Pierre Lamard : « En écrivant sur les Viellard-Migeon, je reviens à mes premières amours »

A l’occasion de la sortie de son nouveau livre intitulé La société familiale Viellard Migeon & Cie 225 ans de Morvillars au monde (1996-2021), Pierre Lamard revient sur cette famille qui a marqué le tissu industriel du Nord Franche-Comté.

A l’occasion de la sortie de son nouveau livre intitulé La société familiale Viellard Migeon & Cie 225 ans de Morvillars au monde (1996-2021), Pierre Lamard revient sur cette dynastie industrielle qui a marqué le tissu manufacturier du Nord Franche-Comté et son histoire.

Celui qui a consacré sa carrière à l’histoire des entreprises du Nord Franche-Comté se repenche, à l’occasion des 225 ans de la société, sur l’histoire des Viellard-Migeon. Une histoire familiale avant tout, ou plutôt l’histoire d’une société familiale vieille de neuf générations qui a su s’adapter aux enjeux économiques au fil des derniers siècles.

Pierre Lamard n’en est pas à son premier coup d’essai. En 1996, il avait déjà publié un premier ouvrage à l’occasion du bicentenaire nommé De la forge à la société holding. Ici, il construit un ouvrage qui met en exergue que « retracer la trajectoire industrielle de Viellard Migeon & Cie, c’est aussi écrire une partie de l’histoire de ce territoire structuré par l’activité manufacturière. »

Pourquoi se repencher sur l’histoire des Viellard-Migeon, 20 ans après la sortie de votre premier livre ?

Je suis revenu à mes premières amours. Il s’est passé énormément de chose en 20 ans pour cette société. La mondialisation s’est imposée pendant cette période. A l’occasion des 225 ans, Emmanuel Viellard m’a demandé de travailler sur cette époque de modernité. Il y a un double intérêt à travailler sur cette société. Tout d’abord, comprendre comment une PME ou une ETI peut s’inscrire dans la mondialisation avec succès. Et de comprendre quels sont les ingrédients de ce succès.

Quels sont les secteurs d’activités de cette famille ?

L’histoire remonte à 1796. La famille Viellard fonde une entreprise de forge à Grandvillars. La famille s’associe au Migeon (par un mariage entre les deux familles, NDRL). Depuis, la société perdure. Cela fait 9 générations. Il s’agit d’une société holding qui a trois principales activités. La famille est actionnaire de référence de Rapala VCM dans le secteur de l’halieutique. Elle est aussi actionnaire de référence au sein de Lisi avec trois autres grandes familles industrielles Koehler et Peugeot. Cette société s’est imposée dans l’aéronautique, la santé et l’automobile. Enfin, elle est actionnaire majoritaire à Selectarc, dans le domaine des baguettes de soudure. 

Pourquoi ont-ils un parcours hors du commun ?

Ils ont gardé des valeurs familiales et sont restés attachés à leur territoire. Prenons l’exemple de Lisi : le siège social était à Paris. Les dirigeants l’ont fait rapatrier à Belfort puis à Grandvillars. Et ce alors qu’ils sont côtés au second marché et qu’ils ont des clients comme Airbus ou Boeing. Leur attachement au territoire, la fidélité à celui-ci et à ses ressources : voilà ce qu’il fallait mettre en relief dans le livre. Aussi, très peu de sociétés familiales réussissent à traverser le temps ainsi. (Dans son livre, Pierre Lamard rappelle que selon les statistiques, il reste seulement 10% d’entreprises familiales après la troisième génération et seulement 2% en quatrième et cinquième générations, NDLR). Eux en ont traversé neuf. En 1996, les héritiers étaient 450. Aujourd’hui, ils sont plus de 600. Autant d’actionnaires qu’il faut savoir souder.

Pour atteindre ces objectifs,  ils ont mené des actions très symboliques qui contribuent à garder l’identité familiale, à partager des valeurs. Tous les deux ans, ils invitent les jeunes générations à visiter l’entreprise, à parler de l’entreprise, ils présentent les activités. Ils ont aussi mis en place une charte éthique, des procédures transparentes, un comité des rémunérations… Tout est clarifié. Le lien familial donne la cohérence à leur trajectoire.

Ce qui fait leur cohérence, c’est aussi la mise en place d’une cooptation sur les compétences. Ce n’est pas parce qu’on naît Viellard-Migeon que l’on accède à des postes de direction. C’est la rigueur dans la cooptation qui fait la force de l’entreprise. Ce n’est pas l’esprit de rente qui prime mais les compétences.

