« On n’imagine pas qu’on a autant de soudage autour de nous »

Selectarc, à Grandvillars, a accueilli, mercredi, une phase de sélection du championnat de France de soudure, organisé au mois de mai à Vierzon (Cher). L’occasion de s’intéresser à un métier en forte tension. Et de mettre en lumière un métier indispensable à l’industrie.
Selectarc fabrique des produits d'apport de soudage et de brasage. | ©Selectarc
Selectarc, à Grandvillars, a accueilli, mercredi, une phase de sélection du championnat de France de soudure, organisé au mois de mai à Vierzon (Cher). L’occasion de s’intéresser à un métier en forte tension. Et de mettre en lumière un métier indispensable à l’industrie.

Les rideaux sont tirés. L’odeur du métal brûlé chatouille les narines. Les éclairs de lumières tapissent les murs. Depuis quelques minutes, trois candidats s’affrontent pour accrocher une place au championnat de France de Soudure, organisé les 26, 27 et 28 mai à Vierzon. Ils étaient dix-neuf candidats, originaires du Territoire de Belfort, du Doubs, de Côte-d’Or, du Jura, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, à se présenter, ce mercredi, à l’usine Selectarc de Grandvillars, unique fabricant en France de métaux d’apport de soudage et de brasage. « C’est le temple de l’électrode enrobé », sourit l’un des organisateurs, pour saluer la singularité du lieu de sélection. Forcément, les candidats soudent avec des apports fabriqués dans l’atelier juste à côté. Pour ce championnat, dix épreuves « pratique » de sélection sont organisées dans l’Hexagone. Ils sont 450 candidats à s’y présenter. Soixante seront retenus pour aller à Vierzon, au mois de mai.

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Photos prises par Le Trois

La première édition de ce championnat a été organisée en 2021 ; il est organisé tous les deux ans. Elle a été lancée sous l’impulsion de Christophe Lagarde et Mehdy Addad, anciens soudeurs et formateurs en soudage. Christophe Lagarde dirige même un centre de formation à Vierzon, System Weld, dédié à ce métier. Le championnat « a pour ambition de mettre en lumière un métier présent dans toutes les industries, à tous les niveaux », peut-on voir sur le site Internet de la compétition. « C’est un métier en perte de vitesse », regrette Christophe Lagarde. « Pourtant, les enjeux sont énormes », ajoute-t-il. « Les gens n’imaginent pas qu’on a autant de soudage autour de nous », appuie le passionné, qui ne ménage pas ses efforts.

La dynamique de réindustrialisation et la relance de la filière nucléaire vont nécessiter plus de soudeurs, alors qu’il en manque déjà 10 à 15 000, juge Christophe Lagarde. EDF a par exemple dû solliciter un partenaire américain, Westinghouse, pour obtenir une centaine de salariés soudeurs afin d’intervenir sur les centrales françaises, pour répondre à la pénurie. Aujourd’hui, Christophe Lagarde estime à 100 000 le nombre de soudeurs en France, en comptabilisant des métiers connexes (chaudronnier, tôlier), qui peuvent faire de la soudure. « Le métier mérite d’être mieux reconnu, mieux considéré car il concentre tous nos savoir-faire industriels », insistent les organisateurs de ce championnat, qui vise justement à donner de la visibilité. Lors de la première édition, plus de 2 000 visiteurs s’étaient déplacés pour assister à la compétition. Une compétition ouverte à tous, sans limite d’âge, amateurs comme professionnels. Actifs ou non actifs.

Moteur d’une filière

Christophe Lagarde rêverait d’être reçu à l’Élysée et d’échanger avec le président de la République et le ministre de l’Éducation nationale. Et leur poser une question : « Que fait-on aujourd’hui pour ceux qui veulent devenir soudeur ? » Il regrette que l’on ne fasse rien alors que l’on perd des soudeurs et que le besoin de main d’œuvre est criant. Il estime qu’il faut rouvrir une formation initiale autour de la soudure, pour répondre aux besoins, alors que le CAP soudeur a été arrêté en 1988 par l’Éducation nationale.

Pour accroître la visibilité du métier, les deux créateurs du championnat de France ont même pousser le curseur jusqu’à créer une chaîne Youtube, Soudeurs 2.0. À l’origine, les vidéos étaient un support pédagogique pour le centre de formation. « Puis la mayonnaise a pris », sourit Christophe Lagarde. On retrouve Christophe Lagarde devant la caméra. Et Mehdy Addad derrière et au montage. On parle soudage TIG, découpeur plasma, soudage laser, astuces pour souder tel ou tel matériau… Aujourd’hui, la chaîne compte 100 000 abonnés. Certaines vidéos enregistrent plus de 500 000 vues.

Peu attrayant, le métier de soudeur est pourtant « le moteur de toute une filière » soutiennent les organisateurs du championnat. Et la transition énergétique le rappelle avec urgence, que ce soit dans les métiers de l’énergie ou ceux de la mobilité. « La soudure est présente », insistent-ils. Partout.

L’importance de l’activité nucléaire

La relance de la filière nucléaire française, avec le programmation de la construction de six EPR 2 (et huit à l’étude), ouvre des opportunités d’activités dans l’industrie. L’entreprise Selectarc, adossée au groupe VMC, l’a bien saisie. L’entreprise, qui compte 160 salariés, enregistre un chiffre d’affaires de 44 millions d’euros, dont 50 % à l’export. Aujourd’hui, l’activité nucléaire avoisine annuellement le million d’euros. Et elle enregistre une dynamique autour de ce marché depuis 2 à 3 ans, indique la direction. En cinq ans, le chiffre d’affaires du nucléaire a été multiplié par trois estime-t-on chez Selectarc. C’est un domaine particulièrement exigeant, pour lequel elle est certifiée. « Il faut que nos produits (vendus aux industriels du nucléaire, comme Framatome, par exemple, NDLR) soient en ligne avec la réglementation nucléaire et répondent aux tests spécifiques », détaille Florence Perrichon, directrice technique chez Selectarc. Pour adresser ce marché, l’entreprise de Grandvillars ne peut puiser dans ses stocks. Ce sont des productions dédiées, où il y a un suivi des matières premières encore plus important et un suivi de la production spécifique. « À chaque opération, il y a un superviseur qui signe que l’opérateur l’a faite correctement, détaille la cadre. Nous avons zéro droit à l’erreur. » Les lots sont ensuite testées, selon le cahier des charges du client. On vérifie alors les caractéristiques chimiques et mécaniques des produits.

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