SDIS 90 : de très fortes tensions enveniment la sortie de grève

Le moral n’est pas bon chez les sapeurs-pompiers du Territoire de Belfort depuis le début de la grève. Et cela s’est amplifié depuis le 15 décembre dernier, après des propos du président du Département qui ont fait grimper leur colère. Retour sur les derniers événements et sur la lettre envoyée au président le 19 décembre.
Cela fait maintenant plus d'un mois que la grève a démarré. | ©Le Trois - TQ
Le moral n’est pas bon chez les sapeurs-pompiers du Territoire de Belfort depuis le début de la grève. Et cela s’est amplifié depuis le 15 décembre dernier, après des propos du président du Département qui ont fait grimper leur colère. Retour sur les derniers événements et sur la lettre envoyée au président le 19 décembre.

 Cela fait désormais plusieurs semaines que les sapeurs-pompiers du Territoire de Belfort cherchent à défendre leurs acquis sociaux, alors qu’une nouvelle loi sur le temps de travail, de 1 607 heures, doit s’appliquer début janvier. Après une médiation avec la préfecture pour essayer d’assouplir le protocole, on apercevait les prémices d’une sortie de grève, le 9 décembre dernier (lire notre article), grâce à la mise en place de jours de sujétions, forme de compensations des pertes de congés compte tenu des spécificités du métier (pénibilité, risque, travail de nuit).

Mais depuis, une succession de mauvais paramètres se sont succédé. Le président du Territoire de Belfort, Florian Bouquet, a demandé aux représentants de l’intersyndicale de signer le protocole au plus vite. Ce qui n’a pas été fait: les représentants ont d’abord souhaité en rediscuter avec leur base après la médiation. Puis, ils ont remarqué que le protocole proposé ne prenait pas en considération la journée de sujétion promise, destinée au personnel du centre de traitement de l’alerte, pour les horaires effectués de nuit. Cela a donc entraîné des retards dans la signature.

Quelques jours plus tard, c’est Florian Bouquet qui relance une nouvelle salve lors du conseil départemental du 15 décembre, en expliquant à Bastien Faudot, conseiller départemental d’opposition, que « contre toute attente », les sapeurs-pompiers n’avaient pas souhaité signer. Après quelques échanges tendus, il a expliqué que les hommes de la caserne mésestimaient « les efforts faits par les collectivités et les fonctionnaires » et que, « surtout, les pompiers oubli[ai]ent la vraie vie.» « Nos pompiers professionnels oublient la vraie vie et la dureté de la vie professionnelle de nos jours », pointe-t-il alors ce jour-là.

Une lettre et de la colère

À la suite de ces propos (que les sapeurs-pompiers ont pu visionner, car le conseil était filmé), l’intersyndicale (syndicat autonome, force ouvrière, avenir secours, CFTC-SPASDIS) a adressé une lettre au président du Département, le 19 décembre, pour lui faire part de son « amertume». Tout d’abord à cause d’un protocole qui ne prend pas en compte le 3e jour promis de sujétions; ensuite, parce que l’intersyndicale regrette que le président pense que les équipes ne tiennent pas leur parole au motif qu’ils n’ont pas signé le protocole. « Depuis le vendredi 9 décembre, nous avons orienté notre communication sur une sortie de crise », rappelle l’intersyndicale au président, citant pour preuve un article du Trois, datant du 9 décembre

Dans cette même lettre, les représentants syndicaux lui reprochent ses mots à leur égard. « Comment vous, président du conseil d’administration du SDIS, pouvez-vous dire que les sapeurs-pompiers professionnels oublient la vraie vie alors que, chaque jour, nous avons sous les yeux la détresse sociale dans le département que vous présidez ? », lui ont-ils écrit. Au téléphone, le sergent-chef et président du syndicat Autonome, Sébastien Boillot, est loin d’être optimiste sur la suite du conflit.

