Philippe Dessouliers : « À l’école, j’avais horreur des dictées »

Pour réussir une dictée, il faut penser à tout. Plus que tout, il faut aimer les mots, les jeux de mots et toutes les variantes de la langue. Philippe Dessouliers est ingénieur. Mais il est aussi une figure belfortaine de la dictée. C’est lui qui les écrit toutes dans le coin. Dont celle de ce dimanche, qui aura lieu lors du 4ème championnat d’orthographe régional, organisé à la Foire aux livres. Rencontre.
Philippe Dessouliers est l'as des dictées dans le nord Franche-Comté. | ©Le Trois - EC
Pour réussir une dictée, il faut penser à tout. Plus que tout, il faut aimer les mots, les jeux de mots et toutes les variantes de la langue. Philippe Dessouliers est ingénieur. Mais il est aussi une figure belfortaine de la dictée. C’est lui qui les écrit toutes dans le coin. Dont celle de ce dimanche, qui aura lieu lors du 4ème championnat d’orthographe régional, organisé à la Foire aux livres. Rencontre.

« À l’école, j’avais horreur des dictées », rapporte Philippe Dessouliers, qui écrit désormais l’intégralité des dictées pour des concours dans le nord Franche-Comté. Il est d’ailleurs à l’initiative de celle qui aura lieu ce dimanche à la Foire aux livres, lors du 4e championnat d’orthographe de la région. « Au CP, j’avais les jambes qui flageolaient tous les dimanches après-midi, car je savais qu’il y avait une dictée qui m’attendait le lundi matin. » Cette peur, elle s’est nourrie jusqu’en 3e parce qu’il n’aimait pas la notion « d’examen ». Mais aussi parce que les textes, issus d’ouvrages classiques et sortis de leur contexte, n’avaient « aucun sens en soi ».

L’ancien enfant aux jambes tremblantes a désormais 58 ans et travaille dans l’entité nucléaire de General Electric. À côté de son travail, il nourrit une passion pour les lettres. Ou plutôt pour les mots. « Je suis un amoureux des mots ». Une affection qui l’a poussé dès le collège vers le latin, le grec. Avec une préférence pour le grec, qui l’a conduit à s’intéresser à l’étymologie. Ce serait aussi mentir que de dire qu’il n’aime pas les langues. Il les apprivoisent depuis l’enfance. L’anglais, d’abord. Puis l’allemand. « J’avais horreur du dessin. C’est clair, j’étais nul. Alors j’ai demandé de remplacer cette discipline par de l’allemand.» Plus tard, il part à l’armée où « comme je n’avais rien à faire, j’ai appris l’espagnol.»

La grammaire ? Pas sa tasse de thé. « Les explications sont toujours beaucoup trop compliquées. Pourtant, cela ne l’est pas.» C’est ainsi qu’il explique, simplement, comment accorder des verbes pronominaux avec l’auxiliaire être. « Heureusement, des règles, il n’y en a pas tant que ça. Et c’est un passage obligé pour apprendre une langue… »

Dictée de Pivot

« Vous connaissez la dictée de Pivot ? Elle était très célèbre et passait chaque année à la télévision », questionne Philippe Dessouliers. Ce qu’il aimait, dans cette dictée, c’était le côté ludique des textes, empreints de subtilités. Il se remémore de l’admiration « à la vue des champions hors normes qui s’y présentaient. » Dans les années quatre-vingt-dix, il ne s’imagine pas se présenter aux Dicos d’or, ce championnat d’orthographe créé par Bernard Pivot. 

Alors, pour se tester, il s’inscrit à une dictée au début des années 2000 à Belfort, organisée par l’association Larousse. Une dictée qu’il gagne, à sa grande surprise. « Le directeur m’a poussé à participer à la dictée Pivot.» Il le prend comme un défi. Reprend les anciennes dictées, s’entraîne. Et se qualifie pour le championnat régional. Il sourit, quand il se refait le film. « Quand je pense à mes études…  J’ai réalisé l’équivalent du bac scientifique actuel. Puis des études d’ingénieur. Rien de lié à cela.»

À cette dictée, il veut finir dans les vingt premiers. Il gagne. Et file en finale nationale. « Là, je me suis dit que si j’étais parmi les dix derniers, ce serait déjà bien. » Il se classe 3e, avec une seule faute. Une faute, sur un mot qu’il retiendra toute sa vie : jugeote. Il l’a écrit avec deux « T ».

