Olivier Jouffroy : « Proposer des formations qui suivent les évolutions technologiques »

Entretien avec Olivier Jouffroy, le directeur de l’UFR STGI, de l’université de Franche-Comté. L’entité est implantée à Belfort et Montbéliard. Elle a fait sa rentrée ce mardi 3 septembre. Il évoque les projets, notamment autour de l’alternance ou de l’hydrogène.

C’était la rentrée, ce mardi, à l’unité de formation et de recherche (UFR) STGI, l’une des branches de l’université de Franche-Comté dans le nord Franche-Comté. L’UFR renforce son offre de formations en alternance et réfléchit à des formations liées au développement de la filière hydrogène énergie. Entretien avec Olivier Jouffroy, le directeur.

Qu’est-ce que l’UFR STGI (sciences, techniques et gestion de l’industrie) ?

L’UFR STGI est un projet de l’université de Franche-Comté, l’ancien nom de l’université de Besançon. Elle ne s’appelle plus l’université de Besançon car, précisément, elle n’est pas qu’à Besançon. C’est un projet pour localiser à Belfort et Montbéliard des formations professionnalisantes, orientées vers les sciences, les techniques et la gestion, pour l’industrie. Ce projet permet d’offrir une formation d’enseignement supérieur dans cinq grands domaines professionnalisants que l’on peut retrouver dans l’industrie : la communication internationale avec un département langue ; la biologie, la géologie, la gestion des déchets et de l’environnement avec le département sciences de la vie et de l’environnement ; la communication et l’informatique avec le département multimédia ; l’énergie thermique et électrique avec le département sciences et énergies ; enfin, le droit et la gestion, au département administration économique et sociale, droit.

Vous décrivez le nord Franche-Comté comme un territoire de travail, d’innovation et en mutation. Pourquoi l’UFR doit être attachée à ce territoire ?

Je suis né à la maternité de Montbéliard. Je connais bien ce territoire. J’y ai vécu, je l’ai quitté et je suis revenu. J’ai un attachement personnel à ce territoire et il ne faut pas le nier car cela fait partie de ma façon de travailler. Ce territoire industriel est innovant. C’est un territoire qui a devancé la révolution industrielle. Il y avait des hauts fourneaux à la fin du XVIIe siècle dans le pays de Montbéliard. De même, qui a pensé à mettre sur un quadricycle un moteur à explosion ? C’est Armand Peugeot, à Valentigney. Ce territoire n’a pas forcément devancé la révolution numérique, mais il se positionne sur la révolution de l’industrie 4.0 et sur l’énergie. STGI a été créé il y a plus de 20 ans. Le monde industriel a évolué ces 20 dernières années, donc nos formations doivent évoluer pour continuer à offrir des formations aux métiers de l’industrie, dans le nord Franche-Comté.

« D’ici le printemps 2020, nous voulons formuler une proposition d’un écosystème de formations autour de l’hydrogène énergie »
Olivier Jouffroy
Directeur de l'UFR STGI

L’UFR opère un virage important, avec l’alternance…

Neuf années, sur trois cursus, sont ouvertes à l’alternance (notamment le master en gestion des ressources humaines ; le master droit de l’entreprise ou encore le master produits et services multimédias). STGI a été pensée pour être une formation, non pas pour être au service de l’industrie, mais qui essaie de devancer les demandes et de proposer des formations qui suivent les évolutions technologiques. Au final, nous avons toujours été en lien avec les entreprises locales, parce que cela fait partie des collaborations normales pour faire évoluer nos formations. Il y a bien longtemps que nous savons que nos étudiants sont embauchés massivement à la fin du master 2. C’est assez cohérent de se partager la formation avec ces entreprises qui nous font confiance. Et nous leur faisons aussi confiance.

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Le nombre d’étudiants accueillis dans les cinq cursus de l’UFR STGI, à Belfort et Montbéliard.

