ pour mieux bousculer les certitudes.

Liberté. J’écris ton nom. C’est le célèbre message de Paul Éluard écrit en 1942. Sous l’Occupation. Liberté, je crie ton nom pourrait être la rengaine de la danseuse et chorégraphe Tatiana Julien dans son œuvre Soulèvement. Une œuvre où son corps est un lieu de liberté d’expression. Un catalyseur de l’art, qui questionne les utopies d’hier au regard de la culture de masse d’aujourd’hui. Où sont passés les idées de Malraux et le choc de l’émotion ? Celles de Jack Lang et « de son ministère au service de l’art et de la création » ? Surtout, qu’en faisons-nous aujourd’hui ?

Car si Tatiana Julien questionne l’art et la liberté, elle le fait surtout dans un contexte. Celui d’un monde où les tensions se cristallisent. Où l’ambiance est aride. Où les sociétés se contractent. Se tendent. S’affrontent. Son spectacle, elle l’a écrit alors que Donald Trump accédait au pouvoir. Au moment où la tempête du Brexit s’abattait sur le Royaume-Uni. Point commun de ces tendances, le poids du numérique dans lequel elle dénonce « la manipulation de masse ». Une culture qui divertit et qui relègue aux calendes grecques les utopies artistiques qui émancipent.

Immersion

Cette culture pop’, elle se l’approprie. Elle s’y inscrit, pour mieux provoquer. Elle danse le hip hop, le backpack kid, popularisé dans les cours d’école. Elle se réfère au jeu vidéo Fortnite et s’appuie sur Mylène Farmer et sa chanson Désenchantée. Dans son spectacle, les archives sonores d’hier et d’aujourd’hui se répondent, s’entrechoquent et dansent pour mieux accompagner la réflexion, mise en rythme par ses faits et gestes.

En même temps que l’artiste questionne l’art et la liberté, elle interroge la liberté dans l’art et l’expérience du spectacle. Comment intégrer le public ? Comment le sensibiliser ? Elle s’engage dans une dimension immersive extrême, qui donne clairement envie de s’y confronter. Car amener le public à se questionner ne se résume pas seulement à un atelier-découverte permettant de répondre à un dossier du ministère sur la médiation culturelle. Aujourd’hui, les politiques culturelles sont-elles toujours au service de la création ? Ne sont-elles pas trop stéréotypées ? Normées ? Policées ? Une chose est certaine, « la danse contemporaine est un art minoritaire et alternatif, car c’est un endroit libre », assume la jeune femme.

Résistance

Tatiana Julien incarne tous les cris du monde, « de Mai-68 à Occupy Wall street en passant par le Burkina Faso », énumère la chorégraphe-danseuse. Mais si son corps est un réceptacle de cette révolte, elle veut aussi en faire le lieu de l’émancipation. Celui d’une révolte sensible. D’une révolte d’empathie et d’amour. « Si nous avons besoin de révolte, il faut aussi un élan », confie-t-elle. De cette réflexion philosophique sort une danse entière. Expressive. Insurgée. Et la vitesse de notre monde ne peut qu’impliquer une danse frénétique.

Tatiana Julien exprime un cri. Mais elle signe surtout son cri. Un manifeste contre l’injustice qui apparaît comme sa griffe. Avec ce troisième spectacle solo, la chorégraphe âgée de 30 ans regarde son parcours, débuté en 2010. Elle y met ses mots et son expérience. Et l’incarne. Une étape essentielle pour après le transmettre aux danseurs dans son prochain spectacle. Avec Soulèvement, Tatiana Julien fait « de la danse et de l’art une forme de résistance ». Au nom de la liberté.

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