Vous vous êtes attachés à la période 1996-2021 : comment la dynastie VMC s’est-elle adaptée à l’accélération de la mondialisation ?

Cette dynamique, c’est celle que j’essaye d’analyser dans la première partie du livre. Les stratégies externes et internes qui leur ont permis de résister. On sait que le bicentenaire de 1996 succède à une crise familiale. u’ils partent d’une crise familiale en 1996. Une crise liée à l’arbitrage et la gouvernance. Mais ils ont réussi à y faire face en se réorganisant et en contractant des alliances fructueuses. Leur arbitrage a été une vertu pendant cette période. Ils n’y ont jamais dérogé. Pour Japy, par exemple, on constate l’effet inverse. La société a choisi de ne pas mettre en place d’arbitrage. Chaque branche familiale avait son apanage et les investissements ont été saupoudrés au lieu de faire des choix rationnels. Au final, l’une des cinq premières entreprises du XIXème siècle a complètement périclité.

Outre la stratégie familiale, quelle stratégie commerciale a permis à leurs sociétés de décoller dans les deux dernières décennies ?

 D’abord, grâce des investissements constants. C’est aussi grâce à une prise de risques dans les alliances et une gestion prudentielle avec des risques calculés.

Aujourd’hui, Lisi est à la pointe de certaines technologies. Ils essayent toujours d’être dans la haute technologique. L’aviation, l’automobile exigent des équipements de premier rang. Les produits de base sans valeur ajoutée sont délaissées pour aller sur des produits de très haute sophistication : les certifications à obtenir sont très exigeantes.  

« Trop souvent, les belles trajectoires des petites et moyennes entreprises sont masquées par les grands que sont Alstom, Peugeot… Mais il y a toute une vitalité économique animée par ces structures d’entreprises. »
Pierre Lamard

Dans le livre, vous démontrez leur entrée dans le « monde ». Mais quelle est leur influence sur le territoire ?

Tout d’abord, il faut rappeler qu’ils en ont une, en premier lieu en préservant l’emploi. Trop souvent, les belles trajectoires des petites et moyennes entreprises sont masquées par les grands comptes que sont Alstom, Peugeot… Mais il y a toute une vitalité économique animée par ces structures d’entreprises qui valent le coup que l’on s’y intéresse. Elles représentent tout un tissu industriel. C’est ce type d’entreprise qui renforce la lisibilité industrielle du Nord Franche-Comté.

Les sociétés familiales contribuent à son attractivité. A Grandvillars, la famille a su passer des accords avec la collectivité publique et inscrire le projet industriel dans une stratégie de modernisation urbaine. C’est l’entreprise sur son territoire, avec son territoire. Et ça c’est important. Il y a eu une véritable plus-value pour la commune et la communauté d’agglo.

Comment travaille-t-on pour construire un livre de cette envergure ?

Si j’ai accepté, c’est que je savais que je pouvais travailler en totale confiance avec l’ensemble de la communauté de travail et en premier lieu ses dirigeants. J’ai pu travailler à livre ouvert sur les archives. Il y a eu une confiance absolue avec les dirigeants. Le travail a toujours été serein, respectant l’indépendance de l’historien.

Pour faire ce travail, il ne faut rien s’interdire. Il faut se plonger dans les archives pour comprendre l’articulation des conseils d’administration, établir des marqueurs, décrypter des trajectoires industrielles… Chercher des explications. Auprès des cadres, de la direction. Normalement, on passe aussi beaucoup de temps sur la contextualisation. Mais avec la rédaction du premier ouvrage, j’avais déjà fait une grosse part du travail. Je connaissais aussi très bien les principaux acteurs. Durant les entretiens, les échanges étaient directs. Depuis 1996, je suis toujours resté en contact avec la société et ses dirigeants. C’est pourquoi, j’ai mis une petite année à écrire ce nouveau livre.

Quelle est la dynamique générale de l’ouvrage ?

Dans mon livre, je ne suis pas en train d’idéaliser un mode de gouvernance. J’essaie en fait d’argumenter sur ce qui a fait la capacité de résilience de cette entreprise plus que bicentenaire. Je montre aussi que la trajectoire n’a pas été linéaire. Mais je propose des clefs de lecture, d’analyse pour comprendre la dynamique que cette société familiale a su donner pour s’intégrer dans cette économie monde.

Vernissage à l’occasion de la sortie du livre le 6 novembre à 17h30 aux Editions du lion, place de la grande fontaine. 

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