L’un des chantiers de l’année est consacré à la réflexion pour construire un écosystème de formations autour de l’hydrogène énergie…

La transition énergétique, il faut la faire. C’est urgent. Trouver des sources d’énergie propre et disponible pour assurer cette transition énergétique, c’est essentiel. Il y a une vieille histoire entre l’hydrogène énergie et Belfort. Très tôt, elle a souhaité que les établissements d’enseignements supérieurs et l’université de Franche-Comté implantent à Belfort des équipes de recherches et des chercheurs qui travaillent sur l’hydrogène énergie, en particulier l’équipe de recherches Sharpac, qui dépend de l’institut Femto-ST. Une équipe de premier plan dirigée par Daniel Hissel. Cet écosystème de compétences se conjuguent aussi avec les exigences locales. Les industriels locaux ont très bien compris que ces 25 années de travail sur l’hydrogène pouvaient maintenant aboutir, pour disposer rapidement, par exemple, de transports à l’hydrogène ou de remorques réfrigérées. Les liens qu’entretient cette équipe avec les industriels locaux, notamment Faurecia, est en train de produire ses effets. Le pari des élus belfortains se concrétise.

Il y a donc besoin d’un écosystème de formations…

Les industriels nous disent qu’ils sont prêts à passer à l’hydrogène énergie. Nous avons les techniques, mais nous avons aussi besoin de gens qui savent faire fonctionner ces technologies : soit des étudiants en formation initiale ; soit des gens qui viendront à l’université pour se former à ces technologies et assureront eux-mêmes, ensuite, la transition vers les énergies propres. Nous souhaitons lancer une grande réflexion à ce sujet. D’ici le printemps 2020, nous voulons formuler une proposition d’un écosystème de formations autour de l’hydrogène énergie. Nous n’allons pas pouvoir tout proposer, mais l’IUT Belfort-Montbéliard et l’UFR STGI sont capables de couvrir une grande partie des besoins en formation autour de l’hydrogène énergie dans ce bassin.

Vous avez notifié votre envie d’avoir plus d’étudiants en cursus de master en ingénierie (CMI).

L’idée d’un cursus de master en ingénierie, c’est de proposer une super formation. Les étudiants labellisés en CMI ont une formation classique licence-master et vont en plus suivre un cursus en lien direct avec les laboratoires. D’ailleurs, les cours et les expérimentations se font dans les laboratoires de recherches. Nous avons deux CMI dans le nord Franche-Comté : un à Montbéliard, Environnement et territoire ; l’autre autour de l’énergie électrique et hydrogène, à Belfort. Ces formations sont labellisées et les commentaires des experts sont élogieux. Nous ne faisons que du petit nombre, afin de faire de l’excellence et du très haut niveau. Évidemment, nous ne pourrons pas accueillir 50 personnes dans les laboratoires. Mais nous pouvons faire du très haut niveau en augmentant sensiblement la capacité de recrutement, sans que les CMI ne deviennent des formations de masse. Ces CMI peuvent largement atteindre 10 à 15 étudiants (contre 3 à 4 aujourd’hui, NDLR). Il y a un équilibre à trouver. Ce que nous pouvons faire pour 4, nous pouvons le faire pour 15. Les industriels partenaires nous répètent que ce profil d’étudiants sont des étudiants qu’ils souhaitent recruter.

« L’IUT Belfort-Montbéliard et l’UFR STGI sont capables de couvrir une grande partie des besoins en formations autour de l’hydrogène énergie dans ce bassin »
Olivier Jouffroy
Directeur de l'UFR STGI.

Vous avez la volonté de créer un forum des masters sur les métiers du futur. Qu’est-ce que c’est ?

C’est un autre think tank que nous avons lancé, il y a un an. Le besoin s’est fait sentir d’améliorer la thématique de l’employabilité, pour être plus à l’écoute des besoins de l’entreprises et des profils qu’ils recherchent. On a aussi des étudiants qui sont un peu perdus face aux métiers du futur. Tout est en train de changer. Il y a des profils de formation hybride, sur lesquels on a dû mal à communiquer. Les parents, qui sont encore prescripteurs dans les choix d’orientation, n’ont pas non plus ces informations. Nous aurons probablement une communication visuelle sur une liste de métiers que personne ne connaît, qui sont pourtant les premiers métiers demandés. Nous savons par exemple que dans une dizaine d’années, les ressources humaines vont faire du recrutement avec le numérique. Nous allons donc communiquer avec les étudiants sur ces objets que l’on a dû mal à définir. Dans ce forum, il y aura des étudiants en licence qui se renseignent sur le bassin de l’emploi des 10 prochaines années et des entreprises qui veulent savoir les compétences de nos alternants. Nous avons envie d’expliciter tout ça.

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