D’un côté, il souhaite pour tout le monde que le conflit se règle, pour retrouver de la sérénité et enfin sortir de la grève. Mais d’un autre, il trouve inadmissible que le président ait pu tenir des propos « aussi forts », ce qui a fait gonfler la colère des sapeurs-pompiers. Des déclarations que confirme aussi par téléphone Pierre-Arnaud Fillatre, représentant syndical Force Ouvrière : « Les pompiers ne digèrent pas les propos tenus. La tension est énorme dans les unités.» Il complète : « Le souci, c’est que les tensions perdurent depuis un moment et le moral n’est pas bon.» Il regrette que les choses soient allées jusque-là. Et appréhende l’après-grève. « La confiance est perdue. Cela va être très dur de relever la tête.»

Les représentants syndicaux, avec une pointe d’humour, interpellent le président du Département en lui demandant comment, eux, sont censés calmer la pression grandissante alors même que le président « joue au pompier pyromane ».

« Pas dupes »

Ils lui expliquent aussi ne pas être « dupes ». Pour eux, la nouvelle loi telle qu’elle est permet de boucher les trous des effectifs manquants. Dans leur courrier, ils écrivent : « La récupération des jours permettra peut-être de cacher l’état général catastrophique des effectifs du SDIS, au moins pour quelque  temps. »

Par téléphone, c’est particulièrement ce point qui inquiète le président du syndicat Autonome Sébastien Boillot. « L’intersyndicale veut apaiser les tensions pour sortir de la crise mais le SDIS est bien malade…», souffle-t-il. Cette loi autour des 1 607 heures, qui doit aujourd’hui entrer en vigueur, n’est que la partie émergée de l’iceberg. « Cela fait des années que nous avons des problèmes d’effectifs », pointe-t-il. Avec de plus en plus d’opérations, notamment à cause du désert médical sur leur périmètre. « Cela entraîne des baisses de motivation », qui viennent se superposer au désengagement des sapeurs-pompiers volontaires. 

« Avec le manque de personnel, le Covid qui a fait du mal, nous n’avançons plus comme avant. Et nous sommes inquiets pour la sécurité et la santé des hommes. Il n’y a plus de démarche corrective, plus de démarche de qualité », explique-t-il. Et cela, parce qu’il n’y a plus le temps, plus le monde nécessaire. Venir demander aux hommes de respecter cette loi, c’est aussi « cacher cette réalité ». « Essayer de boucher les trous » : ce qui fâche d’autant plus.

Pour le prouver, il met en exergue un élément utilisé par Florian Bouquet. Lors du conseil départemental du 15 décembre, il s’est interrogé sur l’intervention de la caserne de Grandvillars sur un incendie qui se déroulait sur la zone de Belfort – et sur la possibilité que cela soit dû à une mauvaise répartition des jours de congé. Dans leur lettre, l’intersyndicale lui a répondu que ce jour-là, les sapeurs-pompiers étaient dans leur bon nombre, et déjà simultanément sur d’autres interventions assurées par les centres de cours de Belfort Nord et Sud. « Et les trois casernes censées intervenir avant Grandvillars étaient tout simplement vides (Giromagny, Chatenois les Forges, Tourelles.)» Vides, parce que gérées par des sapeurs-pompiers volontaires qui sont de moins en moins nombreux et qui ne sont pas toujours disponibles. Résultat : « elles sont désertées », expose Sébastien Boillot.

Même si les représentants syndicaux poussent pour sortir du conflit, notamment depuis l’accord sur les jours de sujétions promis lors de la médiation avec la préfecture,  tous les paramètres évoqués entrent en collision. Et ne permettent pas de retrouver de la sérénité avant les fêtes. De son côté, la préfecture du Territoire de Belfort a accordé un délai pour que soit mis en place un nouveau comité technique du SDIS qui passera en délibération le nouveau protocole, explique le président du syndicat Autonome. Cela interviendra entre janvier et février. En attendant, de nouvelles discussions sont attendues après les fêtes. Avec l’espoir que les sapeurs-pompiers décolèrent. Et qu’enfin, un protocole puisse être signé. Sollicité, le président du Département, Florian Bouquet, n’a pas encore répondu. 

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