L’art de la dictée

S’il a retenu ce mot, y en-a-t-il d’autres qui l’ont marqué ? « J’aime beaucoup le mot groenendael », explique-t-il. Ce mot, désignant une variété de berger belge, il l’a appris dans le dictionnaire. « L’orthographe est un virus », susurre Philippe Dessouliers. Depuis cette dictée, dans les années 2000, il n’a cessé de découvrir de nouveaux mots. C’est ce qui lui a permis de toujours être au rendez-vous pour les concours d’orthographe. Il retente d’ailleurs la dictée de Pivot la dernière année de son existence, en 2005. Encore une fois, il finit avec un très beau classement : 4e national, avec seulement une faute. « Cette fois encore, j’ai hésité. J’ai changé l’orthographe d’un mot qui était juste.» S’il a un conseil, c’est celui-là. Ne jamais changer lorsqu’on hésite. 

« C’est avec les dictées de Pivot que j’ai eu envie d’écrire des textes amusants pour les dictées.» Depuis cette envie, il en a rédigé plus de 130. Pour organiser des concours à la bibliothèque de Beaucourt, pour les dictées du dimanche de l’Est Républicain, pour l’association Belf’ortho. Et pour le championnat régional de la Foire aux livres. Il relit aussi celle du salon du livre de Besançon, puisqu’il est désormais hors-concours pour avoir gagné à chaque coup. 

Comment préparer une bonne dictée ? Il faut penser à tout. C’est une discipline en soi. Trouver un sujet spécifique. Pour savoir le traiter de manière ludique. Trouver des jeux de mots rigolos, qui rendent la tâche ardue mais entraînante. Et surtout, avoir un texte qui a du sens. « Il ne s’agit pas forcément de raconter des histoires. Pour la dictée de dimanche, j’ai trouvé un thème de société léger, par exemple.»  Pour ce faire, il lui faut, par dictée, une quinzaine d’heures. « Contrairement à un texte extrait d’une oeuvre littéraire, il faut se mettre dans la tête du lecteur pour éviter à tout prix les variantes. Tout en respectant un cahier des charges précis.»

Les conseils de l’expert

« Une dictée, il faut réfléchir à plein de choses », explique-t-il. Passant de l’orthographe, à la grammaire, au double sens des mots, aux mots composés ou encore à l’orthotypographie. Faut-il lire beaucoup pour réussir les dictées ? Il réfléchit. Lui ne l’a pas fait. « La lecture, je ne la pratique que pendant l’été. Et encore, souvent, des lectures en anglais. C’est une langue que j’adore. Qui fait encore plus rêver, qui a encore plus de subtilité.» Il conseille l’écrivain Guy Gavriel Kay, qui manie l’art de la fantaisie, sur fond historique. Par contre, il se rappelle avoir toujours procédé de manière rationnelle, avec un esprit mathématique. « Quand je ne retenais pas les mots, par exemple, j’avais des moyens mnémotechniques. Parfois un peu tordus, mais qui fonctionnaient pour moi.»

Pour la dictée de dimanche, il y aura trois niveaux de difficulté, avec trois paragraphes (junior, amateur, confirmé). Le but : s’amuser. « Quand j’ai commencé, je faisais 8, 10 fautes. Mais ce n’est pas ça qu’il faut retenir. Il faut venir, aussi, pour apprendre et retenir de nouvelles choses.» C’est le fin mot du passionné, qui sort, d’ailleurs, un recueil de dictée avec commentaires sur les Fables de la Fontaine en janvier. Un nouvel aboutissement dans cette passion, qu’il nourrit chaque semaine dans le club d’orthographe Belf’ortho. 

  • Se tester, pour découvrir une passion ou simplement s’amuser, rendez-vous ce dimanche 30 octobre, à l’Atria, à 9h30 pour un QCM de français et 11h pour le championnat d’orthographe. Gratuits et dotés de lots d’une valeur totale de plus de 1 500 euros, ces deux concours s’adressent à tous les publics à partir de 14 ans. Les inscriptions sont ouvertes sur www.belfortho.fr et au +33 (0)6 10 91 91 13 jusqu’au 29 octobre et sur place le 30 octobre (à partir de 9 h 15 pour le QCM et de 10 h 45 pour le championnat). 
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