L’usine de co-compostage de Fesches-le-Châtel vendue à Emmaüs

Les élus de Pays de Montbéliard Agglomération (PMA) ont approuvé la vente de l’ancien centre de co-compostage situé à Fesches-le-Châtel à la communauté Emmaüs de Montbéliard. Un dossier dont le fond fait l’unanimité, mais pas la forme…

Les élus de Pays de Montbéliard Agglomération (PMA) ont approuvé la vente de l’ancien centre de co-compostage situé à Fesches-le-Châtel à la communauté Emmaüs de Montbéliard. Un dossier dont le fond fait l’unanimité, mais pas la forme…

Cela fait plusieurs années que ce site pèse sur Pays de Montbéliard Agglomération (PMA). Dans les esprits. Et sur les ressources de la collectivité. Le centre de co-compostage de Fesches-le-Châtel, installé à la frontière d’Étupes et de Dampierre-les-Bois, a été mis en fonctionnement en juin 2007. Un investissement de 6,3 millions d’euros qui n’a fonctionné que quelques mois, avant que les effluves nauséabonds se dégageant du site n’encouragent les riverains à dénoncer son fonctionnement. Depuis, le centre gît au milieu de la forêt. Pour un coût total estimé à 8 millions d’euros. Trouver une issue à ce dossier devenait urgent.

La communauté d’Emmaüs de Montbéliard s’est portée acquéreuse de ce bien de cinq hectares. Elle héberge aujourd’hui une vingtaine de compagnons à Montévillars, à Montbéliard. Le bâtiment existant intéresse particulièrement son activité de récupération du papier, du carton et de la ferraille, qu’elle revend après traitement. Son projet envisage la création d’un deuxième bâtiment, qui sera une zone de bric-à-brac où il y aura un espace de vente (meubles, bibelots, vaisselle, livres, jeux…), un atelier de réparation, une zone de stockage et un quai de déchargement. À moyen terme, un bâtiment accueillant les bureaux, une salle de convivialité et 32 logements va également sortir de terre. L’ensemble sera complété d’un parking de 230 places, végétalisé. La présence d’un pont à bascule est aussi un vrai plus pour la communauté. Ce projet d’Emmaüs devrait avoisiner les 10 millions d’euros. Il sera mené progressivement sur les cinq prochaines années. « C’est un bon projet pour eux et pour nous », estime Charles Demouge, président de PMA. Se posera ensuite la question de la dépollution du site de Montévillars, aujourd’hui non chiffrée et sur laquelle va s’engager Pays de Montbéliard Agglomération.

La forme encore critiquée

La cession est actée pour 300 000 euros, alors que le lieu est estimé par la direction immobilière de l’État à 580 000 euros. Ce montant a été retenu « compte tenu du statut de la communauté Emmaüs (…), du projet d’intérêt général qui sera conduit par cette dernière en tant qu’acteur de la lutte contre la pauvreté, l’exclusion, la solidarité, l’engagement social, solidaire, le logement social, les actions en faveur de l’environnement par la valorisation et le remploi du carton, du papier et de la ferraille », indique le rapport de la collectivité, présenté par Nicolas Pacquot, maire d’Étouvans. Une enveloppe de 240 000 euros est également prévue par l’agglomération pour connecter le site au réseau d’assainissement.

Si le projet fait l’unanimité, il a provoqué un long débat. Il a même entraîné une suspension de séance de 5 minutes, sollicitée par Jean Fried, au nom du groupe Indépendants et solidaires. Une situation qui a activé de vieux démons. La groupe est finalement revenu et a pris part au vote, tout en exprimant sa désapprobation sur la forme. Pierre Schlatter, le maire de Bart, critique à ce titre « la forme démocratique » du débat. Nicolas Pacquot rapporteur du dossier et conseiller délégué Patrimoine bâti et non bâti a regretté, « à titre personnel et au nom de [sa] délégation, de ne pas avoir été plus impliqué ». Jean Fried, maire d’Allenjoie, estime que ce vote est prématuré, le plan local d’urbanisme (PLU) de Fesches-le-Châtel n’étant pas encore approuvé. Il déplore une situation « précaire » pour l’acheteur. À Étupes, par la voix d’Isabelle Conrod, on s’inquiète de la hausse du trafic. La communauté Emmaüs évoque en réponse la rotation d’une douzaine de camions chaque jour et deux cents voitures le samedi matin, lorsque le bric-à-brac sera ouvert. En conférence de presse, avant le conseil d’agglomération, Charles Demouge estimait que ce trafic pouvait aussi être bénéfique aux commerces d’Étupes et de Dampierre-les-Bois.

« Une affaire personnelle »

Aux critiques sur la gestion du dossier, Charles Demouge assume. « C’est une affaire personnelle, reconnaît-il. J’ai été mis 5 ans en examen à cause de cette usine. » Il voulait trouver une solution. Il l’a, on avance. Et sur le PLU, il se montre optimiste. « Il a été validé par l’État et la chambre d’agriculture. » Il devrait être arrêté en fin d’année. Philippe Gauthier, le maire de Valentigney, appuie la décision du président. Il rappelle l’urgence de quitter le site de Montévillars. Les conditions d’accueil sont précaires et ne répondent pas aux réglementations d’accueil du public. « Nous n’avions aucune raison de chercher ailleurs, répond finalement le vice-président d’Emmaüs, Michel Fédérico. Nous avons la volonté de ne pas générer de nouvelles pollutions. »

La cession a été approuvée par le conseil communautaire. Sur 108 votants, on a 105 votes pour et 3 abstentions : Philipe Claudel et Isabelle Conrod (les deux représentants de la commune d’Étupes) et Marc Tirole (Dampierre-les-Bois). Et Martial Bourquin de rappeler, en épilogue : « Faisons-en sorte, quand on décide d’un projet, de bien le réfléchir avant. » À bon entendeur…